Le directeur création chez Polka, Paul Potvin, s’est soumis à une analyse des pancartes électorales provinciales avec la journaliste Patricia Rainville.

Les dessous d'une pancarte électorale

La campagne électorale provinciale battant son plein, les pancartes ont rapidement fait leur apparition dans le paysage, autant urbain que rural. Afin de mieux cerner le message qui se cache derrière ces affiches de candidats, Le Quotidien a demandé à Paul Potvin, directeur création de l’agence Polka, de se soumettre à un exercice d’analyse pour les quatre principaux partis provinciaux. Le Quotidien a également demandé à l’expert quelle formation s’en tirait le mieux côté image et quelles étaient les erreurs à éviter.

LE MESSAGE DERRIÈRE LE SLOGAN

Assise face à Paul Potvin, directeur création chez Polka, la journaliste du Quotidien étale quelques pancartes électorales imprimées sur la table. «Qu’est-ce qui vous saute aux yeux en regardant ces images?», est la première question à laquelle M. Potvin est invité à répondre. Il n’évoquera pas immédiatement l’image, mais plutôt les slogans. 

«En 12 élections provinciales, c’est la deuxième fois seulement qu’un parti politique utilise un seul mot comme slogan. La dernière fois, c’était ‘"Debout’’ de Québec solidaire. Aujourd’hui, trois partis ont opté pour un seul mot, c’est toute une différence. Chacun des mots a été longuement réfléchi, afin qu’ils soient puissants et qu’ils collent à la peau des partis. Les réseaux sociaux ne sont pas étrangers à cette tendance, avec les mots-clics», explique Paul Potvin.

Le Parti québécois a choisi comme slogan «Sérieusement», qui est, selon M. Potvin, une réponse à sa campagne d’autodérision. «C’est assez audacieux de se tourner vers l’humour comme le PQ l’a fait. Je ne suis pas certain que c’est une bonne tactique pour un parti qui traîne dans les sondages, mais c’est tout de même original. On voit rarement des campagnes humoristiques en politique. ‘‘Sérieusement’’ évoque aussi le fait qu’il n’est pas sérieux d’envisager de voter pour une autre formation», a expliqué le directeur création. 

La Coalition avenir Québec a choisi le slogan «Maintenant». «La CAQ se dit prête. Les libéraux ne pourraient pas utiliser un tel slogan, évidemment. Pour la CAQ, c’est maintenant, c’est là, pas dans quatre ans», estime M. Potvin.

Le troisième parti à avoir choisi un seul mot est Québec solidaire avec le slogan «Populaires».

«Québec solidaire est un parti qui se colle au peuple, qui veut adopter des mesures plus populaires. C’est dans ce sens qu’ils ont choisi ce mot. C’est assez efficace», souligne l’expert. 

Est-ce que l’utilisation d’un seul mot est une bonne tactique électorale?

«Utiliser un seul mot comme ça est un grand travail d’introspection et ça peut être dangereux, car c’est plus facile d’être victime de quolibet si on utilise un mauvais mot. Mais d’un autre côté, c’est facile à retenir. Je vous lance le défi de me dire le slogan qu’utilisent les libéraux qui, eux, n’ont pas choisi le mot unique», lance Paul Potvin.

En effet, le slogan des libéraux est une phrase complète: «Pour faciliter la vie des Québécois». 

«Ce n’est pas vraiment un slogan, mais plutôt un énoncé ou une promesse. Par contre, ils ont choisi le terme ‘‘Québécois’’, qui est assez vendeur. Ils y vont dans la continuité», estime Paul Potvin.

Coalition avenir Québec

La CAQ utilise la photo du candidat sur fond clair et flou, ce qui met en valeur le personnage, estime le directeur création Paul Potvin. «Il s’agit d’une ambiance décontractée, presque ésotérique. Le candidat n’occupe pas tout l’espace, ce qui est une bonne chose. Il se dégage aussi quelque chose de doux, de réconfortant. Le logo est bien positionné et le nom du candidat est mis en valeur. Par contre, le prénom, écrit avec une police de caractère différente (en cursive), n’est pas très lisible, ce qui est dommage, puisque c’est une bonne idée en soi. Le candidat est également en compagnie de son chef François Legault sur les grandes pancartes, contrairement aux candidats péquistes et libéraux. Il faut dire que les candidats caquistes ont un avantage à être en compagnie de leur chef, qui mène dans les sondages. Ce sont de belles pancartes, bien réalisées», estime Paul Potvin.

