Lors d’une assemblée publique à Edmonton, vendredi dernier, le premier ministre Justin Trudeau a interrompu une femme qui, dans sa question, avait utilisé le mot mankind.

Le «peoplekind» inclusif de Justin Trudeau fait hurler la droite

OTTAWA — Une remarque impromptue de Justin Trudeau sur le sexisme présumé d'un terme utilisé en anglais pour désigner l'«humanité» a fait bondir des commentateurs aux États-Unis, dont les animateurs de l'émission matinale favorite du président Donald Trump, sur Fox News.

Lors d'une assemblée publique à Edmonton, vendredi dernier, le premier ministre a interrompu une femme qui, dans sa question, avait utilisé le mot «mankind». Comme le terme «humanité» en anglais réfère directement à l'Homme («man»), M. Trudeau a dit lui préférer le terme «peoplekind».

Une illustration de «langue inclusive», un peu comme vouloir remplacer «patrimoine» par «héritage culturel», en français.

La remarque du premier ministre a été aussitôt saluée, vendredi dernier, par les applaudissements nourris de l'auditoire - et même par la jeune femme qui avait laissé glisser «mankind».

«Imbécile de première»

Mais l'émission Fox and Friends, et d'autres commentateurs plutôt à droite, aux États-Unis comme à l'étranger, ont fait des gorges chaudes de cette «rectitude linguistique» en haut lieu. L'animateur britannique Piers Morgan a qualifié M. Trudeau d'«imbécile de première, côté rectitude politique».

L'émission Fox and Friends, qui serait, dit-on, suivie religieusement tous les matins par le président Trump, a consacré à cette «affaire» tout un segment, mardi matin. Les trois animateurs ont interviewé un professeur de l'Université de Toronto, Jordan Peterson, farouchement opposé à la rectitude politique, par exemple dans la lutte au sexisme ou dans la notion plus récente d'«appropriation culturelle».

M. Trudeau doit amorcer mercredi une visite officielle aux États-Unis pour parler commerce, notamment pour mousser les dispositions d'égalité hommes-femmes que son gouvernement tente d'intégrer à un nouvel Accord de libre-échange nord-américain.

La gouverneure générale, Julie Payette, doit accorder bientôt la sanction royale à un nouvel Ô Canada de genre neutre, afin qu'en anglais, «un vrai amour de la patrie» n'anime plus «tous tes fils», mais qu'il «nous anime tous». La modification n'a aucune incidence sur les paroles en français, écrites par Adolphe-Basile Routhier en 1880 avant d'être traduites en anglais 28 ans plus tard.