Lors d’un point de presse tenu dans sa circonscription lundi, la députée péquiste de Marie-Victorin, Catherine Fournier, a déclaré qu’elle souhaitait «donner un nouveau souffle» aux idées souverainistes sans toutefois chercher à créer un autre parti.

La députée Catherine Fournier quitte le Parti québécois

Après avoir travaillé ces dernières semaines à l’élaboration d’un plan pour relancer le PQ, Catherine Fournier abandonne. «À force de perdre, le Parti québécois est devenu perdant», croit la députée qui siégera désormais comme indépendante.

Lors d’un point de presse tenu dans sa circonscription de Marie-Victorin lundi, Mme Fournier a déclaré qu’elle souhaitait «donner un nouveau souffle» aux idées souverainistes sans toutefois chercher à créer un autre parti.

La députée a pointé les «luttes intestines», les «stratégies électorales mal avisées» et les «trop nombreux changements de cap» comme causes de la dégringolade du Parti québécois. 


« À force de perdre, le Parti québécois est devenu perdant »
La députée péquiste de Marie-Victorin, Catherine Fournier

«Il ne sert à rien de vouloir désespérément sauver le tronc ou les branches d’un arbre en train de dépérir. L’important, c’est d’en sauver les racines pour repartir sur quelque chose de nouveau avec des assises solides», a soutenu la femme réélue sous la bannière du PQ il y a à peine six mois. 

Son annonce a pris les autres élus péquistes par surprise et a court-circuité le dévoilement d’un plan d’action pour renouveler le parti. Préparé par l’exécutif national du PQ, sur lequel elle siégeait, ce plan d’action mettait tout sur la table, explique-t-on au Soleil. Le nom, le logo, les grandes idées et l’organisation du parti seront remis au jeu dans ce plan qui devrait être dévoilé plus tard cette semaine. 

Incompréhension au parti

«Au cours de cet exercice, toutes les pierres seront soulevées. À aucun moment, la députée de Marie-Victorin n’a manifesté son désaccord quant à ce plan d’action ni proposé de solution de rechange. Notre sentiment d’incompréhension s’en trouve conséquemment accru», ont écrit le chef intérimaire du PQ Pascal Bérubé et sa présidente Gabrielle Lemieux dans un communiqué conjoint. 

Selon eux, «évoquer l’échec de notre démarche avant même qu’elle ait été lancée, c’est défaitiste et regrettable».

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Mme Fournier dit de son côté ne pas avoir de plan précis, mais croit qu’un «électrochoc» est nécessaire pour rassembler les forces souverainistes. Elle invite ses amis péquistes à être lucides et à constater, comme elle, que le PQ a cessé d’attirer et de se renouveler. «Trop de Québécois ne l’écoutent plus.»

La députée évalue que les souverainistes sont éparpillés à parts égales au PQ et à la Coalition avenir Québec, alors que quelques-uns sont chez Québec solidaire et plusieurs n’ont tout simplement pas voté aux dernières élections. 

Que faire pour la suite? Mme Fournier reste vague. «Je ne crois pas qu’il y ait de la place pour un nouveau parti politique au Québec.» Selon elle, il faut plutôt «penser complètement en dehors de la boîte de la politique qui se fait actuellement» et elle souhaite avoir «les coudées franches» pour mener cette réflexion, au lieu de la faire en coulisses. 

Mme Fournier ajoute que sa décision n’est pas un «coup de tête». Il s’agit plutôt d’un «risque calculé». 

Légitimité

Pascal Bérubé s’interroge maintenant sur sa légitimité à siéger comme indépendante. «Pourquoi elle s’est présentée avec le PQ si elle savait qu’elle allait quitter par la suite? Quelle était sa sincérité?»

Le chef intérimaire du PQ assure que les autres députés de son caucus sont là pour rester. «On serre les rangs qui étaient déjà serrés.»

L’élue sera la deuxième à siéger comme indépendante, après l’exclusion du député Guy Ouellette du caucus libéral en octobre dernier. 

Âgée de 26 ans, Mme Fournier est la plus jeune élue de l’Assemblée nationale. En 2017, elle a publié le livre L’audace d’agir, un appel pour que les jeunes de sa génération, les millénariaux, s’impliquent dans la vie sociale et politique.

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DEUXIÈME OPPOSITION: LE PQ ET QS JOUENT DU COUDE

Maintenant que le Parti québécois (PQ) a perdu un joueur, Québec solidaire réclame le statut de deuxième opposition à l’Assemblée nationale. Une place que le PQ n’a toutefois pas l’intention de lui céder.

À l’élection générale du 1er octobre, les deux partis sont arrivés nez à nez, faisant élire 10 députés chacun. Le titre de deuxième opposition à l’Assemblée nationale avait toutefois été octroyé au PQ, le parti ayant obtenu davantage de votes. 

Aujourd’hui, le porte-parole de Québec solidaire (QS) Gabriel Nadeau-Dubois croit que cette place revient de facto à sa formation politique. «Les principes du parlementarisme québécois sont clairs : c’est le nombre de députés qui détermine l’ordre des partis.»

M. Nadeau-Dubois a sollicité une rencontre avec le secrétaire général de l’Assemblée nationale pour «statuer sur les modifications à apporter quant à l’utilisation des ressources parlementaires». Selon lui, il faut que le PQ demeure un groupe parlementaire reconnu, mais il faut aussi octroyer du temps de parole à Catherine Fournier. 

Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois, ne voit pas les choses du même œil. Selon lui, il faut respecter l’entente entre les partis signée l’automne dernier qui prévoit que le Parti québécois est reconnu comme deuxième groupe parlementaire d’opposition pour toute la durée de la 42e législature, soit pour quatre ans. 

À l’heure actuelle, le PQ et QS ont droit au même budget de fonctionnement et au même temps de parole lors des travaux parlementaires. M. Bérubé croit que cette demande de QS de changer de rang — et de place au Salon bleu —, «c’est psychologique». 

C’est vraisemblablement le président de l’Assemblée nationale François Paradis qui devra trancher cette question.