Bernard Landry et François Legault en 2005, alors respectivement chef du Parti québécois et critique en matière de finances, venaient de déposer un budget théorique pour l’an 1 d’un Québec souverain.

Legault était sur le point de rencontrer Landry

Bernard Landry a raccroché le combiné après s’être entretenu avec le nouveau premier ministre François Legault, la semaine dernière, en lui promettant de le rencontrer et de lui prodiguer quelques conseils.

Cette rencontre n’a jamais eu lieu, finalement. «Il m’a dit qu’il était prêt à m’aider, on s’était promis de se voir bientôt. Il se sentait bien. J’ai été surpris d’apprendre la nouvelle», a relaté de Québec le premier ministre Legault, mardi après-midi, après l’annonce du décès de l’ancien premier ministre péquiste.

«Le parti avant les hommes et la patrie avant le parti.» Cette phrase, maintes fois répétée par Bernard Landry au fil des ans, M. Legault s’en souvient très bien.

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Il était ministre de l’Éducation lorsque Bernard Landry a pris les rênes du gouvernement en 2001. Il se souvient d’une rencontre difficile avec lui, à son domicile.

«Quand il m’a demandé de passer de l’Éducation à la Santé, [...] je ne regardais pas ça nécessairement positivement. Il m’avait dit, et je m’en souviendrai toute ma vie : «François, c’est ton devoir». Pour lui, c’était important de remplir son devoir.»

Homme «brillant», «de grande stature», M. Landry marquera François Legault de par ses connaissances en économie.

L’homme surveillait de près le taux de chômage et avait toujours une «bonne bouteille» à portée de main au cas où les nouvelles seraient bonnes.

«J’avais quelqu’un avec qui discuter. Bernard Landry connaissait [...] à peu près chaque entreprise dans chacune des régions du Québec. Donc, c’est comme s’il avait tricoté l’économie du Québec.»

Plus récemment, François Legault avait fait un velours à Bernard Landry en disant vouloir s’inspirer de lui pour adopter une nouvelle «Paix des Braves» avec d’autres nations autochtones.

Il n’était pas certain de pouvoir bénéficier de son appui étant donné son passage à la Coalition avenir Québec.

«Ça me fait plaisir de lui avoir fait plaisir [...] et oui, je vais m’inspirer de lui pour essayer de conclure de nouvelles ententes, comme il l’a fait», a-t-il affirmé.

À titre d’ancien premier ministre, M. Landry aura droit à des funérailles d’État.

Il s’agit d’un cérémonial plus strict et officiel. Il pourrait être exposé au Salon rouge, la salle du Conseil législatif de l’Assemblée nationale. Également, le drapeau du Québec a été mis en berne.

Hommage de la classe politique

Un des compagnons de route de Bernard Landry, l’ancien député péquiste d’Abitibi-Ouest, François Gendron, lui a également rendu hommage. Il l’a décrit comme un «batailleur, déterminé, convaincu», lui qui était à ses côtés dès l’élection du premier gouvernement Lévesque en 1976.

«C’est un orateur sans précédent, c’est un honnête homme, il a fait beaucoup pour l’économie du Québec», a déclaré M. Gendron en entrevue près des bureaux de la presse parlementaire. Il a notamment rappelé ses efforts pour diversifier l’économie de la capitale et des régions, ainsi que la «Paix des Braves», l’entente historique avec la nation crie.

Pour sa part, le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a affirmé qu’il avait le cœur brisé.

«J’offre mes plus sincères condoléances à sa famille, ses amis et à l’ensemble des indépendantistes québécois. Le Patriote de Verchères n’aura jamais voyagé vers autre pays que le Québec», a-t-il gazouillé.

«Merci pour tout, a renchéri la députée péquiste Véronique Hivon. Convictions et confiance inébranlable dans le Québec et le projet d’indépendance, la cause de votre vie, voilà ce qui vous animait avec passion cher M. Landry. Vous avez contribué à bâtir un Québec fort économiquement, juste socialement et ouvert culturellement.»

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, a quant à lui souligné la «passion» qui animait Bernard Landry. «Personne ne peut nier l’amour qu’il portait au Québec. Il s’est investi pendant plus de 50 ans dans la sphère politique et publique afin de militer pour ses idéaux. Il a contribué à bâtir le Québec d’aujourd’hui.

«Merci, M. le premier ministre», a-t-il déclaré par voie de communiqué.

«Il faut aussi donner le mérite à M. Landry pour la Paix des Braves, un accord de nation à nation avec les Cris, duquel on peut tirer des enseignements pour nos relations avec les Premières Nations. Reposez en paix M. Landry», a gazouillé la chef parlementaire de Québec solidaire, Manon Massé.

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CE QU'ILS ONT DIT...

«Chaque fois qu’on lui posait des questions sur l’économie, c’était un adversaire très coriace. [...] J’avais devant moi quelqu’un qui connaissait le Québec de fond en comble.»

— Jean Charest, ancien premier ministre du Québec

«Du virage technologique à la Paix des Braves, deux des grands marqueurs de son action publique, il a été de tous les combats. Indépendantiste jusqu’à la moelle épinière, amant de la langue française et de l’histoire, patriote et fier de l’être, Bernard Landry était inépuisable.»

— Jean-François Lisée, ancien chef du Parti québécois

«La Paix des Braves fut la plus grande contribution à la réconciliation entre nos peuples, avant même que le mot soit populaire […]. Il aura marqué un tournant sans précédent dans les relations Cris-Québec, il était un grand ami des Cris […].»

— Roméo Saganash, porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de réconciliation