La ministre du Tourisme Julie Boulet, le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire Martin Coiteux.

Québec annonce sa stratégie de développement régional

SHAWINIGAN — Jamais un gouvernement provincial ne sera allé aussi loin dans sa volonté de décentraliser le pouvoir décisionnel aux régions, tout en accordant à ces dernières les moyens de leurs ambitions. Voilà le message lancé lundi après-midi à Shawinigan par le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, Martin Coiteux, dans le cadre du lancement officiel de la stratégie gouvernementale pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires 2018-2022.

Ce nouveau plan de développement est accompagné de quatre enveloppes totalisant 566 millions $ pour l’horizon 2017-2020. Ces sommes permettront à chaque milieu de mettre en œuvre des projets ou des actions pour réaliser les priorités identifiées par des comités directeurs au cours des derniers mois, dans la foulée d’une vaste consultation provinciale réalisée par M. Coiteux et divers ministres. Ainsi, en Mauricie, 14 enjeux ont été identifiés, tandis qu’au Centre-du-Québec, six grands axes guideront principalement les élus.

Fait intéressant, les enveloppes de tous les fonds seront bonifiées au fil des années. Ainsi, le Fonds d’appui au rayonnement des régions passera de 30 millions $ en 2017-2018 à 60 millions $ en 2019-2020. Le Fonds de développement des territoires (100 M$ à 115 M$), le Fonds de développement économique de Montréal (10 M$ à 30 M$) et le Fonds de la région de la Capitale-Nationale (15 M$ à 19 M$) suivront la même courbe.

Concrètement, cette stratégie vise à donner plus de pouvoirs aux paliers locaux. En appui de cette intention, le gouvernement du Québec a déjà adopté trois importants projets de loi, soit la Loi accordant le statut de capitale nationale à la Ville de Québec, la Loi visant principalement à reconnaître que les municipalités sont des gouvernements de proximité et la Loi augmentant l’autonomie et les pouvoirs de la Ville de Montréal. La tournée du ministre, les priorités qui en ont jailli et la création des fonds déjà annoncés ont cimenté la nouvelle stratégie. Cette dernière est complétée par les grandes orientations nationales dont les répercussions peuvent se faire sentir en région, telles que le Plan nord, la Stratégie maritime, la Stratégie québécoise de développement de l’aluminium 2015-2025 et la Stratégie d’aménagement durable des forêts.

«Désormais, les ministères et les organismes du gouvernement du Québec devront respecter les priorités des régions et aligner leurs actions en conséquence», insiste M. Coiteux. «C’est du jamais-vu, ça bouscule la tradition de notre administration. J’ose dire qu’il s’agit d’une véritable révolution.»

En 2014, le monde municipal avait durement encaissé les coupes de 300 millions $ qui avaient mené à l’abolition des conférences régionales des élus et mis fin à l’existence de nombreux centres locaux de développement. M. Coiteux croit qu’au bout de cette stratégie, les régions auront récupéré ces sommes et encore plus.

«Ce n’est plus la même philosophie», martèle-t-il. «L’argent du FARR atteindra 100 millions de dollars à terme. Le Fonds de développement des territoires sera à 110 millions $ et d’autres transferts s’ajoutent. Au terme de ces cinq ans, les sommes qui seront entre les mains des élus régionaux seront importantes. Plus important que la somme, ce sera le mode de décision, l’arrimage des politiques du gouvernement aux priorités des régions.»

Ministre du Tourisme et responsable de la Mauricie, Julie Boulet souriait évidemment au lancement de cette stratégie.

«C’est un grand jour, une grande victoire pour toutes les régions du Québec», encense-t-elle. «Comme ministres et députés de régions, on amène cette bataille à tous les jours à Québec. C’est  un message fort que le gouvernement envoie aux régions.»

De son côté, Marc H. Plante, député de Maskinongé et adjoint parlementaire du premier ministre pour les régions, parle d’un «grand geste dans la reconnaissance des élus régionaux».

Demande

Maire de Shawinigan et, pour l’occasion, représentant de l’Union des municipalités du Québec à titre d’administrateur, Michel Angers rappelle qu’il a passé les quelque 25 dernières années à entendre parler de volontés de décentralisation. Il se convainc que cette fois sera la bonne. «Je disais souvent que si les gouvernements ne veulent pas développer les régions, qu’on les ferme et qu’on emmène tout le monde dans les grandes villes!», souligne-t-il. «Ce n’est pas l’orientation que (le gouvernement) a choisie.»

Même appui du président de la Fédération québécoise des municipalités, Richard Lehoux, qui souhaite toutefois que le gouvernement fasse preuve de flexibilité pour reporter les sommes inutilisées en 2017-2018 dans le prochain exercice financier, en raison des délais extrêmement serrés. Amusé, le ministre n’a pas fermé la porte. 

L’annonce de M. Coiteux s’effectuait également dans le cadre d’une grande tournée en Mauricie. Après des arrêts dans la MRC de Maskinongé, à Shawinigan et à Saint-Tite lundi, le ministre consacrera sa journée de mardi à diverses rencontres à La Tuque.