Pour le remercier de réunir le G7 à La Malbaie, la Chambre de commerce a décerné à Justin Trudeau un prix honorifique de «Grand bâtisseur».

Trudeau a eu des échanges avec John Kerry chez l'Aga Khan

OTTAWA — Justin Trudeau soutient que lors de ses vacances de Noël chez l’Aga Khan, en 2016, il a pu discuter avec le secrétaire d’État américain de l’arrivée imminente de Donald Trump à la Maison-Blanche — et de l’état du monde en général.

Dans une entrevue accordée cette semaine à La Presse canadienne, le premier ministre a donné un peu plus de détails sur ses échanges directs avec John Kerry, qui se trouvait sur l’île privée des Bahamas en même temps que lui.

En décembre dernier, la commissaire fédérale aux conflits d’intérêts et à l’éthique a conclu que M. Trudeau avait violé les règles parlementaires en acceptant l’invitation du leader spirituel sans demander l’avis de son bureau.

Dans son rapport, Mary Dawson faisait état simplement de la présence sur l’île d’un «ancien haut responsable dans une administration américaine précédente», sans préciser de qui il s’agissait. Le cabinet du premier ministre a depuis confirmé que ce haut responsable était John Kerry, secrétaire d’État de Barack Obama de 2013 à 2017.

M. Trudeau dit avoir appris «quelques jours» ou «quelques semaines» avant son départ que le secrétaire d’État américain pourrait être sur l’île privée de l’Aga Khan en même temps que lui.

«C’était une belle occasion de m’entretenir avec un secrétaire d’État en exercice [...] mais les conversations sont demeurées très générales, sur l’état du monde [...] les attentes concernant les enjeux de politique étrangère de la prochaine administration», soutient aujourd’hui M. Trudeau. «Rien n’a été décidé, rien qui aurait eu en aucune façon une incidence notable, directe sur les politiques canadiennes.»

Ces échanges chez l’Aga Khan, a-t-il dit, ont impliqué «des gens qui occupent des postes intéressants et qui ont des responsabilités», et portaient, de façon informelle, sur la politique mondiale en général. Il y avait parfois autour de la table une vingtaine de personnes, incluant parents et amis, se rappelle M. Trudeau.

Un ami de la famille

Le premier ministre a toujours maintenu que l’Aga Khan est «un ami de la famille». La commissaire à l’éthique a conclu que l’Aga Khan entretenait effectivement des liens avec Pierre Elliott Trudeau, depuis les années 60, ce qui a facilité les relations entre l’actuel premier ministre et le leader spirituel des 15 millions de musulmans ismaéliens dans le monde.

Mme Dawson ne croit toutefois pas que M. Trudeau fils aurait été invité sur l’île si l’Aga Khan, un philanthrope, n’entretenait pas de liens officiels avec le gouvernement du Canada, et si Justin Trudeau n’était pas devenu aujourd’hui une personnalité influente sur la scène politique canadienne. M. Trudeau a ensuite soutenu qu’il divergeait d’opinion avec la commissaire sur la notion d’amitié, mais qu’il prenait bonne note de la précision.

Mme Dawson a aussi conclu que M. Trudeau avait violé l’article 11 de la Loi sur les conflits d’intérêts, qui interdit aux parlementaires d’accepter un cadeau ou tout autre avantage. L’invitation chez l’Aga Khan constituait selon elle un cadeau à M. Trudeau et aux membres de sa famille, ce qui pourrait être raisonnablement considéré comme une façon d’influencer le premier ministre.

L’opposition à Ottawa a exigé que le premier ministre rembourse aux contribuables les frais afférents à ce voyage — transport, sécurité —, qui atteindraient plus de 200 000 $. Le cabinet du premier ministre a indiqué que M. Trudeau avait remboursé l’équivalent du prix des billets d’avion sur une ligne commerciale, sans dévoiler le montant précis.

M. Trudeau s’attend d’ailleurs à ce que l’opposition revienne à la charge dès la reprise des travaux parlementaires, le lundi 29 janvier.