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Christine Labrie, de Québec solidaire
Christine Labrie, de Québec solidaire

Masque chirurgical : le ministre de l'Éducation «systématiquement en retard de plusieurs mois»

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
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Alors que les élèves québécois devraient porter le masque chirurgical depuis longtemps, les partis d’oppositions remettent en question l’autorité même du ministre de l’Éducation. «C’est désolant de voir à quel point le ministre Roberge est systématiquement en retard de plusieurs mois sur les décisions qui devraient être prises», critique Christine Labrie, de Québec solidaire.

Médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le Dr Stéphane Perron a révélé au Soleil que le port du masque bleu «de procédure» aurait dû être privilégié dans toutes les écoles du Québec depuis au moins la rentrée d’automne.

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Seul un problème d’approvisionnement explique une dérogation à cette consigne, alors que les élèves du secondaire commenceront à l’adopter à compter de lundi prochain, lors de leur retour en classe. Les écoliers du primaire, déjà revenus sur les bancs d’école lundi, restent abonnés au couvre-visage artisanal, faute de mieux.

«Le ministre [Jean-François Roberge] a toujours dit qu’il suit les recommandations de la Santé publique. Mais il n’a jamais divulgué cette recommandation de l’INSPQ! Il y a là un gros manquement de sa part», dénonce Marwah Rizqy, du Parti libéral du Québec.

«Il suit les recommandations de l’INSPQ quand ça fait son affaire, poursuit la libérale Rizqy. Les écoles ont une part dans la propagation du virus, on le sait. Alors si c’est par manque de masques qu’on n’en fournit pas à tous les élèves, qu’il le dise, qu’il dise la vérité! Parce que là, on peut croire qu’on marchande la santé des Québécois.»

«Ça me surprend, me désole et me choque»

Mmes Labrie, Rizqy et Véronique Hivon, du Parti québécois, composent un solide trio de porte-parole des partis d'opposition en matière d’éducation, à l’Assemblée nationale du Québec.

«Ça tombe sous le sens d'apprendre que cette recommandation existe. Mais ça me surprend, me désole et me choque qu'on apprenne ça aujourd'hui!» fulmine la péquiste Hivon. «Est-ce que ç'aurait pu faire une différence dès l'automne pour réduire le nombre d'éclosions?»

Députée de Joliette depuis 12 ans et ancienne ministre sous Pauline Marois, Mme Hivon estime que le gouvernement actuel de la Coalition avenir Québec (CAQ) en fait «un modus operandi de cacher des choses», particulièrement dans le domaine de l'éducation.

Le manque de transparence du gouvernement Legault s'avère le premier clou sur lequel les oppositions cognent depuis la première vague de la pandémie, au printemps.

«Le gouvernement parle toujours de contrat, mais en éducation, où est sa part du contrat?» interroge Mme Hivon, soulignant que la seule nouvelle mesure de protection contre la COVID-19 dans les écoles en janvier est en fait en retard de plusieurs mois.

Et les élèves du primaire?

«Malheureusement, ce n’est pas la première fois que les meilleures pratiques recommandées ne sont pas appliquées en raison des difficultés d’approvisionnement. On l’a vu souvent en santé, et on en paie le prix aujourd’hui», constate de son côté la solidaire Labrie.

«Est-ce aussi par manque de matériel qu’on ne fournit pas ce masque au primaire? Est-ce pour ça qu’ils sont si réticents à recommander les purificateurs d’air?» se questionne-t-elle, faisant écho à ses deux collègues sur la nécessité ou non d'utiliser le masque chirurgical au primaire.

À ce sujet, la réponse du ministère de la Santé et des Services sociaux donne un début de piste. «Les niveaux de transmission du virus sont plus élevés chez les élèves du secondaire et les jeunes adultes. Ainsi, nous demandons maintenant qu’ils portent le masque de procédure qui leur assure une meilleure protection contre le virus, dans le contexte actuel de forte transmission communautaire.

«Le couvre-visage peut être un masque artisanal, c’est-à-dire qu’il peut être fait de différents tissus, avec différentes épaisseurs, de différents formats, etc. Nous souhaitions uniformiser cet équipement de protection individuelle à l’école secondaire, un endroit où les jeunes peuvent se retrouver à moins de 2 mètres», justifie-t-on aux communications du ministère.

«Faire la morale aux gens»

Selon la représentante de Québec solidaire et députée de Sherbrooke, «la CAQ passe beaucoup de temps à faire la morale aux gens, mais elle a des comptes à rendre sur les moyens qu’elle prend de réduire la contagion dans les milieux sous sa responsabilité. En éducation, c’est désolant de voir à quel point le ministre Roberge est systématiquement en retard de plusieurs mois sur les décisions qui devraient être prises, que ce soit du point de vue sanitaire ou pédagogique.»

Selon sa collègue libérale, élue de la circonscription montréalaise de Saint-Laurent, où elle continue à faire de la suppléance les lundis auprès des petits en classe de francisation, l’autorité du ministre s’avère plus fragile que jamais.

«On a vu le ministre de la Santé passer des commandes de matériel pour son réseau. Et le ministre de l’Éducation n’en a pas passé? Où est son leadership? La confiance commence à s’effriter sérieusement», dit Mme Rizqy, qui demande aussi où sont allés les 432 millions $ versés par le gouvernement fédéral pour la rentrée scolaire, fin août.