Le premier ministre François Legault
Le premier ministre François Legault

Levée de boucliers contre Legault qui a bloqué un journaliste sur Twitter

François Legault a bloqué un journaliste du quotidien montréalais «The Gazette» sur Twitter. Le réseau social s'est enflammé. Et le premier ministre a reculé.

Le journaliste est Aaron Derfel, qui avait notamment écrit sur la situation déplorable du CHSLD Herron de Dorval pendant la pandémie.

Dans une publication sur Twitter, le journaliste spécialisé en santé indique qu’il vient de s’apercevoir que le premier ministre lui a bloqué l’accès à son compte. Il accompagne son message du mot-clic #FreedomOfThePress (#Libertédepresse).

La nouvelle s’est rapidement propagée sur le réseau social. M. Legault a d’ailleurs répondu à une autre journaliste, toujours sur Twitter, en disant : «Quand un «journaliste» me «tague» plus de 10 fois sur Twitter en disant que je mens...»

Les guillemets entourant le mot journaliste ont certainement fait réagir les internautes, pas seulement les collègues journalistes d’Aaron Derfel. 

«On parle d’un journaliste ultra crédible qui couvre le domaine de la santé. Et je ne vois pas où il a accusé le premier ministre d’être un menteur», a indiqué le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Michaël Nguyen, en entrevue avec Le Soleil.

Il y a quelques semaines, M. Legault avait pointé Aaron Delfel en conférence de presse, laissant sous-entendre qu’il avait «une certaine responsabilité» pour les craintes possiblement plus élevées des anglophones envers le plan de déconfinement de son gouvernement.

«C’est un peu décourageant de voir ça. Au lieu d’attaquer les journalistes, il devrait amener des réponses. Ce qui me fait peur c’est qu’il n’a pas rassuré les anglophones, qu’il représente en tant que premier ministre. [...] Mettre des guillemets, c’est dénigrer la profession. Alors qu’il y a trois mois, il nous remerciait et disait qu’on était des travailleurs essentiels», ajoute Michaël Nguyen.

Une attaque personnelle

Pendant la campagne électorale qui l’a mené au pouvoir, François Legault avait déjà la réputation de bloquer facilement les internautes sur ses comptes Facebook ou Twitter. Le professeur de droits et libertés à l’Université Laval, Louis-Philippe Lampron, s’était alors exprimé sur le sujet.

«À partir du moment où un élu fait le choix d’avoir recours aux réseaux sociaux pour rejoindre la population, il ne peut pas bloquer l’accès à ceux ou celles qui le critiquent ou le questionnent. Et quand on parle d’un journaliste, ça me semble une atteinte au droit d’accès à l’information», explique-t-il. 

Le professeur indique bien évidemment que s’il est question de menaces ou d’attaques envers sa personne, le politicien peut se garder le droit de bloquer des internautes. Cependant, dans le cas du journaliste Aaron Delfel, il ne s’agit pas de menaces. «Il n’y avait même pas de motifs suffisants pour le bloquer, même s’il n’avait pas été journaliste.»

Twitter est une plateforme qui a la vocation de permettre un échange d’idées et d’opinions. Selon le spécialiste en droits et libertés, François Legault ne peut profiter des avantages que la plateforme offre (comme être un outil publicitaire) et exclure ceux qui ne sont pas d’accord avec lui.

«Ce qui m’a jeté en bas de ma chaise, c’est la réponse du premier ministre. Les guillemets entourant le mot journaliste. C’est extrêmement dangereux. Je comprends que ça peut être désagréable, un journaliste qui ne lâche pas son os, mais ça fait partie de la job. Si on commence à s’en prendre à l’intégralité du journaliste, on n’a pas terminé. La pente glissante peut nous amener à un dérapage.»

Louis-Philippe Lampron juge que François Legault doit des excuses.

«C’est inacceptable. C’est une attaque personnelle et une erreur totale. À mon sens, ça mériterait des excuses de la part du premier ministre», termine-t-il. 

Plus tard dans la journée de samedi, Aaron Derfel a annoncé que François Legault lui avait de nouveau accordé l’accès à son compte Twitter. Il l’a entre autres remercié d’encourager la liberté de presse. Ce «déblocage» semble toutefois survenir après la levée des boucliers des internautes.

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