La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a déclaré que la condamnation de deux journalistes de l’agence Reuters pour avoir couvert la crise des Rohingyas «porte un coup dur à l’état de droit et la liberté de la presse au Myanmar».

Ottawa somme le Myanmar de libérer les journalistes de Reuters

OTTAWA — La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a déclaré que la condamnation de deux journalistes de l’agence Reuters pour avoir couvert la crise des Rohingyas «porte un coup dur à l’état de droit et la liberté de la presse au Myanmar».

Wa Lone et Kyaw Soe Oo ont été condamnés, lundi, à sept ans de prison pour possession illégale de documents officiels à la suite d’un verdict de culpabilité qui «n’est pas un juste reflet des faits», selon la ministre Freeland.

Dans un communiqué publié lundi, Chrystia Freeland indique que le Canada ajoute sa voix à celle de la communauté internationale pour demander leur libération immédiate.

D’après la chef de la diplomatie canadienne, ce verdict de culpabilité «remet sérieusement en question la possibilité d’en arriver un jour» à une démocratie au Myanmar, qui exige que les journalistes puissent «rapporter les faits librement, rechercher la vérité, l’exposer et la défendre sans craindre les représailles, la violence ou l’emprisonnement».

Les deux journalistes ont rapporté un massacre du peuple Rohingya par l’armée du Myanmar en 2017 et ont déclaré qu’ils avaient été piégés par la police.

Le Royaume-Uni et les États-Unis ont également condamné les verdicts, de même que de nombreuses organisations internationales de défense des droits de la personne.

La première ministre britannique, Theresa May, a également appelé à la libération des journalistes, tandis que l’ambassade des États-Unis au Myanmar a publié une déclaration dans laquelle elle affirme que l’affaire comporte des «failles évidentes» et que le verdict est «profondément troublant».

Chrystia Freeland, qui a elle-même travaillé pour Reuters avant sa carrière politique, a déclaré que le Canada profiterait de toutes les occasions pour défendre les droits de la personne et la liberté d’expression.

L’ancien chef libéral Bob Rae, envoyé spécial du Canada au Myanmar pour enquêter sur la crise des Rohingyas, a déclaré que le «courage de ces deux journalistes face à la répression mérite l’admiration et l’attention du monde entier. Ils ont fait leur travail et ont été piégés par les forces de sécurité, selon les preuves entendues en cour».

Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, a exhorté le Myanmar à libérer «immédiatement et sans condition» les deux journalistes de Reuters ainsi que «tous les autres journalistes actuellement en détention pour leur exercice légitime du droit à la liberté d’expression».

Elle dénonce que cette condamnation envoie le message aux journalistes du Myanmar «qu’ils ne peuvent pas travailler sans crainte».

Les Rohingyas forment un peuple apatride qui vit principalement dans l’État de Rakhine, sur la côte ouest du Myanmar. La majorité des individus sont de confession musulmane et ont fait l’objet de persécutions répétées, dont des mesures de répression militaires à partir de 2016. On estime que 900 000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh, pays voisin, pour échapper à la violence.

Dans son rapport final au Parlement, déposé plus tôt cette année, Bob Rae a appelé le Canada à accroître son aide humanitaire aux réfugiés Rohingyas et à accueillir ceux qui souhaitent déménager au Canada.