Le député libéral de Maskinongé, Marc H. Plante, procédait récemment au coup d’envoi d’un chantier en compagnie du maire de Yamachiche, Paul Carbonneau, sans manquer de souligner l’aide gouvernementale de 2,9 millions de dollars.

Un été chaud... en annonces!

Trois-Rivières — Depuis le début de l’été, le gouvernement Couillard a multiplié les annonces en Mauricie, confirmant des aides financières qui dépassent les 177 millions de dollars, selon des données compilées par Le Nouvelliste. Si le président du caucus libéral, Marc H. Plante, se défend bien d’être électoraliste, le député caquiste, Donald Martel, parle d’opportunisme tandis que l’ex-ministre péquiste, Yves-François Blanchet, y voit une version 2018 «des ponts de Maurice Duplessis».

Or, le commentateur politique avait lui-même participé à une opération semblable à la veille du déclenchement de la campagne électorale en 2014 alors qu’en cinq jours, les ministres du gouvernement Marois avaient sillonné la région pour y faire des annonces de plus de 60 millions de dollars.

«Dans les partis politiques, on a l’impression que le fait d’annoncer des investissements importants d’argent public dans une région ou dans un comté va inciter les gens à voter pour le gouvernement», explique-t-il.

Celui-ci admet avoir «fait accélérer le processus d’annonces» pour éviter que ses dossiers soient relégués aux oubliettes en cas de défaite électorale. «À l’époque, c’était des projets sur lesquels je travaillais depuis longtemps et je voulais que ce soit fait avant l’élection. On n’a pas inventé des annonces. On a fait confirmer des choses plus vite qui étaient déjà dans la machine parce qu’on envisageait de précipiter l’élection. Souvent, il a fallu que je mette mon pied dans le bas des portes. J’ai mis énormément de pression pour que les projets de Drummondville et de la Mauricie se fassent et mes annonces se sont concrétisées», raconte M. Blanchet.

Si de son propre aveu les libéraux ne sont pas les premiers à déverser des millions de dollars à l’aube d’une campagne électorale, le chroniqueur croit qu’ils se distinguent par l’austérité qui fut imposée en début de mandat et les coffres qui sont maintenant remplies, quatre ans plus tard.

«Les libéraux servent deux intentions: ils essaient d’influencer les gens avec des sommes d’argent et ils vident les comptes, ce qui est un geste de quelqu’un qui considère que l’État lui appartient et qui fait la politique de la terre brûlée. Ils ont poussé plus loin que quiconque avant eux le principe d’être sévère en début de mandat et généreux en fin de mandat. Les gens n’achètent plus ces raisonnements-là», poursuit-il.

Le député caquiste de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, dénonce les annonces préélectorales du gouvernement libéral.

Pour sa part, le député de la CAQ dans Nicolet-Bécancour, Donald Martel, dit «avoir un gros problème» avec le regroupement d’annonces au détriment de l’avancement des projets.

«Alors que des projets sérieux sont en attente depuis longtemps, on retarde l’annonce de subventions pour mettre ça le plus près possible de la campagne électorale, pour se donner une meilleure image. Tout ça, à des fins politiques. Et quand les annonces sont précipitées, je ne suis pas certain que les chèques vont suivre», dénonce celui qui doute également de la pertinence de certains dossiers.

Selon lui, toutes ces annonces préélectorales ne font qu’augmenter le cynisme de la population. «Ça ne fait pas sérieux. Je me rappelle de Pauline Marois avec son hélicoptère, en 2014, qui était venue faire des annonces à tout vent et après ça, on s’aperçoit que les chèques ne sont pas tous attachés. C’est de la vieille politique. Quand on pense qu’au Québec, on a les revenus les plus bas pratiquement en Amérique du Nord, qu’on est les plus endettés et les plus taxés et qu’on se permet de faire des annonces à tout vent comme ça, c’est inquiétant», indique le représentant caquiste.

Mais pour le député libéral de Maskinongé, Marc H. Plante, «presque la totalité des annonces étaient au budget». «Beaucoup de mesures étaient dans le budget d’avril dernier. Il y a des dossiers dont l’analyse se terminait à la fin juin. C’est sûr qu’on fait l’annonce par la suite. Et à chaque année, on fait des annonces en juin pour des rénovations d’écoles. Et après la session en juin, il y a toujours une période où il y a plus d’annonces intensives», fait-il valoir.

Tout en évoquant l’existence de processus administratifs «très stricts», le président du caucus régional avoue que «la date de l’annonce appartient effectivement aux élus».

«Tous les projets vont être réalisés. C’est de l’argent sonnant. Les projets qu’on annonce sont réels et ils sont faits avec différents partenaires. Il y a beaucoup de projets qu’on travaille depuis quatre ans et qu’on est fier d’annoncer. On travaille avec les gens sur le terrain. Je vois l’addition du travail des quatre dernières années qui aboutit à des beaux résultats», affirme M. Plante.

L’ancien ministre péquiste Yves-François Blanchet avait lui-même participé à une opération préélectorale en 2014.

Car, dit-il, certains dossiers prennent du temps à réaliser. «Chez ATrahan Transformation, il fallait bien qu’ils montent le projet de formation. Il est arrivé à point. Quand l’entreprise doit mettre 1,6 million de dollars, ce n’est pas quelque chose qui se décide ou qui est annoncé à la va-vite. C’est un programme qui a été analysé, étudié, préparé par les fonctionnaires et autorisé par la suite et on était rendu à l’annonce», décrit-il par rapport à l’investissement provincial d’une somme équivalente qui fut dévoilé récemment à Yamachiche.

Et manifestement, ce dernier ne craint pas un contrecoup à toute cette vague d’annonces. «Depuis les 30 dernières années, la Mauricie n’a jamais aussi bien été. Les gens sont en emploi, les entreprises investissent et depuis trois ans, on sent ce retour à une économie plus forte en Mauricie, avec une diversification économique. C’est la somme du travail de l’ensemble de l’équipe», a conclu M. Plante.