Sonia LeBel est ministre responsable de l’Administration gouvernementale, présidente du Conseil du trésor, ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne et ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Réforme électorale.
Sonia LeBel est ministre responsable de l’Administration gouvernementale, présidente du Conseil du trésor, ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne et ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Réforme électorale.

Sonia LeBel, une ministre aux multiples chapeaux

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
LA POLITIQUE EN QUESTION / Chaque samedi, nous braquons les projecteurs sur des sujets politiques chauds passés sous la loupe d’acteurs du milieu ou d’observateurs avisés. Ministre influente du gouvernement Legault, Sonia LeBel mène plusieurs gros dossiers de front. Première femme en huit ans à présider le Conseil du trésor du Québec, elle est aussi responsable de l’Administration gouvernementale, des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, ainsi que des Institutions démocratiques et de la Réforme électorale.

Q    Votre gouvernement a annoncé mardi une entente avec le fédéral sur le logement social, au terme de trois ans de pourparlers. Quel est le principal gain du Québec dans cette entente et ouvre-t-elle la porte à de futurs bénéfices pour le Québec dans ses relations avec Ottawa, comme sur les transferts en santé?

R    Chaque entente est vraiment différente, mais l’approche du Québec demeure toujours la même, soit de voir ses compétences respectées. Dans l’entente sur le logement, on a la garantie que les priorités du Québec en matière de logements sociaux seront respectées. La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) va continuer d’investir sur tous les territoires, mais parmi les projets sélectionnés par le Québec, ce qui n’existe pas ailleurs. 

Les transferts en santé sont un tout autre sujet. Il s’agit ici d’augmenter la part du fédéral en santé de façon récurrente, alors que l’entente sur le logement est limitée dans le temps. On tient à ce que ces transferts se fassent sans condition. Le fédéral semble vouloir investir dans les soins de longue durée. Mais nous, on dit : “Transférez l’argent et on va décider.” C’est sûr que les soins de longue durée font partie des priorités, mais c’est au Québec de décider.

Q    Plus circonscrit que son prédécesseur projet de loi 61 bloqué par les oppositions en juin, le projet de loi 66 sur l’accélération de certains projets d’infrastructure tient à cœur au premier ministre et à votre parti. Qu’est-ce qui vous fait croire que cette fois-ci sera la bonne?

R    Le projet est plus centré sur l’accélération de projets d’infrastructure et pas sur une vocation plus large comme l’était le projet de loi 61, qui renfermait d’autres types de mesures. Pour l’instant, je suis très optimiste (que le projet de loi soit adopté). On a écouté tout ce qui s’est dit par les différents groupes et partis d’opposition au cours des consultations pour le précédent projet de loi. Ça concernait surtout l’intégrité et la protection de l’environnement, éléments importants pris en considération. La nouvelle liste de projets est aussi plus ciblée et fermée, ce qui était une demande. Il y avait aussi le pouvoir du gouvernement d’agir par règlement par la suite, et là, ce n’est plus ça. On a fait un bel amalgame de tous les commentaires et de toutes les inquiétudes pour recentrer sur l’accélération des projets. Ce n’est pas le seul mouvement en relance économique, mais c’est avéré comme méthode.


« Il devient difficile d’évaluer les besoins réels de personnel pour les prochaines années, de poser des actions en ce moment pour quand on ne sera plus en pandémie. Alors oui, ça vient probablement troubler les eaux. »
La ministre Sonia Lebel, au sujet des négociations dans le secteur public

Q    Les négociations pour renouveler les conventions collectives dans le secteur public battent leur plein. La pandémie de COVID-19 fausse-t-elle les rapports de force et change-t-elle l’approche gouvernementale?

   La pandémie est un facteur, c’est sûr, surtout qu’on est au début d’une deuxième vague. Mais difficile de dire quel rôle ça joue. Par exemple, notre système de santé n’a pas la pression habituelle. Il existait déjà une pression antérieure, mais où est la part de la pandémie? On cherche à la fois des moyens pour régler des problèmes ponctuels et des problèmes permanents. Il devient difficile d’évaluer les besoins réels de personnel pour les prochaines années, de poser des actions en ce moment pour quand on ne sera plus en pandémie. Alors oui, ça vient probablement troubler les eaux. Tout le monde deux côtés de la table est très conscient de la situation et comprend qu’il faut faire ça correctement. Mais le mélange des genres vient influencer les choses, c’est certain.

Q    Maintenant que le télétravail a envahi nos vies, que réserve l’avenir aux 70 000 employés de bureaux de la fonction publique? Doit-on songer à démolir le complexe G, vide depuis six mois?

   Non, non! On n’ira pas jusqu’à démolir ni à se départir des immeubles dont le gouvernement est propriétaire. (Le gouvernement est propriétaire de 30 % de la superficie des espaces à bureaux que ces gens occupent, l’autre 70 % étant loué.) Mais la situation actuelle recadre la lorgnette à travers laquelle il faut réfléchir la réingénierie de l’État québécois. Dans tous les milieux, il y avait une crainte d’envoyer les gens en télétravail. On préférait un mode de travail plus traditionnel.

Mais dans les derniers mois, les fonctionnaires ont vraiment été extraordinaires. La productivité est au rendez-vous! Et il y a des économies à faire. De mars à juillet, on a économisé 30 millions $ à cause du télétravail. Bon, d’autres aspects de la pandémie ont coûté pas mal plus cher... Mais ça démontre que c’est une option sérieuse pour la façon de travailler de nos fonctionnaires.

Ce n’est pas pour tous les corps de métier et ce n’est pas le télétravail cinq jours pour tout le monde. Mais, on peut trouver un juste équilibre. Ça aide la conciliation travail-famille, on n’est pas dans le trafic sur la route, alors c’est gagnant-gagnant pour les employés et pour l’État. La pandémie n’est pas le bon moment pour mettre en place une nouvelle méthode, mais c’est une solution d’avenir. Aussi pour les emplois que le gouvernement veut envoyer en régions. Avant, on pensait en termes de bureaux et d’installations, mais là, ça ouvre notre boîte à options.

Q    Votre rôle de procureure en chef de la commission Charbonneau vous a donné une image sévère dans l’œil public. Sentez-vous le besoin de mieux faire connaître votre côté givré?

   Il y a des aspects de moi que les gens ne connaissent pas. J’aime beaucoup plus rire que chialer! J’avais un travail à faire à la commission Charbonneau, mais je n’étais pas la même à la cour qu’avec mes enquêteurs dans le bureau. Je suis beaucoup plus dans la discussion et la recherche d’un consensus que l’affrontement. Mais si j’ai besoin de monter aux barricades pour défendre mon point, je vais le faire aussi. Plusieurs Québécois se souvenaient de moi pour avoir claqué des doigts (pour rappeler à l’ordre un témoin de la commission Charbonneau), mais c’est arrivé une fois en quatre ans! Je suis aussi à l’aise avec une coupe de champagne dans la main qu’avec une canette de Coors, assise dans le bois.