Les patrons de Facebook Mark Zuckerberg et Sheryl Sandberg ont laissé deux sièges vides avec leur nom à la table à Ottawa, mardi. Les porte-parole de Facebook Canada présents pour l’occasion, Kevin Chan (à gauche) et Neil Potts, ont dû s’asseoir de chaque côté.

Des sièges vides pour Zuckerberg et Sandberg lors d’un comité à Ottawa

OTTAWA — Un panel d’élus internationaux n’a pas décoléré devant la décision des grands patrons de Facebook, Mark Zuckerberg et Sheryl Sandberg, de bouder leur rencontre du Comité international sur les mégadonnées, la protection des renseignements personnels et la démocratie à Ottawa, mardi.

Le président du comité, le député conservateur Bob Zimmer, a déclaré aux employés de Facebook qui étaient présents qu’il était «honteux» que leurs patrons n’aient pas daigné venir témoigner, malgré les nombreuses invitations des parlementaires canadiens.

Le comité est composé d’une dizaine de pays - le Canada, le Royaume-Uni, l’Argentine, la Belgique, le Brésil, la France, l’Irlande, la Lettonie, Singapour, l’Équateur et Sainte-Lucie - qui examinent le rôle des géants du web dans la protection de la vie privée et les droits en démocratie.

Des représentants de Twitter et de Google étaient également appelés à témoigner, mardi, mais ce sont les deux porte-parole de Facebook qui ont retenu l’attention.

Les membres du comité ont laissé deux sièges vides avec les noms de M. Zuckerberg et Mme Sandberg à la table. Kevin Chan et Neil Potts, les directeurs des politiques mondiales de Facebook présents pour l’occasion, ont dû s’asseoir de chaque côté.

Dès le début de la rencontre, le comité a voté pour obliger M. Zuckerberg et Mme Sandberg à témoigner aussitôt que l’un ou l’autre mettra le pied au Canada. En cas de refus, ils pourraient être reconnus coupables d’outrage au Parlement, a précisé M. Zimmer.

Visiblement agacé pendant la rencontre, M. Potts a répliqué qu’il avait l’appui de ses patrons pour répondre à toutes les questions du comité.

Frustration

Mais la frustration des membres du comité n’a cessé de prendre de l’ampleur devant leur absence de réponses et leurs détours pour tenter d’expliquer les plus récentes bévues du réseau social, dont une vidéo trafiquée de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, où elle semble ivre. Facebook refuse d’enlever cette vidéo virale, même si elle est fausse.

Le coprésident du comité, Damian Collins, s’est porté à la défense de Mme Pelosi: «La raison pour laquelle c’est important - et c’est la raison pourquoi, comme politicien britannique conservateur, je pose une question à propos d’une démocrate américaine, c’est que ceci nous affecte tous.»

M. Chan y voit un combat entre «les questions de liberté d’expression versus la censure», une comparaison que les élus rejettent complètement.

«Les gens ont droit d’exprimer leurs opinions et de remettre en question l’authenticité, a rétorqué M. Collins. C’est une autre chose de créer du matériel de façon délibérée et malicieuse, dans le but de le transmettre et de miner la crédibilité publique de nos politiciens, de nos institutions et ainsi de suite.»

Edwin Tong, un député du Singapour, a pour sa part eu un accrochage avec M. Potts sur la réaction tardive de Facebook à supprimer des contenus haineux qui auraient occasionné une tuerie de masse au Sri Lanka plus tôt ce printemps.

«Laissez-moi suggérer que vous ne les retirez pas parce que du tel contenu sensationnel, qui incite à la peur, à la violence, à la haine, aux théories de conspiration... c’est ce qui attire tous les yeux sur votre plateforme», a prétendu M. Tong.

«Je rejette votre prémisse», a répliqué M. Potts.

D’autres députés se sont questionnés à savoir pourquoi M. Zuckerberg accepte de rencontrer des chefs d’État derrière des portes closes, mais refuse d’apparaître devant un comité public.

La députée britannique Jo Stevens s’est dite «écoeurée à mort» d’entendre des heures de «platitudes» de la part de représentants de la plateforme. «Je veux le patron ici pour assumer ses responsabilités», a-t-elle plaidé.

Lors de ses prochaines sessions à Ottawa, le comité doit entendre des témoignages d’experts sur les meilleures pratiques pour empêcher les réseaux sociaux de brimer la vie privée des citoyens, de propager de la désinformation et de manipuler les élections.

Il s’agissait de la deuxième fois que ce comité se rencontre; la première édition ayant eu lieu au Royaume-Uni. Les sessions de travail de cette semaine sont chapeautées par Comité permanent de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique.