La ministre Danielle McCann soutient que le fédéral devrait payer 25 % des dépenses en santé.

McCann réclame une hausse des transferts fédéraux

La ministre de la Santé Danielle McCann a formellement fait savoir à son homologue fédérale qu’elle n’accepte pas son intrusion dans les affaires du Québec et qu’au lieu de menacer de réduire les transferts de fonds fédéraux, elle devrait les augmenter jusqu’à atteindre 25 % des dépenses de la province en santé.

Le Soleil a mis la main sur une lettre que la ministre McCann a envoyée à la ministre fédérale de la Santé Ginette Petitpas Taylor le 29 novembre dernier. Cette missive est une réplique qui accentue le bras de fer naissant entre les deux gouvernements. 

Mme McCann confirme que le Québec continuera de tolérer que des patients qui veulent obtenir un examen médical plus rapidement, comme un test sanguin ou de l’imagerie par résonance magnétique, se tournent vers les cliniques privées.

«Comme vous le savez, le domaine de la santé est une compétence exclusive aux provinces et le Québec entend exercer pleinement sa maîtrise d’oeuvre à l’égard de la planification, de l’organisation et de la gestion de son système de santé», écrit Mme McCann. 

La ministre québécoise fait valoir que les services diagnostiques sont déjà assurés par le régime public de santé et disponibles gratuitement dans les hôpitaux pour les patients québécois.

Sauf que ceux qui en ont les moyens choisissent de payer pour obtenir ces services plus vite. C’est à ce système à deux vitesses que la ministre Petitpas Taylor veut mettre fin. 

Dans une lettre adressée l’été dernier à l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette, la ministre Petitpas Taylor indiquait que la Loi canadienne sur la santé vise à «assurer aux Canadiens et Canadiennes un accès aux soins médicalement nécessaires selon leurs besoins en santé et non de leur capacité ou de leur volonté de payer.»

Deux ans pour se conformer

La ministre Petitpas Taylor a demandé à toutes les provinces, dont le Québec, de rembourser les soins que les patients reçoivent au privé, sans quoi les transferts fédéraux en santé seront coupés. La ministre donne deux ans aux provinces pour se conformer. 

Dans sa lettre, Mme McCann fait clairement savoir à Mme Petitpas Taylor que sa demande constitue une intrusion et que son gouvernement ne se pliera pas à ses exigences. «Je crois important de vous rappeler qu’aucun gouvernement du Québec n’a jamais reconnu la légitimité de la Loi canadienne sur la santé, celle-ci étant considérée comme un empiètement sur sa compétence exclusive en matière de santé.»

Comme son gouvernement veut donner davantage accès aux soins de santé publics et gratuits, Mme McCann fait valoir qu’une augmentation des transferts fédéraux l’aiderait à atteindre cet objectif. «Le Québec considère que le gouvernement fédéral pourrait contribuer de manière tangible à l’amélioration des soins de santé en rehaussant sa contribution financière.»

La ministre McCann déplore que le Transfert canadien en matière de santé (TCS), qui passera de 23 % des dépenses des provinces à 20,4 % d’ici 10 ans, «engendrera des pertes pour le Québec évaluées à 14 milliards $», entre 2017-2018 et 2026-2027. «Une somme considérable dans un contexte de pression accrue sur les systèmes de santé et de vieillissement accéléré de la population.»

Mme McCann reprend donc à son compte une demande souvent répétée par le gouvernement du Québec, soit que le fédéral paie 25 % des dépenses en santé. 

Pour l’heure, la ministre Petitpas Taylor n’a pas offert de réponse à la lettre de Mme McCann.