Des travailleurs de Charlevoix et de la Côte-Nord ont fait irruption vendredi matin dans le bureau de Québec du ministre fédéral Jean-Yves Duclos.

Des travailleurs saisonniers de la Côte-Nord et de Charlevoix crient à l’aide

Une dizaine de travailleurs de Charlevoix et de la Côte-Nord ont fait irruption vendredi matin dans le bureau de Québec du ministre fédéral Jean-Yves Duclos, réclamant qu’il règle la question du trou noir dans l’assurance-emploi. Le ministre ne leur a rien promis, même s’ils s’inquiètent de la main-d’œuvre qui sera disponible pour accueillir la réunion du G7 en juin prochain.

Depuis le début janvier, des travailleurs saisonniers qui avaient normalement droit à de l’assurance-emploi tout l’hiver ne reçoivent plus de chèque du tout. Ce qu’ils appellent le trou noir va s’accentuer et ira jusqu’à affecter des milliers de travailleurs des deux régions à la mi-mars. Le taux de chômage qui est en baisse de façon générale au Canada et dans la région explique cette nouvelle réalité.

Le personnel politique de M. Duclos a laissé les citoyens présents entrer à l’intérieur du bureau, avec leur tombeau et leurs couronnes mortuaires, qui symbolisent la mort des régions si rien n’est fait. «Ils laissent le monde crever dans les régions!», s’est insurgée Line Sirois, d’Action-Chômage Côte-Nord. Mme Sirois soutient que l’assurance-emploi engrange des surplus, mais que l’argent n’est pas redistribué. «Sa formule mathématique, il va falloir qu’il la change», avertit-elle. 

En 2017, un travailleur devait avoir accumulé 525 heures de travail pour avoir droit à 21 semaines de chômage. En 2018, ce même travailleur devait avoir accumulé 665 heures de travail pour avoir droit à 15 semaines de chômage.

C’est que le taux de chômage est à la baisse dans ces régions. «Il arrête pas de baisser parce que M. Duclos dit que l’économie va bien. Nous, on pense que c’est plutôt la population qui est vieillissante et qu’il y a moins de chercheurs d’emplois», exprime Mme Sirois. 

Les citoyens ont réussi après quelques minutes à obtenir une entrevue téléphonique avec M. Duclos, ministre responsable de l’assurance-emploi, qui était en retraite ministérielle en Ontario. 

La déception était toutefois vive à la fin de l’entretien. Guillaume Tremblay, président du conseil central Côte-Nord de la CSN, déplore que le discours de M. Duclos soit le même qu’il tenait lors d’une rencontre en mai dernier, alors que selon lui, la situation est «urgente». 

«Si les gens qui travaillent l’été dans nos auberges s’en vont travailler à Québec cet hiver, qui va être là pour le Sommet du G7?» a fait valoir Julie Brassard, de Mouvement Action Chômage Charlevoix. 

Les travailleurs saisonniers réclament une «mesure d’urgence» pour les deux régions pour cet hiver, et une refonte plus en profondeur de l’assurance-emploi dans l’avenir. Selon eux, le gouvernement Trudeau n’a que très peu modifié la réforme de l’assurance-emploi initiée par le gouvernement Harper, en 2013. «Il y a eu quelques améliorations oui, mais il y a rien eu de majeur pour nous autres, pour l’industrie saisonnière», soutient Mme Sirois.

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ILS ANTICIPENT LE TROU NOIR 


Mario Lacroix, capitaine d'un bateau-mouche

Capitaine d’un bateau-mouche

Mario Lacroix est capitaine d’un bateau-mouche qui sillonne le Parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie depuis 16 ans. «Qu’on le veuille ou non, le bateau fonctionne du mois de mai au mois d’octobre.» Il s’attend à passer un printemps difficile. En mars et en avril, il n’aura plus aucun revenu d’assurance-emploi. Pour payer l’épicerie et les factures diverses, il utilisera sa marge de crédit. Il croit pouvoir rembourser «les dettes du printemps» au cours de l’été, mais craint de retomber toujours dans le même cercle vicieux. M. Lacroix soutient que les emplois comme capitaine de bateau sont rares, et que son employeur, la SÉPAQ, a déjà du mal à recruter ses travailleurs saisonniers. 

Julien Lavoie, travailleur forestier

Travailleur forestier

Julien Lavoie est travailleur forestier à La Malbaie depuis l’âge de 15 ans. L’été, il fait des semaines de 50 à 55 heures, alors que l’hiver, il est au chômage. À 58 ans, il n’a pas le goût de s’arrêter. C’est la deuxième année d’affilée que M. Lavoie vit ce que les travailleurs saisonniers actuels appellent «trou noir». Il ne touchera aucun chèque d’assurance-emploi pendant 4 semaines au printemps. Il devra se résoudre à emprunter un peu d’argent à ses parents. M. Lavoie ne comprend pas que le gouvernement Trudeau laisse des travailleurs saisonniers tomber dans la pauvreté, alors que ceux-ci et leurs employeurs ont cotisé pendant plusieurs années à la caisse de l’assurance-emploi. «Qu’ils nous rendent ce qui est à nous», lance-t-il.  

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