La ministre Nadine Girault, assise à droite, prend la pose avec les femmes chefs de poste du Québec à l’étranger lors de leur réunion à Québec, en novembre. Elles sont à ce jour 14 à occuper cette fonction.

Parité parmi les chefs de poste du Québec à l'étranger: «Pas des mots creux»

À pareille date l’an dernier, pour la Journée des femmes, la ministre des Relations internationales et de la Francophonie avait promis la parité parmi les chefs de poste du Québec à l’étranger. Un an plus tard, Nadine Girault a atteint l’objectif et l’a même dépassé.

Le Québec compte 26 chefs de délégation dans 17 pays à travers le globe. À ce jour, 14 sont des femmes et 11 des hommes, le siège à Washington restant à être pourvu. À l’arrivée de la ministre Girault et de la Coalition avenir Québec (CAQ), en octobre 2018, le compte était de 15 hommes et 11 femmes.

«C’est bien que quelqu’un décide de s’en faire un objectif. Par l’exemple, d’autres vont se sentir aptes à relever des défis similaires», atteste la déléguée générale du Québec à Paris, au bout du téléphone.

Mme Girault a nommé Michèle Boisvert à la tête de la plus importante représentation étrangère du Québec, en avril 2019, après une carrière de pionnière comme journaliste économique à Radio-Canada et à La Presse. Elle avait aussi été vice-présidente à la Caisse de dépôt et placement du Québec, depuis 2012.

«De la part du Québec, c’est un signe très fort! Paris est le vaisseau amiral de toutes nos représentations. En France, le Québec a le statut de nation, j’ai le même statut qu’un ambassadeur. Décider d’y nommer une femme, c’est un signal important qu’on envoie à la fois au Québec et en France. Ça veut dire que ce ne sont pas que des mots creux», affirme Mme Boisvert.

La délégation générale du Québec à Paris, qui célébrera son 60e anniversaire l’an prochain, compte une soixantaine d’employés. Michèle Boisvert est la troisième femme à la diriger depuis 1961, après Louise Beaudoin (1984-1985) et Line Beauchamp (2016-2019).

Dès son entrée aux commandes du ministère des Relations internationales et de la Francophonie, Mme Girault avait cette parité au nombre de ses priorités.

«Il faut tenir à le faire et s’assurer que tout le monde comprend où on s’en va. Par exemple, quand un poste s’est ouvert à Chicago, les premiers CV que j’ai reçus étaient uniquement des CV d’hommes. On me disait : “Il faut comprendre, c’est difficile de trouver des femmes avec ces compétences-là et qui veulent partir...” Mais quand on retourne une fois ou deux, comme par hasard, on trouve des CV de femmes!» s’exclame la ministre, qui a nommé Martine Hébert à la tête de la délégation de la Ville des vents.

«Il faut demander ce qu’on veut et s’y tenir. “On veut des gens au profil économique, ce n’est pas facile de trouver des femmes”, c’est les excuses typiques! Il y en a et la preuve, c’est qu’on a 14 femmes et 11 hommes tous avec de beaux profils économiques. Quand on met les balises et les critères, comme par hasard, on trouve les gens qu’on cherche», constate Mme Girault.

Journée sans femmes

Stéphanie Allard-Gomez est en poste au Mexique depuis octobre 2017. Avant l’arrivée au pouvoir de la CAQ. Quatrième femme à diriger la délégation générale du Québec à Mexico en 40 ans d’existence. Cette ancienne diplomate canadienne a aussi œuvré au Guatemala, en Colombie, en Italie, en Russie et au Salvador. 

«Les attitudes ont évolué depuis les années 1990. Il y a maintenant une certaine conscience du fait que lorsqu’il y a des femmes autour de la table, la discussion est plus riche et diversifiée. La diversité apporte un plus dans les échanges!» se réjouit Mme Allard-Gomez, jointe à Mexico.

Si elle ne peut témoigner de la différence avec le Mexique d’il y a 10 ou 20 ans, Mme Allard-Gomez a vu une évolution claire des mentalités entre ses deux postes occupés en Russie, de 1995 à 1998 et en 2006.

«En Russie, j’ai vu une grande différence dans la façon dont j’étais traitée comme femme diplomate. J’ai aussi vu plus de femmes autour des tables de discussions auxquelles je participais», confirme-t-elle.

Pays jeune et diversifié, le Mexique est néanmoins aux prises avec des enjeux de violence avec 1600 féminicides en 2019, 10 % de plus qu’en 2018.

Une grande marche est organisée au Mexique dimanche pour la Journée internationale des femmes et le lendemain, lundi, les femmes sont invitées à ne pas se rendre au travail ou à l’université pour montrer à quoi ressemblerait une société sans femmes.

«La participation des hommes dans les initiatives qui visent à avoir une meilleure parité hommes-femmes a aussi changé. Les hommes des milieux politiques et d’affaires s’impliquent, ce qui est très porteur», souligne Mme Allard-Gomez.

S’en faire un avantage

Michèle Boisvert participera le 8 mars à sa première rencontre des ambassadrices, dans l’Hexagone. Par leurs fonctions, les deux Québécoises obtiennent d’emblée le respect de leurs homologues masculins étrangers.

«Ça reste que certains secteurs sont essentiellement masculins, rappelle Mme Boisvert. Tout récemment, je recevais à la résidence les membres d’une grande organisation des entreprises françaises en aérospatiale. J’étais la seule femme. Et j’avais une robe rouge, disons que je me distinguais dans le lot. Mais si tu fais tes devoirs et que tu es compétente, on te respecte.

«La seule façon de réussir, c’est aussi vrai pour les hommes, mais encore plus pour les femmes, c’est d’être hyper préparée, extrêmement rigoureuse, de connaître ses dossiers sur le bout de ses doigts. Parce qu’on n’a pas le droit à l’erreur. Et lorsqu’on est compétente, ça devient presque un avantage [d’être une femme] et tu te distingues», résume la déléguée générale du Québec à Paris.

La ministre Girault veut maintenir ses chefs de poste dans «la zone paritaire». Elle s’en fait une fierté, mais ne compte pas s’arrêter là.

«Maintenant, je veux m’attaquer aux autres niveaux [du ministère]. La haute direction, on n’est pas là. Les postes de direction, pas là non plus. Le ministère doit être représentatif de la population. Il y a aussi la diversité. Femmes-hommes, je ne considère pas ça comme de la diversité, c’est juste la base. Mais il faut aussi devenir représentatif de la diversité ethnique qu’on retrouve dans la population», insiste la dame d’origine haïtienne.