Dans une entrevue de fin d'année, le ministre du Développement social, Jean-Yves Duclos, a admis que le gouvernement fédéral devait faire davantage pour aider les provinces, qui sont à court d'argent, à financer les programmes de formation, alors que la technologie supprime certains emplois mais en crée de nouveaux.

Les libéraux fédéraux bonifieraient les programmes de formation professionnelle

OTTAWA — Les libéraux fédéraux veulent élargir la portée des programmes de formation professionnelle alors que le Canada dépenserait environ la moitié de ce que dépensent des pays comparables pour que les travailleurs demeurent dans le coup.

Une communication donnée à un comité de sous-ministres en janvier 2018 prévient que le Canada aura plus de mal à s'adapter aux mutations de main-d'oeuvre s'il ne met pas davantage l'accent sur la formation. La Presse canadienne a obtenu le compte rendu de cette séance d'information grâce à la Loi sur l'accès à l'information et alors que les libéraux évoquent publiquement la possibilité d'utiliser le budget 2019, le dernier avant le scrutin fédéral d'octobre prochain, pour se concentrer sur la formation des compétences.

Dans l'exposé de janvier, on estimait que le Canada consacrait environ 0,1 pour cent de sa production économique à des programmes de formation à l'intention des travailleurs qui ont été déplacés par l'ordinateur ou d'autres changements. Or, ce taux atteignait en moyenne le double (0,2 pour cent) en 2015 dans les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Le Danemark y a consacré 0,6 pour cent, suivi de près par la Finlande, l'Autriche et la France.

Le Canada ne devance que la Pologne, l'Australie et la Hongrie pour ce qui est du nombre de travailleurs participant à des programmes de formation financés par des fonds publics. Bien souvent, plus de travailleurs ont eu recours à de tels programmes en Autriche, en Belgique, en Finlande et au Danemark, pays au sommet du classement de l'OCDE. Les documents obtenus suggèrent également que les programmes de formation professionnelle devraient être davantage taillés sur mesure pour les travailleurs à haut risque d'être laissés pour compte par le système, comme les Autochtones, les nouveaux arrivants et les personnes handicapées.

Dans leurs budgets précédents, les libéraux de Justin Trudeau ont consacré des milliards de dollars aux programmes de formation professionnelle, qui relèvent principalement des gouvernements provinciaux, dans l'espoir d'intégrer davantage de personnes au marché du travail afin de réduire la pauvreté et d'alimenter la croissance de l'économie. Malgré tout cela, l'exposé de janvier 2018 indiquait que le Canada était toujours à la traîne.

Dans une entrevue de fin d'année, le ministre du Développement social, Jean-Yves Duclos, a admis que le gouvernement fédéral devait faire davantage pour aider les provinces, qui sont à court d'argent, à financer les programmes de formation, alors que la technologie supprime certains emplois mais en crée de nouveaux. «Nous devons aussi être mieux en mesure de partager au Canada ce qui se fait de mieux dans certaines régions», a déclaré M. Duclos.

Les victimes de l'automatisation

La croissance économique canadienne semble ralentir après une année 2017 très vibrante. Selon les prévisions du ministère des Finances et du directeur parlementaire du budget, la croissance économique pourrait osciller entre 1,5 et 2,0 pour cent au cours des prochaines décennies, alors que la population active vieillit et diminue.

Plus de personnes vont probablement quitter le marché du travail que l'intégrer. Ce changement accroîtra donc «l'importance des progrès technologiques pour l'avenir économique du Canada», selon l'exposé présenté en janvier aux plus hauts fonctionnaires du gouvernement. Ces avancées technologiques devraient rendre certains emplois obsolètes, principalement en raison de l'automatisation. Le pourcentage de travailleurs canadiens à haut risque d'être affectés par l'automatisation au cours des deux prochaines décennies varie de 42 à 9,0 pour cent, selon les différentes études.

Mais les responsables fédéraux ne savent pas si les grands changements dans la main-d'oeuvre créeront suffisamment d'emplois pour remplacer ceux qui risquent d'être supprimés. C'est pourquoi les libéraux examinent de près ce qui pourrait être fait au chapitre des programmes de formation.

«Le recyclage et la formation professionnels seront de plus en plus importants, a reconnu le ministre Duclos. Nous devons travailler avec nos partenaires, soit les provinces et les territoires, mais comme les défis auxquels sont confrontés les provinces et territoires sont souvent communs, le fédéral peut avoir un rôle à jouer.»

La porte-parole conservatrice Karen Vecchio estime que cette collaboration avec les provinces et territoires devrait inclure une analyse de ce qui se fait dans le système scolaire afin que les élèves acquièrent les compétences nécessaires pour occuper ensuite plusieurs emplois.

Mais le recyclage professionnel peut ne pas convenir à tout le monde. Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré dans une entrevue de fin d'année à La Presse canadienne que les libéraux cherchaient également des moyens d'aider ces travailleurs âgés qui ne seraient pas encore tout à fait prêts à prendre leur retraite, mais qui ne seraient pas non plus tout à fait prêts à se recycler du jour au lendemain en programmeurs-analystes.