Le ministre québécois de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette, a présenté mercredi des exemples de questions pouvant se retrouver dans le test des valeurs québécoises que les immigrants sélectionnés par le gouvernement devront passer.

Test des valeurs: vingt questions dès le 1er janvier

À compter du 1er janvier, les immigrants sélectionnés par le Québec devront se soumettre à un examen sur les valeurs québécoises. Vingt questions à choix multiples ou de type vrai ou faux, où l’on aborde entre autres l’égalité entre les hommes et les femmes, le mariage de même sexe et l’interdiction du port de signes religieux pour les personnes en situation d’autorité. Test que certaines personnes nées au Québec ne seraient même pas capables de réussir, rétorque Québec solidaire.

Les questions seront tirées d’une banque de centaines de questions rédigées par les fonctionnaires du ministère québécois de l’Immigration. Le tout en ligne, du Québec ou de n’importe où dans le monde, pendant une heure et demie. La note de passage est fixée à 75 %, donc 15 sur 20. En cas d’échec, il sera possible de passer le test jusqu’à trois fois ou de suivre une formation de 24 heures au Québec pour obtenir l’attestation de réussite.

«Au Québec, les femmes et les hommes ont les mêmes droits et cette égalité est inscrite dans la loi : vrai ou faux?» «Identifiez la ou les situations où il y a discrimination : refuser un emploi à une femme enceinte, à une personne qui n’a pas le diplôme requis, à une personne à cause de son origine ethnique.»

Deux exemples donnés par le ministre québécois de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette, mercredi, pour rendre concret ce fameux test des valeurs qui faisait partie des promesses électorales de l’an passé.

Voilà que la Coalition avenir Québec (CAQ) passe à l’action, parce qu’«on l’a promis. Et comme tout ce qu’on a promis, on respecte nos promesses», a de son côté résumé le premier ministre, François Legault, plus tôt dans la journée.

Depuis son élection, la CAQ a entériné la Loi sur la laïcité de l’État, qui fait aussi l’objet d’une ou plusieurs questions dans ce test. «Je ne voudrais pas que quelqu’un soit surpris de savoir qu’au Québec, les personnes qui sont en autorité n’ont pas le droit de porter de signe religieux», indique M. Legault.

Autre exemple émis par M. Jolin-Barrette : «Depuis le 27 mars 2019, en vertu de la Loi sur la laïcité de l’État, tout nouveau policier ne peut porter de signe religieux dans l’exercice de ses fonctions. Vrai ou faux?»

Inspiré du test canadien

Cet examen mènera à l’obtention du Certificat de sélection du Québec. M. Jolin-Barrette s’est inspiré de l’examen pour la citoyenneté canadienne déjà existant, qui comporte aussi 20 questions. Mais le Québec étant «une société distincte», aux dires du ministre, les valeurs prioritaires et les questions s’y rattachant ne sont donc pas les mêmes. On pense au fait français et à la Loi sur la laïcité de l’État et ses applications.

La création et la mise en place de ce test ont coûté 246 000 $ d’argent public, soit 146 000 $ en contrats externes et 100 000 $ en travail au ministère.

Environ 60 % des immigrants que le Québec accueille passeront cet examen. C’est-à-dire la part d’immigrants sélectionnés, soit 25 500 à 26 300 personnes classées dans la catégorie de l’immigration économique. Cela exclut les réfugiés et les gens arrivés par regroupement familial.

Le ministre reconnaît n’avoir aucune garantie que le demandeur adhère vraiment aux valeurs édictées. Ni aucune garantie que c’est bien le demandeur qui a répondu aux questions. Mais le ministère détient les pouvoirs de vérification et d’enquête pour s’assurer de la véracité du processus.

«Si jamais il y a fraude, si jamais les critères relativement à la sélection ne sont pas respectés, la certification de sélection pourrait être annulée», dit M. Jolin-Barrette. «Ce n’est pas une question d’y croire, c’est une question de le savoir», ajoute son patron, M. Legault.

