Selon l’artiste Claire Aubin, peintre et sculptrice, et l’ex-candidate bloquiste Sophie Stanké, les femmes reçoivent ainsi le message qu’elles peuvent faire de la politique si elles — et leurs idées — maintiennent un «profil bas».

Des féministes s’indignent du traitement misogyne réservé à Ouellet

MONTRÉAL — Deux militantes féministes et indépendantistes se portent au secours de la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, l'estimant victime d'attaques injustifiées parce qu'elle est une femme.

Dans un communiqué publié mardi, l'artiste Claire Aubin, peintre et sculptrice, dit s'indigner «du traitement médiatique réservé à Mme Ouellet, tant dans les médias officiels que sur les réseaux sociaux».

Elle pointe du doigt des «propos misogynes», le «choix de photos», les «contenus qui attaquent sa personne» et les «questions insidieuses» auxquelles elle a été confrontée, et ce «dans un contexte sociopolitique où de nombreuses initiatives sont lancées par des groupes de femmes et des individus pour que les femmes prennent leur juste place en politique».

Selon elle, les femmes reçoivent ainsi le message qu'elles peuvent faire de la politique si elles — et leurs idées — maintiennent un «profil bas».

De plus, le blogue qu'elle signe dans le Huffington Post ce mardi prend la forme d'une lettre d'appui et d'appel aux femmes afin de soutenir «dans l'adversité extrême» la chef bloquiste, lettre qui est signée par plus d'une trentaine d'autres femmes d'horizons divers.

Une des cosignataires de la lettre, l'ex-candidate bloquiste Sophie Stanké, accompagne Claire Aubin dans le communiqué où elle se dit «outrée du traitement subi par Martine Ouellet ces derniers mois, tant dans les médias qu'au sein de sa famille politique».

Elle dit constater «qu'être une femme en politique est plus difficile qu'être un homme en politique».

La bloquiste Marilène Gill qui, avec Xavier Barsalou-Duval, est demeurée fidèle à Martine Ouellet, a aussi signé la lettre de Claire Aubin. Interrogée sur la colline parlementaire, Mme Gill a cependant tenu à nuancer le propos lorsqu'on lui a demandé si elle considérait que les médias traitent sa chef de manière misogyne : «Non, je ne pense pas que c'est le traitement qui est comme ça, mais c'est ce qui en est dit par l'adversaire et les médias reprennent ce que dit l'adversaire».

Mme Gill estime que l'on peut certainement dire d'une femme qu'elle est intransigeante, mais elle fait valoir que c'est une question de contexte : «On n'a pas parlé d'intransigeance de M. [Gilles] Duceppe ou de difficulté à travailler avec les autres ou de poigne de fer, mais avec Mme Ouellet on va le faire».

«Est-ce que ç'aurait été perçu comme de l'intransigeance ou plutôt comme du leadership [de la part d'un homme] le fait d'être capable de tenir la ligne?» s'interroge-t-elle. «Il y a une réalité et ensuite on la traduit par des qualificatifs qui, tantôt, vont être négatifs pour une femme.»

Pas une question de genre

Quant au député bloquiste dissident Mario Beaulieu, celui-ci rejette le caractère misogyne des critiques faites à l'endroit de Martine Ouellet.

«Ce n'est pas parce que Mme Ouellet est une femme», a-t-il dit.

Bien qu'il n'ait lui-même jamais utilisé le terme «intransigeante» en référence à Mme Ouellet, il maintient que celle-ci «n'a pas un mode de gestion rassembleur», ce qu'il définit comme étant «tenir compte du point de vue des autres, consulter dans notre prise de décision» et que, dans cette perspective, «c'est là qu'il y a des difficultés de la part de Mme Ouellet.»

Mario Beaulieu est toujours président du Bloc québécois et a indiqué qu'il entendait demeurer au sein de la formation politique pour s'opposer au leadership de Martine Ouellet.

Les sept députés démissionnaires qui ont créé le parti Québec debout n'ont pas voulu commenter.

En conférence de presse au début du mois, quelques jours après que les sept députés démissionnaires du Bloc aient annoncé qu'ils allaient former leur propre parti, Mme Ouellet s'était elle-même interrogée sur l'existence d'un «double standard» qui lui serait imposé parce qu'elle est une femme.

Mme Ouellet sera soumise à un vote de confiance le 3 juin. Elle aura besoin de 50 % des voix plus une pour demeurer en selle.

Les membres du Bloc seront également appelés à se prononcer sur la réaffirmation de l'article 1 du programme du parti qui prévoit que «le Bloc Québécois utilise chaque tribune et chaque occasion pour démontrer la nécessité de l'indépendance du Québec», une question qui est au coeur du conflit interne de la formation politique.

Les dissidents et démissionnaires du Bloc québécois souhaitaient concentrer davantage leur énergie sur la défense des intérêts du Québec sur la scène fédérale.