Le représentant du gouvernement libéral au Sénat Peter Harder à Montréal, en juin 2011

Poursuite d’Abousfian Abdelrazik contre Ottawa: plusieurs parlementaires témoigneront

OTTAWA — Plusieurs parlementaires — incluant Peter Harder, le représentant du gouvernement libéral au Sénat — ont été assignés à témoigner dans la poursuite intentée contre Ottawa par Abousfian Abdelrazik relativement à sa détention au Soudan.

L’avocat de M. Abdelrazik, Paul Champ, veut questionner un certain nombre de personnes dans le cercle gouvernemental restreint pour déterminer ce qu’elles savaient du cauchemar vécu par son client.

Des assignations à comparaître ont aussi été remises à la sénatrice Mobina Jaffer, au député conservateur Deepak Obhrai et au député libéral Wayne Easter, ayant tous été en contact d’une manière ou l’autre avec le dossier du Montréalais d’origine soudanaise.

En plus, la Couronne a confirmé que Lawrence Cannon, ancien ministre conservateur des Affaires étrangères, se présentera comme témoin, a indiqué Me Champ.

M. Abdelrazik avait été admis comme réfugié au Canada en 1990, et il avait obtenu la citoyenneté canadienne cinq ans plus tard. Lors d’un voyage au Soudan pour visiter sa mère malade, en 2003, il a été arrêté, mais jamais accusé. Pendant sa détention, il a été interrogé par des agents du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), qui le soupçonnaient d’entretenir des liens avec des terroristes.

Le ressortissant canadien soutient qu’il a été torturé par des agents du renseignement soudanais lors de deux périodes de détention, mais les autorités canadiennes prétendent qu’elles n’en savaient rien.

M. Abdelrazik nie toute implication dans des activités terroristes et poursuit le gouvernement du Canada en Cour fédérale pour des indemnités et des excuses.

Plus tôt cette année, il semblait bien que l’affaire allait faire l’objet d’une entente à l’amiable. Toutefois, le gouvernement a mis fin abruptement aux discussions et un procès doit s’amorcer le 17 septembre.

Jusqu’à 35 témoins devraient prendre part aux procédures sur huit semaines à Ottawa.

Me Champ a pressé le gouvernement de dévoiler des documents internes qui seront clés pour les procédures en cour.

Quelques jours après sa deuxième libération de prison, en juillet 2006, le nom de M. Abdelrazik est apparu sur la «liste noire» du Conseil de sécurité des Nations unies, et il ne pouvait plus alors rentrer au Canada. Il a obtenu l’asile au consulat canadien à Khartoum, mais le Canada refusait de délivrer un document qui lui aurait permis de prendre l’avion pour rentrer au pays. Grâce à une intense campagne militante au Canada, il est finalement rentré à Montréal en juin 2009 — six ans après sa première détention au Soudan.

La Cour fédérale concluait le même mois que le SCRS s’était rendu complice de sa détention en 2003.