Le fédéral veut réduire de moitié l’itinérance chronique d’ici 10 ans [VIDÉO]

Le gouvernement fédéral veut diminuer de moitié l’itinérance chronique d’ici 10 ans et double le financement pour amener les sans-abri vers un domicile fixe.

Le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, a indiqué que cette cible était fixée à l’échelle du pays pour 2027-2028. 

«C’est un objectif qui est conservateur, dit le ministre Duclos. Ce que le milieu de [lutte contre] l’itinérance nous dit, au Canada et au Québec, c’est qu’on peut faire beaucoup mieux.»

Le ministre Duclos se trouvait à la Maison Lauberivière pour annoncer la conclusion de deux ententes entre les gouvernements du Canada et du Québec pour assurer la mise en œuvre du programme fédéral de lutte contre l’itinérance appelé Vers un chez-soi. 

Au total, ces deux ententes représentent un investissement de 175 millions $ sur cinq ans, du 1er avril 2019 au 31 mars 2024. 

Le ministre Duclos a souligné que l’entente permettra notamment d’aider des organismes comme la Maison Lauberivière à offrir un hébergement temporaire. Elle permettra aussi d’offrir des services de santé aux itinérants et des formations pour se trouver un emploi. 

L’aide financière fédérale, a ajouté Jean-Yves Duclos, aidera aussi les itinérants à se loger temporairement. «Souvent, l’itinérance, c’est une question d’argent. On a besoin de leur fournir un peu d’argent au départ pour qu’ils puissent se loger convenablement.»

Vers un chez-soi, la nouvelle stratégie de lutte contre l’itinérance du gouvernement fédéral est «axée sur les résultats», précise le communiqué du gouvernement fédéral. 

Angles morts

S’ils jugent que l’objectif des réduire de moitié l’itinérance chronique est légitime, plusieurs organismes l’itinérance s’inquiète que cette orientation crée des angles morts dans la lutte contre l’itinérance. 

«Ce qui nous inquiète, ce n’est pas tant l’orientation en elle-même que ce qu’elle ne permet pas de financer», dit Laury Bacro, coordonnatrice au Réseau de solidarité itinérance du Québec. 


« Souvent, l’itinérance, c’est une question d’argent »
Le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos

Mme Bacro fait notamment référence à l’itinérance «invisible», qui touche en particulier les femmes qui vivent temporairement chez de la famille, des amis, des voisins ou des étrangers, faute d’alternative. Une victime de violence conjugale qui dort d’un divan à l’autre, par exemple, restera «invisible» parce qu’elle ne fait pas appel aux services d’hébergement pour les sans-abri. 

La coordonnatrice craint notamment que l’objectif de réduire de moitié l’itinérance chronique gruge le financement pour la prévention. 

Pierre Gaudreau, du réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, abonde dans le même sens. 

«La réduction de l’itinérance chronique, c’est un bel objectif, mais pour réduire l’itinérance, il faut la prévenir aussi. Il faut soutenir une diversité d’actions, en logement, en travail de rue, en prévention de l’itinérance, et on veut s’assurer que ce soit fait.»

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EN CHIFFRES 

  • 5800 personnes en situation d’itinérance «visible» au Québec, selon un dénombrement du ministère de Santé et des services sociaux effectué le 24 avril 2018 
  • 545 dans la région de la Capitale-Nationale
  • 3149 à Montréal 
  • 423 en Estrie 
  • 297 en Mauricie–Centre-du-Québec