C'est la première fois que le chef conservateur prend position clairement dans ce débat explosif qui a été relancé l'an dernier par le président américain.

Scheer reconnaîtra Jérusalem comme capitale s’il est élu premier ministre

OTTAWA — Le chef conservateur Andrew Scheer a discrètement annoncé que s'il était élu premier ministre, il emboîterait le pas à Donald Trump en reconnaissant Jérusalem comme capitale d'Israël.

Cette prise de position officielle a été communiquée par le leader en entrevue avec le magazine Canadian Jewish News, le 13 février dernier.

Elle a ensuite été présentée sous forme de promesse sur le site web du parti, dans une section où l'on constitue une banque d'adresses courriels.

«Les conservateurs du Canada dirigés par Andrew Scheer reconnaîtront Jérusalem comme étant la capitale d'Israël quand nous formerons le gouvernement en 2019», peut-on lire.

«Jérusalem est la capitale d'Israël», car c'est un «fait évident qu'Israël, comme tout autre pays souverain, a le droit de déterminer où se trouve sa capitale», est-il précisé sur le site.

Les conservateurs avaient tardé à préciser leur position sur la décision du président des États-Unis, Donald Trump, de reconnaître Jérusalem et d'y déménager l'ambassade américaine.

Le député conservateur Erin O'Toole estime que prendre parti en faveur d'Israël sur le statut de Jérusalem ne contrecarrerait pas les efforts de résolution du conflit israélo-palestinien.

«Reconnaître le fait que Jérusalem est la capitale d'Israël n'empêche pas qu'on en vienne à une solution à deux États à l'issue des pourparlers», a-t-il soutenu lundi en mêlée de presse.

Il a ajouté que la position conservatrice reflétait «la réalité actuelle», puisque le Parlement israélien (la Knesset) et la Cour suprême d'Israël ont pignon sur rue dans cette ville.

«Suggérer que Jérusalem n'est pas la capitale d'Israël au moment où on se parle va à l'encontre du bon sens», a argué M. O'Toole.

Les conservateurs n'ont par ailleurs pas encore fait leur nid sur la question de l'ambassade, «une conversation [qui] est tout à fait distincte», a signalé le député.

Son chef est toutefois allé un peu plus loin dans son entrevue avec le Canadian Jewish News.

«Je voudrais absolument travailler avec le gouvernement d'Israël pour tenter de déterminer quel serait le meilleur moyen d'aller de l'avant dans ce dossier», a affirmé M. Scheer.

Des députés conservateurs québécois croisés dans le foyer de la Chambre après la période des questions, lundi, se sont ralliés à la position conservatrice sur le statut de Jérusalem.

Alupa Clarke pas interpelé

L'un d'entre eux, Alupa Clarke, a néanmoins tenu à préciser que le conflit israélo-palestinien ne l'interpellait guère.

«Moi, ce qui se passe avec les Palestiniens et les Israéliens, je m'en fous complètement», a-t-il balancé en mêlée de presse.

«Moi, c'est la Constitution, c'est les peuples fondateurs, c'est les Canadiens français», a expliqué M. Clarke.

Tout en soulignant qu'il n'avait pas eu le temps de se pencher sur la question, son collègue Luc Berthold a dit qu'il devait s'agir d'une «bonne décision», s'en remettant aux autorités du parti.

«Les gens qui ont pris cette décision-là ont sûrement des bons motifs de le faire», a-t-il offert lors d'une brève mêlée de presse.

La porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière d'affaires étrangères, Hélène Laverdière, s'est quant à elle profondément désolée des couleurs que vient d'afficher clairement Andrew Scheer.

La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, a aussi exprimé sa déception.

Le gouvernement libéral n'avait pas réagi à la prise de position du chef conservateur au moment de publier ces lignes, lundi en fin d'après-midi.