«Le fait d’être inconfortable devant quelque chose n’est pas une raison suffisante pour l’interdire. Par exemple, je n’ai aucune sympathie pour la burqa ou le niqab, mais dans une société, on doit faire avec des choses que l’on n’aime pas», a déclaré M. Nadeau-Dubois.

Québec solidaire enterre Bouchard-Taylor

Sans grande surprise, les militants qui assistaient au Conseil national de Québec solidaire ont enterré samedi le «compromis» de la Commission Bouchard-Taylor et voté contre l’interdiction des symboles religieux chez les employés de l’État.

«Le compromis Bouchard-Taylor a longtemps représenté un potentiel de ralliement. Est-ce qu’il tient toujours la route? Le vote indique clairement que non», a déclaré en point de presse la co-porte-parole du parti, Manon Massé, après un vote à main levée largement majoritaire contre toute interdiction.

Selon elle, le rapport Bouchard-Taylor «ne tient plus», «est déconstruit» et «même M. Taylor n’y est plus», a-t-elle déclaré en référence au philosophe Charles Taylor, qui a déclaré il y a deux ans qu’il ne croyait plus que le gouvernement québécois doive légiférer pour interdire le port de symboles religieux ostentatoires aux employés de l’État ayant une fonction coercitive.

«Force est de constater que nous étions les seuls à continuer de défendre ce compromis. Simon Jolin-Barrette a mis le dernier clou dans le cercueil de ce compromis avec un projet de loi qui va beaucoup plus loin», a-t-elle poursuivi au sujet du projet de loi 21.

Laïcité de l’État

Mme Massé a cependant insisté sur le fait que Québec solidaire allait continuer de défendre le principe de laïcité de l’État, mais non des individus. «Personne ne devrait perdre son emploi ou être empêché d’occuper un emploi qu’il convoite à cause des signes religieux», a-t-elle résumé.
L’autre co-porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, a expliqué que pour son parti, la laïcité de l’État signifiait plutôt des mesures comme la fin du financement aux écoles confessionnelles et l’interdiction du prosélytisme par les employés de l’État.

Manon Massé ne craint pas que la position prise par son parti vienne créer une cassure avec les membres qui tenaient à Bouchard-Taylor. «Je crois que le vote est très clair. Je ne doute pas qu’il y ait des gens déçus, mais moi, je n’ai pas entendu personne dire qu’il claquait la porte. Moi, je pense que les gens vont se rallier.»

Elle n’estime pas non plus la position de son parti incompatible avec le fait qu’elle soit féministe même si certaines féministes considèrent le voile islamique comme un symbole d’asservissement de la femme. «La féministe en moi ne va pas dire aux femmes quoi porter et quoi ne pas porter», conclut-elle.

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VISAGE COUVERT PERMIS...MAIS PAS VRAIMENT

Si la position de Québec solidaire contre l’interdiction des symboles religieux pour les employés de l’État était claire, celle sur la possibilité pour ces mêmes employés d’avoir le visage couvert l’était beaucoup moins.

C’est que le parti a aussi voté contre une motion qui aurait interdit à tous les employés de l’État en contact avec le public d’avoir le visage couvert, permettant plutôt à l’employeur d’empêcher l’employé d’avoir le visage couvert si ça nuit à son travail, pour des questions de sécurité, pour des questions de prosélytisme et pour le devoir de réserve.

«Le fait d’être inconfortable devant quelque chose n’est pas une raison suffisante pour l’interdire. Par exemple, je n’ai aucune sympathie pour la burqa ou le niqab, mais dans une société, on doit faire avec des choses que l’on n’aime pas», a d’abord déclaré le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois en point de presse.

Refusant de dresser une liste des employés de l’État à qui il serait permis d’avoir le visage couvert, M. Nadeau-Dubois a d’abord fait des déclarations qui laissent entendre qu’il n’y en aurait que très peu, sinon pas du tout.

«Pour un professeur par exemple, on ne peut lui permettre d’avoir le visage couvert, car il faut que ses élèves puissent le reconnaître. Ça peut être vrai aussi pour des employés qui n’ont pas de contact avec le public, car leurs collègues doivent aussi être capables de les reconnaître», a-t-il résumé.

Estimant que les déclarations sur le sujet n’étaient pas suffisamment claires, M. Nadeau-Dubois a cru bon de revenir en point de presse un peu plus d’une heure plus tard pour clarifier la position du parti sur cette question.

«Ce n’est pas un appui au visage couvert, ni au niqab, ni à la burqa. Il est faux de dire que QS donne le feu vert au port de vêtements qui couvrent le visage dans la fonction publique. Au contraire, on peut et on doit interdire le visage couvert dans plusieurs situations», a-t-il précisé, ajoutant que l’employeur, appuyé par le gouvernement, aurait la responsabilité d’appliquer les quatre critères édictés par le parti dans un gouvernement solidaire.

Gabriel Nadeau-Dubois a ensuite avoué qu’il y avait «très peu de situation où le visage couvert pourrait théoriquement être permis dans la fonction publique». «Personnellement, je n’ai pas idée d’une profession où ce serait possible, je ne suis pas capable de donner un exemple de situation où ce serait compatible avec l’exercice de la profession.»

«De toute façon, ce sont des enjeux purement hypothétiques ou même fictifs. Moi, je n’en connais pas, des femmes qui portent la burqa et qui veulent enseigner. Si vous en connaissez, faites-moi signe. Ce serait une première au Québec», conclut-il. Ian Bussières