En tant que président de l’Assemblée nationale, François Paradis a une «fenêtre d’opportunité» pour dépoussiérer certaines pratiques. Il ne pourra agir seul. Il devra œuvrer de concert avec les partis politiques.

Fini, homard et vin à prix d’or­

ANALYSE / Le député de Lévis, François Paradis, deviendra mardi le 46e président de l’Assemblée nationale du Québec. Sous son mandat, les dîners aux homards et les vins à prix d’or se raréfieront. Il faut bien répondre au courroux général. Mais les astres sont bien placés pour aller plus loin encore; pour mettre de l’ordre dans toute la cuisine.

Les problèmes dans les usages parlementaires dépassent de loin la caricature des plats de crustacés.

Avec une assemblée passablement renouvelée, composée de 71 nouveaux élus, le nouveau président du parlement du Québec aura toutefois une occasion en or de dépoussiérer certaines pratiques. Ces nouveaux élus ne sont attachés à aucune habitude.

François Paradis a une «fenêtre d’opportunité». Il ne pourra agir seul. Il devra œuvrer de concert avec les partis politiques. Mais M. Paradis pourrait très bien s’octroyer, avec leur accord, le mandat d’être le maître d’œuvre des grands travaux parlementaires à réaliser.

Pendant des années, on a trop souvent vu des élus — députés et ministres — attendre que le président de l’Assemblée nationale fasse des suggestions pour améliorer le fonctionnement de l’institution... et ce dernier attendre que les partis lui en soumettent de façon formelle. On a beaucoup tourné en rond.

Allocation de 17 300 $

Sous le mandat de François Paradis, les dépenses des députés québécois deviendront plus «transparentes», notamment lorsqu’ils prendront part à des missions parlementaires à l’étranger. On ne voit plus qui pourrait s’opposer à cette transparence. Et M. Paradis la souhaite. Reste à trouver le bon mécanisme de divulgation.

S’interroger sur la pertinence de certaines missions à l’étranger ne serait pas un luxe, par ailleurs. La «diplomatie parlementaire» y gagnerait en crédibilité.

La transparence devrait s’étendre à l’allocation annuelle de 17 300 $ que les députés reçoivent pour des frais de représentation et autres.

Oui? Non?

Plus généralement, pourquoi ne pas créer une instance qui serait chargée de se pencher sur des propositions de rénovation interne? Le Bureau de l’Assemblée nationale a d’autres chats à fouetter. Parmi les questions sur lesquelles cette instance pourrait se pencher, relevons celles-ci :

Faut-il faire une place à un nombre prédéterminé de projets de loi présentés par les partis d’opposition, c’est-à-dire leur permettre de cheminer jusqu’à un vote final? Ce serait une avancée.

Faut-il créer une commission parlementaire itinérante dont le mandat serait d’aller prendre le pouls des préoccupations des différentes régions du Québec, comme la péquiste Véronique Hivon l’a déjà suggéré? Pourquoi pas?

Faut-il encadrer la période des questions pour que les ministres répondent véritablement aux députés de l’opposition — et conférer plus de pouvoirs au président de l’Assemblée nationale? Oui? Non?

Le président devrait-il expulser les parlementaires visés par un troisième rappel à l’ordre afin de ramener plus de discipline durant la période des questions? Oui? Non?

Faudrait-il ajouter une période des questions hebdomadaire ou mensuelle lors de laquelle seul le premier ministre du Québec serait interrogé? Oui? Non?

Une commission parlementaire devrait-elle entendre les initiateurs de toute pétition recueillant un nombre important de signatures? Oui? Non? Si oui, à partir de quel seuil? Vingt mille? Cent mille?

Un élu de l’Assemblée nationale ayant été reconnu coupable d’une faute grave ou d’avoir manqué de façon claire à ses engagements devrait-il être révoqué dès lors qu’une pétition à cet effet recueillerait la majorité absolue des électeurs de sa circonscription? Oui? Non?

En août 2015, le caquiste François Legault voyait la proposition du péquiste François Gendron de bannir les applaudissements comme le prélude à une vaste réforme. M. Gendron avait repris à son compte une proposition de son collègue Sylvain Pagé. Les applaudissements ont été officiellement proscrits, mais aucune suite n’y a été donnée.

Respect et courtoisie

Le nouveau président de l’Assemblée nationale voudra lancer le message qu’il est prêt à agir à titre de coordonnateur d’une entreprise de rénovation parlementaire. S’il ne le faisait pas, les idées de toutes sortes continueraient de s’empiler les unes par-dessus les autres sans qu’il soit possible de distinguer les porteuses des pernicieuses, les réalisables des irréalisables.

Celles présentées dans ce texte ont toutes été énoncées au fil des ans par des députés, y compris par des caquistes. Elles sont non seulement restées lettre morte, elles n’ont fait l’objet d’aucun débat.

Des péquistes et des solidaires croient que l’Assemblée nationale pourrait même s’inspirer de ce qui se fait à la Chambre des communes, à Ottawa, dans certaines matières. C’est dire leur appétit pour des changements!

La personne qu’il est et le contexte politique général font que François Paradis pourrait être un président réformateur.

Bien sûr : tous les parlementaires, les nouveaux comme les vétérans, devront toujours garder à l’esprit que le respect et la courtoisie peuvent déjà faire une grande différence.

Sur les 71 nouveaux députés (sur un total de 125), 67 en sont à leur premier mandat et quatre effectuent un retour à l’Assemblée nationale du Québec.

Le nouveau président François Paradis sera épaulé par un premier vice-président, qui devrait être le caquiste Marc Picard, une deuxième vice-présidente, qui devrait être la caquiste Chantal Soucy, et une troisième vice-présidente, qui devrait être la libérale Maryse Gaudreault. Leur nomination sera confirmée mardi après-midi.