Flanqué du ministre de l’Immigration David Heurtel, Philippe Couillard a annoncé mardi une série de mesures visant à accompagner et soutenir les entreprises dans leur recherche de main-d’œuvre étrangère.

Québec débloque 15 M$ pour la main-d'œuvre étrangère

Pour répondre aux besoins pressants des entreprises dans leur recrutement d’une main-d’œuvre étrangère, le gouvernement québécois débloque 15 millions $ sur-le-champ. Des «investissements à plus long terme» suivront au printemps, à l’occasion du dépôt du budget.

«Le meilleur outil d’intégration des immigrants, c’est l’emploi», a mentionné le premier ministre Philippe Couillard, mardi, en clôture du Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination qui s’est tenu toute la journée dans le Vieux-Port.

Cette rencontre, qui a réuni quelque 200 intervenants au terminal de croisières, est née de la controversée consultation sur la discrimination systémique et le racisme, abolie à la suite de nombreuses critiques.

Flanqué du ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), David Heurtel, le premier ministre a annoncé une série de mesures, cinq au total, visant à accompagner et soutenir les entreprises dans leur recherche de main-d’œuvre étrangère.

Au premier rang, l’ouverture de bureaux du MIDI en régions afin d’offrir des services de proximité. «Ce ne seront pas les mêmes bureaux [qui avaient été fermés], a soutenu M. Couillard, parlant d’«un ancien modèle».

Meilleur accompagnement des entreprises et des nouveaux arrivants, soutien accru aux organismes voués à leur intégration et valorisation de l’apport de l’immigration à la société comptent parmi les autres axes d’intervention mis de l’avant par le gouvernement libéral.

En conférence de presse, M. Couillard a expliqué que le gouvernement devra «modifier [ses] critères pour rencontrer les besoins criants en main-d’œuvre moins qualifiée. «Nous avons besoin des deux, de la main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée, ce qui n’est pas un terme péjoratif.»

M. Couillard n’a toutefois pas voulu s’engager à hausser le nombre d’immigrants acceptés chaque année au Québec. «Avant [de le faire], je voudrais démontrer aux Québécois qu’on utilise de façon optimale les ressources qu’on a. Quand on aura fait cette démonstration, la confiance de la population sera telle qu’on pourra atteindre des niveaux plus élevés, mais nous n’en sommes pas là.»

«Cri de détresse»

Tôt en journée, le premier ministre Couillard avait rappelé, en lever de rideau du forum, que «le principal défi économique du Québec est la pénurie de main-d’œuvre». À son avis, «l’enjeu est encore plus grand que les accords économiques, car il menace la viabilité des entreprises, particulièrement en régions».

Depuis deux ans et jusqu’en 2024, c’est plus de 1,3 million d’emplois qui doivent être comblés, et «la relève des générations» ne peut suffire à combler ce manque, d’où l’importance d’ouvrir la porte aux immigrants, a plaidé M. Couillard, parlant d’un «cri de détresse» lancé par les entreprises aux prises avec une pénurie de travailleurs.

Le premier ministre a insisté pour balayer du revers de la main le mythe voulant que les immigrants «volent nos emplois», encourageant plutôt à les voir comme une solution pour empêcher les entreprises de réduire leurs investissements, voire de déménager. «Si on ne veut pas qu’elles se délocalisent, il faut agir.»

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UN CITOYEN EXPULSÉ

Un citoyen présent au Terminal de croisières pour dénoncer haut et fort la fermeture de bureaux du MIDI en régions a été expulsé du Forum en fin d'après-midi mardi. Au moment où il souhaitait aller à la rencontre du premier ministre Philippe Couillard, vers 16h30, l'homme au fort accent anglophone, répétant qu'il n'était «pas une menace à la sécurité», a été escorté à l'extérieur de l'édifice par des agents de sécurité. Ceux-ci ont ensuite exigé ses cartes d'identité, avant de l'expulser hors du terrain du terminal de croisières.  Camille B. Vincent

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EXCELDOR TIRE SON ÉPINGLE DU JEU

L’usine Exceldor de Saint-Anselme de Bellechasse compte quelque 150 employés immigrants. «J’en prendrais 50 autres demain matin», laisse tomber le directeur des ressources humaines, Nicolas Bilodeau, qui gère un total de 500 travailleurs.

«Ça représente 2 millions $ prêts à être injectés dans l’économie de la région, sans compter des rentrées fiscales pour le gouvernement», illustre le cadre, rencontré mardi au Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination.

Depuis quelques années, Exceldor doit composer avec une grande volatilité de la main-d’œuvre et des départs massifs à la retraite, d’où son recours grandissant à des travailleurs étrangers. Spécialisée dans la transformation des produits du poulet, la coopérative cherche à recruter principalement des journaliers. Le salaire horaire peut atteindre 20$.

La firme, qui compte deux autres usines au Québec et dont le siège social est à Lévis, ne ménage pas ses efforts dans sa campagne de séduction. Vu l’absence de transport en commun, la compagnie compte ramener une navette gratuite pour transporter les travailleurs dans la région. Pour faciliter leur intégration, la direction peut aller, comme elle l’a déjà fait, jusqu’à payer leur logement pendant quelques semaines.

«Jusqu’à maintenant, on a réussi à tirer notre épingle du jeu, mais on a de plus en plus de misère. Tous les employeurs ont le même problème, c’est comme un petit fléau», ajoute M. Bilodeau, convaincu que face à l’urgence de la situation le gouvernement n’a pas le choix de «s’occuper du problème».