Une grande partie de l’argent promis l’été dernier pour le Rapibus est toujours retenue à Québec.

Rapibus: l’argent promis toujours bloqué à Québec

Six mois se sont écoulés depuis l’annonce officielle d’un investissement fédéral-provincial de 31,6 millions $ dans sept projets de transport en commun à Gatineau, mais une grande partie de l’argent promis – dont la moitié est versée par Ottawa – est toujours retenue à Québec, a appris Le Droit.

Tout le gratin politique régional était réuni à la station de la Cité, le 29 août dernier, pour entendre de la bouche de la ministre responsable de l’Outaouais, Stéphanie Vallée, la confirmation du parachèvement du Rapibus jusqu’au boulevard Lorrain, un projet attendu depuis plusieurs années dans la région. 

Cette dernière en avait surpris plusieurs en n’annonçant que le financement pour la construction de la station Lorrain et du stationnement incitatif, sans confirmer l’argent nécessaire pour le prolongement de la voie rapide jusqu’à cette nouvelle station. « Chaque chose en son temps », avait répondu la ministre Vallée lorsque questionnée à cet effet par Le Droit. Cette annonce est toujours attendue.

L’argent promis pour les projets annoncés en août dernier se fait encore attendre à la Société de transport de l’Outaouais (STO), malgré le caractère officiel de l’annonce de la ministre et la publication de communiqués de presse provenant tant du fédéral que du provincial. Une demande d’accès à l’information que nous avons obtenue démontre que les fonds pour la construction de la station Lorrain, pour le stationnement incitatif, pour la deuxième étude du lien rapide vers l’ouest, pour l’étude du prolongement du Rapibus jusqu’à l’aéroport, pour le déploiement des panneaux électroniques et pour la mise en place du système de compteur électronique de passagers sont toujours bloqués à Québec.

Le 29 août dernier, la ministre responsable de l’Outaouais, Stéphanie Vallée, annonçait le financement pour la construction de la station Lorrain et du stationnement incitatif.

Sur les 70 millions $ de projets soumis par la STO dans le cadre du Fonds fédéral pour les infrastructures de transport en commun (FITC), seulement 23 millions $ ont jusqu’à maintenant été versés au transporteur public, principalement pour financer l’achat d’autobus hybrides demandés par la STO en 2016. Québec n’a versé jusqu’à maintenant l’argent que pour quatre des 12 projets identifiés comme prioritaires par la STO dans le cadre de ce programme. 

Nadeau positive

La présidente de la STO, Myriam Nadeau, a interpellé à cet effet le nouveau ministre des Transports et député de Pontiac, André Fortin, un peu avant les Fêtes. Elle se dit « confiante » pour la suite des choses. 

« J’ai une très bonne relation avec le ministre Fortin et son cabinet, dit-elle. Les canaux de communication sont ouverts. Le ministre est très conscient de la situation. Nous sommes à l’étape de signer les dernières formalités pour débloquer les fonds. Je suis confiante que les annonces vont suivre dans les prochains jours et qu’on aura ce qui nous manque pour engager les projets. »

Mme Nadeau admet que plus tôt Québec donne les autorisations finales, plus vite les sommes peuvent être engagées. Elle n’a cependant pas de critique à formuler publiquement à l’endroit du gouvernement du Québec pour le retard dans le versement des sommes provenant du fédéral. Il revient, selon elle, à l’Union des municipalités du Québec (UMQ) de faire du lobbying à ce sujet. 

DÉLAIS DANS LE VERSEMENT DE L'ARGENT : LA SITUATION INQUIÈTE LE UMQ

Ce que vit la Société de transport de l’Outaouais (STO) n’est pas unique au Québec. Partout en province, l’impatience grandit devant la lenteur avec laquelle le gouvernement provincial octroie les sommes promises et parfois annoncées officiellement provenant des programmes fédéraux d’infrastructures. La situation inquiète et agace sérieusement l’Union des municipalités du Québec (UMQ). 

Le président de l’UMQ, Alexandre Cusson, prévient que cette problématique récurrente au Québec fera partie des enjeux que voudra mettre de l’avant son organisation en cette année d’élection provinciale. 

« On comprend que le gouvernement du Québec souhaite assurer un leadership sur son territoire, mais ce leadership ne doit pas se faire au détriment de l’efficacité et au prix d’une bureaucratie supplémentaire, a indiqué M. Cusson en entrevue avec Le Droit. Toute cette question des délais causés par ces discussions interminables entre Québec et Ottawa est un sujet qu’on va vouloir mettre de l’avant lors de la prochaine campagne électorale à Québec. »

M. Cusson explique que les délais provoqués par la bureaucratie gouvernementale ont de multiples impacts dans les villes. « Au Québec, on est souvent les derniers à signer les ententes provincial-fédéral, note le président de l’UMQ. Ça raccourcit le temps qu’on a pour réaliser des projets qui cadrent dans les programmes. Et une fois les autorisations données, on se retrouve tous à vouloir faire, en même temps, les mêmes types de travaux et à faire les mêmes achats, ce qui fait augmenter les coûts. »

Modèle de la taxe sur l’essence

L’UMQ milite pour un mécanisme de versement des sommes provenant du fédéral qui serait beaucoup plus léger et efficace, inspiré du modèle mis en place pour la taxe sur l’essence versée par le fédéral. « Ce modèle permet aux villes de prévoir, affirme M. Cusson. C’est un modèle flexible et efficace. Les priorités sont identifiées par Québec et les villes sont conscientes du financement qui sera mis à leur disposition des années à l’avance. C’est beaucoup plus efficace et c’est ce qui devra être privilégié dans le cadre de la deuxième phase du programme fédéral d’infrastructures. »