Une procession a eu lieu à Edmonton avant que la première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, présente des excuses à tous les survivants de la «rafle des années 60», qui a vu des milliers d'enfants autochtones enlevés à leur famille et coupés de leur culture.

L'Alberta présente ses excuses officielles pour la «rafle des années 60»

EDMONTON — La première ministre de l'Alberta a officiellement présenté ses excuses, lundi, au nom de la province, à tous les survivants de la «rafle des années 60», qui a vu des milliers d'enfants autochtones enlevés à leur famille et coupés de leur culture.

Entre les années 50 et la fin des années 80, environ 20 000 enfants autochtones ont été enlevés à leur famille et transférés dans des foyers allochtones, privant les enfants de leur langue, de leurs traditions et de leurs liens familiaux. Cette pratique a culminé dans les années 60, ce qui explique pourquoi on parle aujourd'hui de la «rafle des années 60».

L'Alberta devient ainsi la deuxième province à reconnaître son rôle dans un chapitre sombre de l'histoire du Canada, et à tenter de réparer les torts causés. En 2015, un autre premier ministre néo-démocrate, Greg Selinger, du Manitoba, s'était aussi excusé au nom de sa province.

Les excuses de l'Alberta surviennent après une consultation à l'échelle de la province au cours de laquelle 800 survivants ont partagé leur histoire, selon la première ministre Rachel Notley.

Pendant ces consultations, le gouvernement albertain a entendu des histoires de survivants à qui l'on avait menti : on disait aux enfants qu'ils n'étaient pas recherchés par leurs parents, ou que leur famille ne pouvait pas prendre soin d'eux correctement.

Beaucoup ont aussi partagé des histoires d'agressions, de malnutrition, de travail forcé, de négligence et de racisme dans leurs foyers adoptifs et leurs nouvelles communautés.

«Nous sommes désolés», a laissé tomber solennellement Mme Notley, à la législature, alors que des survivants étaient assis dans les tribunes du public, certains essuyant leurs larmes. «Pour la perte de la famille, la stabilité, l'amour, nous sommes désolés. Pour la perte d'identité, de langue et de culture, nous sommes désolés. Pour la solitude, la colère, la confusion et la frustration, nous sommes désolés.

«Pour la pratique gouvernementale qui vous a coupés, vous Autochtones, de votre famille, de votre communauté et de votre histoire, nous sommes désolés. Pour ce traumatisme, cette douleur, cette souffrance, cette aliénation et cette tristesse, nous sommes désolés. À vous tous, je suis désolée.»

Traumatismes psychologiques

Les survivants sont encore aux prises avec des traumatismes psychologiques, comparables à ceux des survivants des pensionnats fédéraux pour Autochtones. Mme Notley a rappelé que leurs expériences sont déchirantes. «Des enfants, des bébés, des tout-petits, des adolescents arrachés à vos familles, a rappelé Mme Notley. Des parents aveuglés par les larmes alors qu'ils enlevaient vos enfants, des grands-parents écartés alors que vos familles étaient détruites.

«Ne vous méprenez pas : la “rafle des années 60” était une agression contre l'identité autochtone», a estimé Mme Notley. «Il n'est pas étonnant que ce soit si difficile pour beaucoup d'entre vous d'avoir confiance à nouveau.»

La première ministre a promis aux survivants que la province travaillerait à l'avenir dans un esprit de réconciliation et de consultation. «Ensemble, nous pouvons aider à guérir les blessures du passé.»