Le ministre Simon Jolin-Barrette aurait intérêt à s’inspirer du travail des chercheurs en sciences sociales avant de prendre ses décisions, fait valoir l’un des auteurs de l’étude.

PEQ: des experts se prononcent pour le statu quo

Le gouvernement devrait annuler sa récente réforme de l’immigration, selon trois chercheurs de l’Université Laval, parce que le Programme d’expérience québécoise (PEQ) fonctionne déjà à merveille.

Le taux d’emploi et le revenu d’emploi moyen des premières cohortes d’immigrants participants au PEQ, de 2010 à 2012, étaient supérieurs à ceux de l’ensemble de la population québécoise âgée de 15 à 64 ans, d’après leur étude.

Leur taux d’emploi est supérieur à 90 %, tandis que la moyenne québécoise n’atteint pas 80 % sur les cinq années étudiées, soit du moment de leur arrivée à quatre ans plus tard. Les données s’arrêtent en 2015, dernière année complète incluse dans le dernier recensement de 2016.

Côté salaire, les travailleurs étrangers temporaires gagnaient en moyenne 57 300 $ dès leur année d’arrivée pour grimper à 67 600 $ à la quatrième année de leur séjour, alors les étudiants internationaux diplômés partent à 32 700 $ pour dépasser la moyenne québécoise au cours de leur quatrième année, à 46 400 $.

Le salaire moyen de l’ensemble de la population québécoise en emploi et âgée de 15 à 64 ans s’établissait à 44 200 $, en 2010, et 44 800 $, en 2015.

Dans un effort conjoint tout juste publié, Charles Fleury, Danièle Bélanger et Aline Lechaume, respectivement professeurs aux départements de sociologie, de géographie et des relations industrielles de l’UL, concluent donc que le statu quo s’avère la meilleure avenue à suivre pour le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette.

«Le statu quo est la meilleure option pour le gouvernement. Notre étude montre bien que ce programme-là fonctionnait déjà très bien. Les immigrants participent très bien au marché du travail. Ce serait une erreur de restreindre l’admissibilité à certaines formations», résume M. Fleury, qui s’est penché sur la question avec ses collègues à la suite des récentes embrouilles gouvernementales ayant mené à la suspension temporaire de la réforme du PEQ.

Des performances économiques excellentes

L’étude s’attarde aux résultats des candidats au PEQ de 2010 à 2012, afin de pouvoir suivre tout leur parcours dans une étude longitudinale. On parle ici de 800 étudiants internationaux diplômés et de 1700 travailleurs étrangers temporaires. La grande majorité d’entre eux ont été admis comme résident permanent en 2012.

«On réalise que les performances économiques de ces gens-là sont excellentes, constate M. Fleury. Pour le taux d’emploi, c’est difficile de faire mieux. Car ceux qui ne sont pas en emploi sont souvent les conjoints ou conjointes des candidats principaux admis. L’arrivée d’un bébé après quelques années peut aussi venir influencer un peu à la baisse cette statistique.»

Quant aux résultats des cohortes plus récentes, le chercheur ne voit aucune raison pour que la situation se soit dégradée ces dernières années. «L’économie québécoise en générale s’est même améliorée au cours des dernières années, donc nous serions très étonnés que les cohortes plus récentes performent moins bien», atteste-t-il.

Prêchant pour sa paroisse, M. Fleury ajoute que le ministre Jolin-Barrette devrait guider ses réflexions à l’aide du travail de chercheurs en sciences sociales qui, on le sait, étaient les mal-aimées de cette fameuse liste de domaines d’études ensuite retirée. «Il a tout intérêt à s’inspirer de ces recherches», conclut-il.