Parti Québécois

«À mes yeux, ce sont les pancartes les plus efficaces et les plus intéressantes graphiquement. Les lignes bleues horizontales et légèrement obliques rappellent les couleurs du parti, mais font aussi penser au drapeau du Québec. Le candidat occupe fortement l’espace et son nom est clairement visible, à l’image d’une affiche de cinéma. C’est la pancarte la plus dynamique», note le directeur création de l’agence Polka.

Cette fois-ci, les candidats ne sont pas accompagnés de leur chef Jean-François Lisée. «Je ne crois pas que les candidats ont avantage à être en sa compagnie sur leur affiche», note Paul Potvin.

Parti Libéral

Les pancartes des candidats libéraux se démarquent avec la fine ligne rouge qui encadre l’image. Mais le bleu domine encore, comme pour la CAQ et le PQ. «L’ambiance est sobre, mais sécurisante. On a beaucoup misé sur le regard des candidats, qui est rassurant, surtout lorsqu’on regarde les pancartes du chef Philippe Couillard. L’exercice graphique est aussi intéressant, mais on voit bien que les libéraux ont choisi de rester dans la sobriété et le classique. Ce n’est pas une mauvaise chose. Je dirais qu’ils ont bien réussi à faire ressortir leur slogan, bien que ce soit une phrase complète», analyse l’expert de l’image.

Québec Solidaire

Québec solidaire a deux styles de pancartes complètement différents l’un de l’autre. D’un côté, on voit les deux porte-parole, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, sur fond bleu foncé. De l’autre, on voit le candidat sur fond orange. Un contraste curieux, estime M. Potvin. «Le orange n’est pas la couleur la plus facile. Ça me fait un peu penser à la vague orange du NPD. Je comprends que ce soit la couleur du parti, mais d’un autre côté, les deux porte-parole utilisent le bleu, comme les trois autres partis. C’est un peu difficile à comprendre», souligne Paul Potvin.

Selon lui, le personnage est beaucoup trop gros sur les pancartes des candidats. Le gros plan n’est pas avantageux. Aucune ambiance ne se dégage des pancartes de QS et ses pancartes font plutôt penser à une élection municipale que provinciale. Le nom du candidat est toutefois bien positionné.

Le directeur création a toutefois salué l’initiative de QS d’avoir fait appel à six illustrateurs du Québec afin de mettre en images le projet de société de QS. Ces artistes ont fait une centaine d’affiches, surtout installés dans la métropole, mais notre photographe en a trouvé une à Alma. «Les autres partis n’auraient sans doute pas pu se permettre cette touche aussi originale», a affirmé Paul Potvin.

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DE BELLES ET DE MOINS BELLES PHOTOS

La photographie d’un candidat à l’élection est particulièrement importante. «Quand tu es candidat, tu dois vendre ta face en premier. Tu dois donc avoir la meilleure photo possible, le meilleur éclairage possible et le meilleur angle possible», estime Jeannot Lévesque, photographe de presse depuis l’élection de novembre 1973. Règle générale, le photographe estime que chaque parti s’en tire bien question image de leurs candidats. «Il n’y a rien d’extraordinaire, mais c’est très bien. On voit que le logiciel Photoshop est parfois mal utilisé, comme dans certains cas où la saturation est à son maximum. On se demande aussi parfois ce que les candidats ont de changé, mais c’est souvent la touche de Photoshop qui fait cet effet. Par exemple, les cheveux de Manon Massé. Il n’y a personne qui a les cheveux aussi lisses qu’une poupée Barbie dans la vraie vie», note Jeannot Lévesque. 

«D’un autre côté, c’est normal que chaque candidat essaie de s’avantager. C’est correct que les photos soient retouchées, mais pas au point où on ne reconnaît plus certains candidats», ajoute le photographe.