La ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott, a dévoilé mardi à Ottawa ses plans et ses priorités pour les Premières-Nations.

La ministre des Services aux Autochtones a des défis colossaux à relever

OTTAWA - Le nouveau ministère des Services aux Autochtones vise un objectif à long terme pour le moins singulier: celui de disparaître éventuellement.

Ce ministère a été créé il y a deux mois en scindant le ministère des Affaires autochtones en deux entités. Le ministère des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord se consacrera plus spécifiquement aux traités et aux revendications territoriales; le ministère des Services aux Autochtones s’occupe de programmes comme la santé, l’éducation, les infrastructures et les soins aux enfants. La Direction générale de la santé des Premières Nations et des Inuits sera d’ailleurs officiellement transférée de Santé Canada au nouveau ministère des Services aux Autochtones.

La ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott, a dévoilé mardi à Ottawa ses plans et ses priorités, en partant du principe que les Autochtones, tout compte fait, veulent avoir la maîtrise sur leur vie. Le ministère vise donc à confier éventuellement le financement fédéral à des organismes autochtones, qui pourront ensuite gérer eux-mêmes les différents programmes. À terme, l’existence même du ministère des Services aux Autochtones ne serait donc plus nécessaire.

Pour l’instant, le ministère souhaite conclure des ententes de financement de 10 ans avec une centaine de communautés autochtones d’ici avril 2019. Ottawa voudrait aussi éliminer, ou du moins modifier, certaines «politiques rétrogrades», comme la mise en tutelle lorsqu’Ottawa croit qu’une communauté a perdu le contrôle de ses finances.

Le nouveau ministère réexaminera aussi l’exigence faite aux communautés autochtones de transmettre à Ottawa chaque année parfois une centaine de rapports, qui se retrouvent souvent sur les tablettes sans jamais avoir été lus. À ce chapitre, la ministre Philpott privilégie plutôt le principe du «moins mais mieux».

Le porte-parole néo-démocrate en matière d’affaires autochtones, Charlie Angus, député du Nord ontarien, appuie les objectifs de la ministre Philpott, mais déplore que son gouvernement n’ait pas jusqu’ici délié les cordons de sa bourse.

«Crise humanitaire»

La ministre Philpott présidera cette semaine une rencontre fédérale-provinciale-territoriale d’urgence sur les soins à l’enfance chez les Autochtones, à laquelle sont conviés les leaders inuits et ceux des Premières Nations. Mme Philpott a d’ailleurs qualifié mardi de «crise humanitaire» le système de soins pour les enfants autochtones. Elle a notamment déploré le nombre alarmant d’enfants qui sont placés en famille d’accueil.

Plus de la moitié des enfants en famille d’accueil sont autochtones, alors qu’ils ne représentent que huit pour cent des jeunes Canadiens. Dans certaines provinces, comme au Manitoba, ce taux atteint 90 pour cent.

Le Tribunal canadien des droits de la personne a conclu en 2016 que le Canada avait pratiqué une discrimination systémique contre les enfants des Premières Nations dans les réserves, parce qu’Ottawa ne finançait pas les programmes sociaux à la même ampleur que dans la population en général.

Ottawa n’a toutefois pas encore rehaussé suffisamment ses budgets pour se conformer à l’ordonnance du Tribunal des droits de la personne. Selon le député Angus, le gouvernement aurait économisé depuis deux ans «300 millions $ sur le dos des enfants», et est devenu «le mauvais payeur par excellence de la fédération».

La ministre Philpott promet que le prochain budget fédéral prévoira un financement plus important.

Le nouveau ministère des Services aux Autochtones fait face à des défis colossaux: l’espérance de vie est réduite de 15 ans chez les Autochtones, et le taux de mortalité infantile est de deux à trois plus élevé que chez les allochtones. Les élèves du secondaire dans les réserves décrochent deux fois plus, le diabète est quatre fois plus prévalent, les taux de tuberculose sont multipliés par 270, et les décès dus aux surdoses en Colombie-Britannique et en Alberta touchent trois fois plus d’Autochtones que d’allochtones.