La ministre Andrée Laforest rappelle que les inondations de 2017 ont coûté 280 millions $ aux contribuables et que jusqu’à maintenant, les inondations de 2019, comme ici à Sainte-Marie de Beauce, ont coûté 41 millions $ en compensations, un chiffre qui est loin d’être final.

Le gouvernement ajuste ses cartes de zones inondables

Le gouvernement Legault ajuste ses cartes de zones inondables et retire une trentaine de municipalités du gel de construction décrété à la mi-juin. La ministre des Affaires municipales Andrée Laforest dit avoir écouté la population, mais plusieurs insatisfactions persistent.

En tout, 5600 personnes ont participé aux assemblées publiques tenues dans les différentes régions du Québec le 4 juillet et le ministère a reçu 3000 courriels. Plusieurs citoyens ont fait valoir que la zone d’intervention spéciale (ZIS) décrétée par le gouvernement embrassait trop large et touchait des maisons qui n’ont pas subi d’inondation récente. Les citoyens dont la résidence est située dans cette zone subissent un moratoire qui les empêche de rénover ou de reconstruire leur résidence pour le moment.

Cette ZIS, la plus grande de l’histoire du Québec, est composée des territoires qui ont été inondés par les crues des printemps 2017 et 2019 et des zones inondables 0-20 ans. À la mi-juin, le gouvernement avait publié une carte qui incluait 813 municipalités. Aujourd’hui, la zone rétrécie couvre plutôt 783 municipalités et exclut des milliers de résidences moins à risque. 

Plus prudents que pas assez

La ministre Laforest se défend d’avoir agi dans la précipitation. «Il fallait agir pour éviter une course aux permis parce qu’on avait déjà des demandes énormes», indique-t-elle en entrevue. Selon elle, les fonctionnaires du gouvernement ont voulu être plus prudents que pas assez dans l’élaboration de la première carte. «On savait qu’il y aurait des ajustements à faire, mais je pense qu’on a agi de façon responsable», juge-t-elle. 

Si des imprécisions devaient subsister dans la nouvelle carte, les municipalités ont jusqu’au 19 août pour faire leurs revendications auprès du ministère des Affaires municipales. «On pourra refaire des petites modifications en septembre», indique Mme Laforest. 

La ville de Sainte-Marthe-sur-le-Lac conservera quant à elle son traitement particulier. Ses citoyens auront le droit de reconstruire leur résidence, étant donné que l’inondation majeure survenue ce printemps a été causée par la rupture de la digue. 

Mme Laforest dit comprendre que certaines personnes soient déçues. «C’est pas facile de se faire placer en zone inondable. Mais à un moment donné, il faut agir en gouvernement responsable et revoir complètement l’aménagement du territoire, pour ne pas avoir à compenser tous les ans.»

La ministre rappelle que les inondations de 2017 ont coûté 280 millions $ aux contribuables et que jusqu’à maintenant, les inondations de 2019 ont coûté 41 millions $ en compensations, un chiffre qui est loin d’être final. 

Le ministère des Affaires municipales précise que la mise en place de cette ZIS est une mesure transitoire de «précaution et de prévention», le temps de revoir la gestion des zones inondables au Québec. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) s’est engagé à livrer d’ici décembre 2019 un plan d’action. 

«Rien de réglé»

La députée libérale Marie-Claude Nichols dénonce «l’improvisation» du gouvernement dans ce dossier. «Cette carte-là, ça a eu l’effet d’une bombe pour nos municipalités. Et je peux vous dire que la nouvelle carte, ça fait pas l’affaire encore. Il n’y a rien de réglé.»

Mme Nichols déplore que le gouvernement n’ait pas travaillé en collaboration avec les villes, préférant leur imposer sa vision. «Il reste plusieurs cas problématiques, notamment en Montérégie. Mon téléphone arrête pas de sonner», lance-t-elle. 

Si Mme Nichols est d’accord pour revoir la gestion des zones inondables au Québec, elle en a contre la façon de faire du gouvernement. «Avec la géomatique, il y a des villes qui sont mieux outillées que le gouvernement à l’heure actuelle. Il faut leur faire confiance.» 

Pour consulter la carte de la zone d’intervention spéciale 

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LE  BOULEVARD VACHON À SAINTE-MARIE RETIRÉ DE LA ZONE D'INTERVENTION

Les propriétaires d’entreprises et de résidences situées sur le boulevard Vachon à Sainte-Marie, en Beauce, peuvent pousser un soupir de soulagement. La zone d’intervention spéciale décrétée par le gouvernement ne s’étend plus jusqu’à l’artère principale de la ville. Ils pourront donc demander des permis pour construire ou reconstruire en toute quiétude au cours de l’été. 

«Il y a eu des modifications à la carte qui sont intéressantes», souligne Luc Provençal, député de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans Beauce-Nord, dont le bureau a été inondé au printemps dernier. 

M. Provençal salue le travail de la ministre Andrée Laforest et de son équipe. «Ils ont vraiment tenu compte de plusieurs commentaires des villes et des citoyens. Ils ont corrigé les erreurs et s’il y en a d’autres à corriger, ce sera fait», avance-t-il. 

En Beauce toutefois, le gel de construction continuera de s’appliquer au cœur de plusieurs municipalités situées en bordure de la rivière Chaudière, comme à Scott, à Vallée-Jonction, à Saint-Joseph et à Beauceville. 

Même si plusieurs commerçants situés sur le boulevard Renault à Beauceville ont manifesté leur volonté de reconstruire, les nouvelles sont moins réjouissantes pour eux. 

Le ministère des Affaires municipales considère toujours le boulevard situé au centre de Beauceville comme une zone facilement inondable et interdit toute reconstruction pour l’instant. M. Provençal pointe la «géographie particulière» de Beauceville, dont les commerces sont situés tout près de la Chaudière, pour expliquer que la carte a très peu changé à cet endroit. 

La Ville de Beauceville réserve ses commentaires officiels pour plus tard. «On doit analyser l’ampleur de la situation et bien comprendre les détails. Mais probablement qu’on va faire d’autres demandes au gouvernement», indique Paul Morin, directeur des communications à Beauceville.