La question des pesticides fait la manchette depuis le congédiement de l'agronome Louis Robert par le ministère de l'Agriculture en janvier, pour avoir dénoncé l'ingérence de l'entreprise privée dans la recherche.

Québec fera la lumière sur les pesticides

À la suite de nombreux reportages sur l’utilisation des pesticides dans le milieu agricole, Québec ira de l’avant avec une commission parlementaire en ce sens.

Après quelques amendements, le mandat qui avait été proposé par le député péquiste Sylvain Roy a été accepté à l’unanimité par la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles (CAPERN).

«C’est vraiment de faire une commission pour faire toute la lumière sur les pratiques agricoles au Québec et potentiellement permettre une transition économico-environnementale de l’agriculture, mais ça sans porter atteinte à la profitabilité des entreprises», a expliqué M. Roy dans un point de presse matinal.

Le ministre de l’Agriculture André Lamontagne s’est dit «heureux» que la CAPERN ait accepté de se saisir du mandat d’initiative, surtout en ce qui concerne l’impact économique des pesticides. «C’est quelque chose qu’on voulait et on est content que ça se fasse», a-t-il déclaré.

«On mange trois fois par jour. Je pense que la nourriture qu’on consomme, c’est fondamental. Ça a un impact direct sur notre santé», a soutenu Émilise Lessard-Therrien de Québec solidaire, membre de la CAPERN. Elle rappelle que les gens sont de plus en plus préoccupés par ce qui se retrouve dans leurs assiettes.

«Les pesticides viennent toucher toute la question de ce que les Québécois mangent au quotidien. On a vu, il y a plusieurs informations qui sont sorties, notamment sur la contamination des sols, de l’eau, de l’alimentation, donc c’est dans notre responsabilité comme parlementaires, comme législateurs, de s’assurer d’avoir l’information», a réagi la libérale Marie Montpetit qui siège aussi sur la commission.

Louis Robert brigue la présidence

Le député de Bonaventure avait proposé ce mandat dans la foulée de l’affaire Louis Robert qui a éclaté en janvier. Agronome pour le ministère de l’Agriculture, ce dernier a été congédié pour avoir dénoncé l’influence indue de l’industrie des pesticides sur la recherche.

Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), qui représente M. Robert, se réjouit que la CAPERN se penche sur cet enjeu, puisque «cela démontre que les préoccupations exprimées par le lanceur d’alerte Louis Robert étaient légitimes», estime son président Richard Perron dans un communiqué. «Le ministre […] doit maintenant reconnaître qu’il a fait fausse route et s’excuser auprès de M. Robert», renchérit-il.

Ce dernier brigue d’ailleurs la présidence de son ordre professionnel.

M. Robert a déposé son bulletin de candidature auprès de l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ), a appris La Presse canadienne de source sûre jeudi. L’OAQ indiquait justement jeudi qu’il avait des réserves sur le cas Robert.

Au début de mars, le SPGQ a déposé un grief pour son membre contre le ministre de l’Agriculture lui-même, André Lamontagne, une procédure sans précédent.

M. Robert reproche précisément au ministre d’avoir affirmé qu’il y avait d’autres raisons pour son limogeage que ce qui était indiqué dans la lettre de congédiement.

Bonis

La confirmation de la tenue de cette commission parlementaire arrive au moment où Radio-Canada révèle que des agronomes conseillant les agriculteurs sur l’utilisation des pesticides obtiennent des bonis des entreprises qui les emploient pouvant potentiellement les inciter à recommander l’usage excessif de ces produits.

Il s’agit d’une situation «préoccupante», selon le ministre Lamontagne. «Je fais le vœu sincère que l’Ordre [des agronomes] va être diligent dans les suites qu’elle va donner aux conclusions du rapport qu’elle a rédigé [à ce sujet]».

La commission aura justement, entre autres, le mandat de connaître la relation entre l’industrie, les agronomes et les agriculteurs.

Mme Lessard-Therrien souhaite que le sort qui a été réservé à Louis Robert ne freine pas d’autres agronomes de venir témoigner. «Il faut que ces gens se sentent libres de pouvoir venir parler, sinon on passe à côté du propos et du mandat qu’on s’est donné», a-t-elle plaidé.

Les partis ont deux semaines pour soumettre une liste des groupes ou personnes qu’ils désirent entendre. avec la Presse canadienne