Stop! Où va-t-on?

DÉCODAGE / Des péquistes ont tiqué jeudi en entendant leur chef Jean-­François Lisée paraître établir un malheureux parallèle entre la kippa portée la veille à l’Assemblée nationale par le député libéral David Birnbaum et une épinglette du Parti québécois que lui-même arborait à la boutonnière — et qu’il a dû retirer pour respecter les règles du Parlement.

Or, la kippa de M. Birnbaum était bien plus qu’un symbole religieux, puisqu’il la portait pour souligner la journée internationale de commémoration des victimes de l’Holocauste. Mais le fond de scène étant ce jour-là constitué par la nouvelle sur cette jeune étudiante désireuse d’intégrer un jour un corps de police avec son hijab, M. Lisée a eu cette maladresse.

Maladresse. On pourrait parler de dérapage si on estimait que le chef péquiste pensait réellement qu’il existe une équivalence entre son épinglette et le symbole que revêtait la kippa ce mercredi. Or, ce n’est pas le cas, ce n’est pas ce qu’il pense. Il a plutôt glissé dans une mauvaise stratégie.

Ce débat sur le port de signes religieux est trop enflammé depuis trop longtemps. Avec les risques que cela comporte, on le voit.

Les médias n’ont pas relevé ce qu’a rétorqué Philippe Couillard à ce moment-là, mais son sous-entendu était tout aussi glissant. Le premier ministre a d’abord souligné qu’il a participé mercredi soir avec d’autres élus à une cérémonie dans une synagogue de Montréal en hommage aux victimes de la Shoah. Et il a noté ceci : «On n’était pas beaucoup de parlementaires autres que ceux de notre formation politique, je peux vous le dire». Il n’a pas été plus loin. Mais que voulait-il que l’on comprenne sur ses adversaires?

Stop! Où va-t-on? Cette question, bien des députés, spectateurs depuis des lunes de ces déchirements autour du port de signes religieux, se la posent.

Répéter et répéter

Les partis n’ont plus rien à gagner en ramenant autant sous la lumière ce débat au moindre prétexte de l’actualité. Les citoyens connaissent depuis longtemps leurs positions, non? Elles sont très claires depuis longtemps, non? Nous sommes dans d’incessantes répétitions.

En cognant toujours très fortement sur ce clou, et en raison de possibles dérapages, chacun à ce stade-ci risque de perdre davantage de points que d’en gagner. 

Les prochains mois seront très excitants en politique québécoise en raison des élections qui approchent à grands pas, entend-on depuis le début de l’année. Mais ils ne le seront jamais autant que les premiers mois du prochain gouvernement, quel qu’il soit — comme le sont les premiers mois de tout gouvernement. On lance alors de nouvelles orientations, de nouveaux projets.

D’ici le 1er octobre, on continuera de réentendre beaucoup les mêmes choses. Les chefs de parti eux-mêmes l’ont dit en début d’année. «Nos priorités sont claires. Et on va les répéter, répéter, répéter. On va juste les répéter pour être bien sûr que tous les Québécois les connaissent», avait par exemple dit le caquiste François Legault.

Le courage à rebours

C’est en annonçant qu’il ne sollicitera pas d’autre mandat que le député libéral de Portneuf, Michel Matte, a invité son gouvernement à davantage de clarté sur le port de signes religieux — ce qui n’en fait pas précisément un élu courageux. Se taire depuis des années pour dire cela au seuil de la porte! Y a-t-il d’autres Michel Matte au caucus libéral?

Sur le fond, sa sortie ne change plus rien. Pas plus que les incessantes réitérations par les partis de leurs positions sur cette question.