Philippe Couillard a misé sur l'expérience de son gouvernement en gestion de l'économie pour rassurer l'électorat face aux tarifs douaniers récemment imposés par le président Donald Trump.

Pas le temps de changer de pilote, avertit Couillard

MONTRÉAL — Les sautes d’humeur du président américain Donald Trump sur le libre-échange font dire au premier ministre Philippe Couillard que les Québécois doivent être prudents. «C’est pas le temps de changer de pilote dans l’avion.»

Le Parti libéral a misé sur l’expérience de son gouvernement en gestion de l’économie pour séduire et rassurer l’électorat lors de son Conseil général samedi, le dernier grand rendez-vous militant avant la campagne électorale de l’automne.

Les tarifs douaniers que M. Trump vient d’imposer sur l’acier et l’aluminium pourraient ralentir l’économie québécoise, ont prévenu plusieurs élus libéraux. «Cette instabilité qui m’apparaît évidente est une raison pour les Québécois de choisir un gouvernement qui a déjà démontré sa compétence», a souligné M. Couillard. 

Mains sur le volant

Dans son point de presse de fin de journée, le premier ministre n’a pas utilisé l’expression «avoir les deux mains sur le volant», qui date de 2008, alors que Jean Charest souhaitait diriger un gouvernement majoritaire. Le président de campagne libéral Alexandre Taillefer l’avait pourtant fait sienne en matinée. «Ça prend des gens sérieux, des gens qui sont en mesure de mettre les mains sur le volant et s’assurer de conduire l’économie du Québec à bon port.»

Selon lui, avec la robotisation et l’intelligence artificielle qui transforment l’économie et la société en général, les citoyens doivent pouvoir compter sur «des gouvernements lucides, des gouvernements agiles». «On a fait 4 ans de mandat. C’est pas le temps de changer le chirurgien en plein vol», a-t-il plaidé devant les journalistes. Conscient que son image portait à confusion, M. Taillefer s’est repris plus tard en journée, en utilisant une boutade: «On ne change pas de pilote en plein milieu d’une opération complexe.»

«Ça prend des gens sérieux, des gens qui sont en mesure de mettre les mains sur le volant et s’assurer de conduire l’économie du Québec à bon port», a laissé entendre Alexandre Taillefer, le président de campagne du Parti libéral, en matinée samedi.

L’homme d’affaires qui a plongé en politique il y a quelques semaines à peine promet que le parti va présenter de nouvelles idées qui vont «surprendre». Il indique que le chef Philippe Couillard est ouvert aux idées des autres pour peaufiner sa plate-forme électorale. «La greffe va prendre c’est sûr, parce qu’on partage des valeurs profondes.»

Toute la journée, les quelques centaines de militants présents ont écouté leurs députés et leurs ministres expliquer leurs réalisations et leur livrer des messages-clés pour la campagne à venir. Aucun vote n’a eu lieu et très peu de temps a été réservé aux questions des militants, qui étaient pourtant nombreux à se présenter au micro. 

Petite noirceur

La parole a été donnée à plusieurs nouveaux candidats, question qu’ils se fassent connaître. L’économiste Marwah Rizqi a condamné les divisions que tend à créer la CAQ au sein de la société québécoise, évoquant «la petite noirceur de M. Legault». Elle a expliqué que M. Couilard n’avait pas peur de son franc-parler. «Au Parti libéral du Québec, il n’y a pas de ligne de parti. Parce que nous traçons la voie tous ensemble», a-t-elle clamé. 

En point de presse, M. Couillard a précisé qu’il aime s’entourer de «gens forts», mais qu’il fallait toutefois arriver à «un consensus» au sein du parti avant les votes à l’Assemblée nationale. 

Dans son discours de clôture, censé fouetter les troupes, M. Couillard a tiré dans de nombreuses directions pendant 40 minutes sans causer de grande surprise. Il a parlé de «l’élan» que son gouvernement au donné au Québec et du «nouveau Québec» qu’il souhaite maintenant bâtir. Il a choisi de ne pas attaquer directement la Coalition avenir Québec, le parti qui mène actuellement dans les sondages.

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JESSICA HARNOIS, FUTURE CANDIDATE

La sommelière et animatrice Jessica Harnois souhaite devenir candidate pour le Parti libéral. Des discussions sont en cours entre elle et le parti sur le choix d’une circonscription. Mme Harnois a fait sa profession de foi libérale sur la scène du Conseil général du parti samedi. «J’ai sérieusement envie de m’investir. Je crois en l’équipe de Couillard», a-t-elle lancé aux militants. Mme Harnois, qui a développé la marque de vin Bù, avait été invitée à venir parler de son parcours comme femme d’affaires. 

Frantz Saintellemy, chef d’opérations de la compagnie d’optique LeddarTech, à Québec, a aussi livré une conférence sur sa vision du Québec en 2030. Celui qui est né à Haïti et a grandi dans le quartier Saint-Michel à Montréal est devenu un entrepreneur techno très en vue. M. Saintellemy, qui est un ami d’Alexandre Taillefer, n’est toutefois pas intéressé à devenir candidat.

 Jessica Harnois