Ce test s’avère symbolique, ne pouvant entraîner l’expulsion d’un immigrant du sol québécois. Le gouvernement Legault négociera bientôt avec le gouvernement fédéral dans le but de faire de la réussite de ce test une condition à l’obtention de la résidence permanente après trois ans.

«Problème imaginaire»

Du côté de l’opposition, le responsable pour Québec solidaire en matière d’immigration estime que ce test des valeurs n’est que «de la poudre aux yeux». La solution à «un problème imaginaire» visant à éviter «les vrais problèmes en immigration, soit la discrimination à l’emploi, la non-reconnaissance des diplômes et le profilage racial». Andrés Fontecilla croit de plus que certains Québécois d’origine auraient même de la difficulté à obtenir la note de passage dans un tel test.

Chez les libéraux, le porte-parole en matière d’immigration, Monsef Derraji, estime que ce test des valeurs n’ajoute rien de mieux à la déclaration que signaient déjà les immigrants. Une initiative libérale dont il remet aussi en question, à mots couverts, la réelle efficacité de sélection. M. Derraji prédit que des saisies d’écran du test en question circuleront bientôt sur les forums d’immigration.

Quant au Parti québécois, qui proposait la Charte des valeurs en 2013, la députée de Gaspé Méganne Perry-Mélançon affirme qu’«on ne peut pas être contre de demander à ces gens-là, avant d’arriver au Québec, d’adhérer à nos valeurs». Mais elle se questionne sur la subjectivité de la chose. «C’est comme prêter serment à la reine pour les nouveaux députés, ça ne pas donne l’heure juste», illustre celle qui s’avère bien sûr contre le serment d’allégeance à la couronne.

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AU MOINS 3000 IMMIGRANTS DE PLUS L'AN PROCHAIN

L’an prochain, le Québec accueillera de 3000 à 4500 immigrants de plus que cette année. Le nouveau minimum de 43 000 immigrants pour 2020 constitue 1500 nouveaux arrivants de plus que ce que le gouvernement avait d’abord promis.

L’imposition d’un test des valeurs québécoises pour les immigrants, à compter du 1er janvier, a éclipsé tout le reste de l’annonce du ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, mercredi. Mais c’est tout le Plan d’immigration du Québec pour l’année 2020 que Simon Jolin-Barrette a dévoilé. Parmi les autres mesures importantes, on compte la hausse des seuils d’immigration entre 43 000 et 44 500 pour la prochaine année. Il s’agit donc d’une augmentation autour de 10 % par rapport à la cible de 40 000 de 2019, que M. Jolin-Barrette se dit d’ailleurs persuadé de respecter.

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) avait aussi prévu une fourchette entre 41 500 à 44 500 immigrants pour 2020, le plancher ayant donc été revu à la hausse.

Et à compter de 2022, ces seuils devraient pour ainsi dire retrouver un niveau avoisinant ceux du précédent mandat libéral, soit de 49 500 à 52 500 selon les projections de la CAQ il y a quelques mois.

Le gouvernement a aussi annoncé d’autres mesures financières pour faciliter l’accès aux cours de francisation. Comme la bonification 141 $ à 185 $ par semaine de l’allocation participer aux cours à temps complet; la création d’une nouvelle allocation de 15 $ par jour pour les cours à temps partiel; l’augmentation de l’allocation de frais de garde de 7 $ à 9 $ par jour, par enfant ou personne handicapée à charge, pour les cours à temps partiel.

Par ailleurs, le ou la conjointe du requérant principal de la demande d’immigration devra maintenant «démontrer un niveau de connaissance du français de niveau 7, soit le niveau intermédiaire avancé», a dit le ministre. Ce même niveau 7 déjà demandé au requérant principal. Les conjoints pourront se prévaloir des mêmes cours de francisation offerts par le ministère.