Le premier ministre québécois, François Legault, veut ravoir le pouvoir d’assigner les immigrants aux régions.

Legault veut pouvoir assigner les immigrants aux régions

Le premier ministre François Legault espère toujours convaincre Ottawa de redonner au Québec le pouvoir d’assigner un lieu de résidence aux immigrants, une mesure qui lui permettrait d’ajuster les entrées de nouveaux travailleurs aux besoins de main-d’œuvre dans les régions.

Le gouvernement Trudeau ne montre toutefois pas d’ouverture en ce sens.

Dans un courriel à La Presse canadienne, le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, affirme que son gouvernement respectera l’Accord Canada-Québec en matière d’immigration, qu’il est à analyser le projet de loi du gouvernement Legault, mais que, « de prime abord, nous ne sommes pas favorables à la réintroduction de la résidence permanente conditionnelle ».

Le ministre LeBlanc affirme que son gouvernement est prêt à travailler avec Québec pour résoudre les problèmes de manque de main-d’œuvre, mais il précise que les conditions au maintien de la résidence permanente introduites en 2012 par le gouvernement conservateur de Stephen Harper avaient été retirées par son gouvernement « parce qu’elles mettaient en danger les conjointes en situation précaire ».

Les travailleurs temporaires comme solution temporaire

De passage dans une entreprise de Beauceville en manque de main-d’œuvre, vendredi, M. Legault a cependant fait valoir que, d’ici à ce qu’Ottawa change son fusil d’épaule, il serait possible d’imposer cette contrainte aux travailleurs étrangers temporaires qui souhaitent immigrer au Canada.

« Quand une entreprise signe un contrat pour embaucher quelqu’un qui vient de l’extérieur du Québec ou du Canada, il y a possibilité comme travailleur temporaire de l’attacher pendant un an, deux ans, à une entreprise comme travailleur temporaire », a expliqué le premier ministre en point de presse.

François Legault a ajouté qu’« il y a beaucoup de travailleurs temporaires qui seraient intéressés à devenir des immigrants permanents » et qu’en passant par ce bassin de main-d’œuvre, « on peut atteindre le même objectif ».

« Dans un premier temps, les associer à un emploi et, dans un deuxième temps, avant de leur donner la résidence permanente et la citoyenneté, exiger la réussite d’un test de français et d’un test de valeurs », a expliqué le premier ministre.

Quant à l’obtention du pouvoir d’en faire autant avec les candidats à l’immigration, il s’est dit « confiant que M. (Justin) Trudeau va accepter parce que c’est un pouvoir qui avait été donné au Québec dans le temps de Robert Bourassa ; je ne vois pas pourquoi on ne serait pas capable de ravoir un pouvoir qu’on avait déjà. »

« Non, par-dessus non, par-dessus non »

Le Bloc québécois, de son côté, n’a pas raté cette nouvelle occasion de justifier sa raison d’être.

« Le fédéral est toujours à mettre ses gros sabots dans ce que le Québec veut faire et, encore une fois, c’est non, par-dessus non, par-dessus non », a martelé la bloquiste Monique Pauzé, faisant référence aux refus précédents du gouvernement Trudeau, qu’il s’agisse de la déclaration de revenus unique ou de l’exigence du français chez les immigrants.

La députée de Repentigny a cependant reconnu du même souffle que cette fermeture répétée du gouvernement Trudeau vient « conforter notre position qui est de dire : le Québec est très mal défendu à Ottawa et le Québec aurait besoin d’être un pays pour pouvoir discuter d’égal à égal avec le gouvernement d’Ottawa ».

Selon Mme Pauzé, le fait que le ministre LeBlanc dise qu’il est à analyser le projet de loi vient « questionner la souveraineté de l’Assemblée nationale : on ne peut plus faire de lois ? Il faut attendre que le ministre LeBlanc ou qu’un autre du gouvernement dise : oui, vous avez le droit de (...) faire un projet de loi ? Non, ça n’a pas de sens », a-t-elle tranché.

De son côté, le néo-démocrate Alexandre Boulerice abondait dans le même sens en ce qui a trait à l’attitude du gouvernement fédéral : « Ça commence à arriver un peu trop souvent que le gouvernement Trudeau ferme la porte très rapidement et refuse toute discussion avec le gouvernement du Québec. Ça ne fait pas preuve d’une flexibilité, d’une ouverture, d’une volonté de dialogue. »

M. Boulerice n’a pas caché, toutefois, le malaise que soulèvent certaines propositions de la CAQ au sein de sa formation politique.

« Il y a des propositions qui sont faites par le gouvernement Legault avec lesquelles on a un peu de misère au NPD, comme de prendre 18 000 dossiers, les jeter à la poubelle et de dire à ces gens-là : vous allez recommencer. Ça doit être assez rude pour ces gens-là de voir que les règles du jeu changent en cours de route. »