À 81 %, les Québécois estiment que les gouvernements du Québec et du Canada ne déploient pas suffisamment d’efforts pour lutter contre les paradis fiscaux.

Les Québécois veulent une action forte contre les paradis fiscaux

EXCLUSIF / Plus de 80% des Québécois «trouvent inacceptable le recours aux paradis fiscaux par certains contribuables et certaines entreprises», d’après un sondage SOM réalisé auprès de 1021 répondants.

Dans la même veine, ils sont aussi nombreux — 81% pour être précis — à estimer que les gouvernements du Québec et du Canada ne déploient pas suffisamment d’efforts pour lutter contre les paradis fiscaux.

Ils sont presque aussi nombreux — 79% — à croire que cette lutte doit devenir une priorité lors des prochaines élections générales tant au Québec, dans moins d’un an, qu’au Canada, en 2019.

Ces résultats surprendront peu de gens. Ils ne surprennent pas, en tout cas, le président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, Christian Daigle. C’est le collectif Échec aux paradis fiscaux, dont son organisation est membre et dont il est le porte-parole, qui a commandé cette enquête d’opinion. Le groupe tiendra une manifestation jeudi devant l’Assemblée nationale.

Plan d’action

Le plan d’action présenté le 10 novembre par le ministre des Finances, Carlos Leitão, est en deçà des besoins, selon Christian Daigle. «Nous croyons que le Québec aurait pu aller plus loin, par exemple en exigeant un changement de cap de la Caisse de dépôt et placement, qui utilise abondamment les paradis fiscaux», affirme-t-il. 

Il croit que Revenu Québec doit «investir beaucoup plus de ressources que ce qui a été annoncé par M. Leitão», et ce, afin «de développer une véritable expertise sur l’évasion fiscale internationale».

Ottawa n’échappe pas aux tirs de M. Daigle. Le gouvernement de Justin Trudeau «se contente d’affirmer qu’il a octroyé des ressources additionnelles à l’Agence du revenu du Canada et qu’il coopère pleinement aux initiatives internationales sous l’égide de l’Organisation de coopération et de développement économique», se désespère-t-il.

Le sondage a été réalisé avant la présentation du plan d’action de Carlos Leitão et avant la diffusion d’informations sur les Paradise papers. La principale mesure du plan Leitão vise à créer une brigade spéciale chargée de traquer les contribuables ayant recours aux paradis fiscaux. Le gouvernement Couillard veut également priver de tout contrat public les entreprises ayant recouru à de l’évitement fiscal abusif, ainsi que les cabinets professionnels qui les auraient guidées sur ce terrain. C’est ce qu’avait recommandé une commission de l’Assemblée nationale.

«Un peu mieux»…

Commentant le plan gouvernemental, le péquiste Nicolas Marceau a indiqué qu’il permet «de faire un peu mieux ce qu’on faisait» déjà, mais qu’il n’apporte aucun «changement de paradigme», qu’il ne mène pas vers «le monde dans lequel on voudrait se retrouver».

Le sondage SOM a été mené du 19 au 24 octobre auprès de 1021 internautes adultes du Québec. La firme indique que les données ont été pondérées pour refléter «au mieux les caractéristiques de la population adulte québécoise». Elle établit à 3,8% la marge d’erreur maximale de son enquête.