La frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis, longue d’environ 9000 kilomètres, compte 120 points d’entrées officiels. Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a indiqué qu’il faudrait mettre un agent de services frontaliers à tous les «100 pieds» pour faire de l’ensemble de cette frontière un point d’entrée officiel.

Immigration: le ministre Hussen veut moderniser l’Entente sur les tiers pays sûrs

OTTAWA — Le ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, dit avoir suggéré des idées au gouvernement américain pour moderniser une entente vieille de 14 ans qui encadre les demandes d’asile des personnes qui franchissent la frontière entre le Canada et les États-Unis.

Une proposition envisagée serait d’utiliser les données biométriques pour permettre aux agents frontaliers de mieux suivre les déplacements des personnes et de savoir si celles-ci ont déjà fait une demande d’asile aux États-Unis.

En vertu de l’Entente sur les tiers pays sûrs, la plupart des demandeurs d’asile qui arrivent au Canada en provenance des États-Unis en passant par les aéroports et les postes frontaliers sont repoussés. Ils doivent plutôt faire leur demande de statut de réfugié aux États-Unis, le premier pays où ils ont mis le pied. C’est ce qui inciterait de nombreux demandeurs d’asile à traverser la frontière de façon irrégulière au chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle.

Avec les données biométriques, il serait facile de savoir où les demandeurs d’asile ont fait leur première demande, a plaidé le ministre Hussen. Il s’agit de l’une des idées qu’il a suggérées à l’administration américaine dans le but de moderniser cet accord.

Mais cela ne ralentirait en rien l’afflux de migrants à la frontière, croit la porte-parole conservatrice en matière d’immigration, Michelle Rempel. Selon elle, le gouvernement doit renégocier entièrement l’entente et l’appliquer à l’ensemble de la frontière.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a toutefois qualifié ce plan d’irréaliste, mardi, devant un comité parlementaire, en compagnie du ministre Hussen.

La frontière terrestre, longue d’environ 9000 kilomètres, compte 120 points d’entrées officiels. M. Goodale a indiqué qu’il faudrait mettre un agent de services frontaliers à tous les «100 pieds» pour faire de l’ensemble de cette frontière un point d’entrée officiel.

Cette mesure serait difficile à appliquer, requerrait une plus grande collaboration des Américains et détournerait les arrivées dans des endroits plus isolés, a-t-il ajouté.

Les échanges ont mené à quelques prises de bec entre des députés conservateurs, néo-démocrates et les deux ministres qui évitaient parfois de répondre aux questions.

Frustration de l’opposition

Mme Rempel a d’ailleurs dit être frustrée du fait que les ministres aient fourni si peu de détails, notamment sur le nombre de personnes qui ont été refoulées à la frontière après être entrées sur le territoire canadien de façon irrégulière.

«Je soupçonne que ce chiffre est exceptionnellement bas... Il n’y a aucune chance que (M. Goodale) n’ait pas ce chiffre», a-t-elle soutenu.

MM. Hussen et Goodale ont promis à la députée de lui fournir les informations d’ici quelques jours.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), Québec debout et le Bloc québécois sont tous en désaccord avec la solution des conservateurs. Il faudrait plutôt suspendre l’entente, selon eux, pour inciter les demandeurs d’asile à utiliser les points d’entrée officiels.

La députée néo-démocrate Jenny Kwan estime que le cœur du problème est le président Donald Trump lui-même.

«Chaque fois que le président prononce ou «tweete» avec une rhétorique anti-immigration, cela créé une situation et il y a des réactions à cela», a-t-elle indiqué.

Ralph Goodale a toutefois rejeté cette hypothèse, affirmant que le mouvement de masse à la frontière a commencé avant l’élection de M. Trump. Les changements dans les statuts de protection temporaire pourraient toutefois avoir eu un impact, a-t-il reconnu.