«Je respecte beaucoup le poste de chef permanent, mais je n’ai pas d’intérêt pour l’occuper»,
«Je respecte beaucoup le poste de chef permanent, mais je n’ai pas d’intérêt pour l’occuper»,

Pascal Bérubé: ses liens avec Legault, son avenir et celui de son parti

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
LA POLITIQUE EN QUESTIONS / Chaque samedi, Le Soleil braque les projecteurs sur des sujets politiques chauds passés sous la loupe d’acteurs du milieu ou d’observateurs avisés.

Élu à l’Assemblée nationale depuis 13 ans, ex-ministre et orateur encensé, Pascal Bérubé achève deux années comme chef intérimaire d’un Parti québécois qui a connu de meilleurs jours. L’élection d’un nouveau chef péquiste, le 9 octobre, dictera l’avenir du parti et celui du député de Matane-Matapédia, longtemps proche de François Legault.

Q Pour quelqu’un qui dit ne pas vouloir être chef, deux ans en poste, record d’intérim au PQ, c’est quand même long, non?

R Je respecte beaucoup le poste de chef permanent, mais je n’ai pas d’intérêt pour l’occuper. Ça s’est manifesté rapidement en 2018 et je suis toujours aussi sûr de ma décision. Aucun doute.

Ça fait 26 ans que je suis au Parti québécois et j’ai travaillé de près avec de nombreux de chefs, alors je sais de quoi c’est fait. Ma passion, c’est d’être député de Matane-Matapédia. C’est ma priorité, ma région.

Ma grande fierté, c’est que dans un contexte où le PQ a fait 17 % des voix en 2018, j’étais à des poussières d’atteindre 70 % dans le comté. Les seuls comtés au pourcentage plus élevé sont des comtés libéraux de l’ouest de Montréal.

Q Que retenez-vous de ces deux années comme chef parlementaire?

R La volonté de faire preuve de beaucoup de rigueur, de professionnalisme dans les questions. L’innovation, parfois la surprise! J’aime beaucoup l’art oratoire, c’est de famille.

Mon grand-père maternel était fasciné par Pierre Bourgault. Il habitait à Sept-Îles et Bourgault avait été candidat du RIN à Sept-Îles. Mes parents se sont rencontrés là-bas, donc Bourgault a laissé une trace très forte dans notre vie familiale. J’ai toujours essayé de m’inspirer des meilleurs orateurs avec un style qui est le mien.

Q Pour vos quatre dernières semaines comme chef parlementaire, visez-vous un objectif précis?

R Il reste peu de temps. Mais l’objectif général entre 2018 et aujourd’hui était de laisser notre formation politique en bonne position sur le plan de la qualité des interventions, de leur pertinence. Avec une équipe de neuf députés, on s’est imposés à bien des égards. Je voulais que la population sache que le Parti québécois était debout, vigoureux et je voulais que le premier ministre le sache aussi.

Mon premier emploi politique, il y a 20 ans, c’est lui (Legault) qui me l’a donné! Il m’a engagé comme stagiaire à l’été 2000, puis comme conseiller politique au cabinet de l’Éducation. Pendant la pandémie, c’était la première fois depuis qu’on était collègues dans le caucus du PQ que j’avais l’occasion de travailler de près avec lui, lors des rencontres téléphoniques hebdomadaires des chefs de partis.

Q Le PQ jouera-t-il sa survie aux élections de 2022?

R Toutes les élections sont importantes pour le Parti québécois, parce que c’est un parti pas comme les autres et tant mieux. L’objectif n’est pas de prendre le pouvoir et de tout faire pour le garder, c’est de prendre le pouvoir pour le donner à la population à travers un beau projet.

Le gouvernement de la CAQ hérite d’une conjoncture exceptionnelle. D’abord, la CAQ n’est pas le Parti libéral. C’est son principal avantage! L’étalon de comparaison, c’est le Parti libéral. Les libéraux eux-mêmes ont créé le CAQ comme gouvernement.

Ensuite, ils (les membres du gouvernement de la CAQ) ne disent non à personne au plan financier parce qu’ils ont hérité de marges de manœuvre qui font rêver n’importe quel gouvernement. En plus, en temps de crise, les Québécois se tournent vers leur gouvernement national.

Je leur reconnais qu’ils sont volontaristes. Comme ils n’ont pas de base militante et d’instances aussi développées que les nôtres, ils peuvent décider assez rapidement de leur positionnement, qui est toutefois un peu épars.

Q Selon le futur du PQ, pourriez-vous adhérer à un autre parti?

R Non. Je suis indépendantiste. Le PQ est le seul parti pour lequel l’indépendance est un enjeu prioritaire, c’est ce qui nous distingue de Québec solidaire. Et la CAQ (pour faire la souveraineté)? Je n’y crois pas.

L’avenir, c’est que j’ai un mandat jusqu’en 2022 et si mes concitoyens le veulent bien, je continuerai au-delà de cette date. Je n’ai pas l’habitude d’annoncer aussi tôt que je reviens, mais j’aime beaucoup le travail de député. J’aime ça pour vrai! Je souhaite que le rôle de député soit davantage valorisé par l’ensemble de la classe politique.

Q Vous avez été proche de François Legault et à la fondation de la CAQ, il vous avait invité à rallier son parti. Cette offre s’est-elle répétée depuis l’élection de la CAQ, en 2018?

R Jamais. On a beaucoup de respect l’un pour l’autre, de l’amitié. J’ai longtemps travaillé à ce que François Legault devienne premier ministre du Québec, mais comme chef du PQ. J’ai été l’un de ceux qui ont le plus travaillé pour qu’il devienne chef du Parti québécois.

Lorsque Bernard Landry démissionne, en 2005, je m’en souviens comme si c’était hier! Je suis au Centre des congrès de Québec et je me retourne vers lui (Legault) en disant : «C’est maintenant, le jour est arrivé!» On avait monté une organisation au cas où et on avait un réseau d’échanges. C’était sérieux. Mais il a choisi de ne pas y aller. Il aurait pu y aller aussi en 2007 et il a choisi de ne pas y aller. Il l’avait aussi envisagé en 2001. 

François Legault, je le voulais comme premier ministre à l’époque où il était indépendantiste au Parti québécois. Je veux me disqualifier moi-même (de lui succéder à la tête de la CAQ) parce que je suis indépendantiste. Je suis au Parti québécois, mon parti, ma famille politique. C’est très clair.