Martine Ouellet

Crise au Bloc: la question de l’indépendance divise les députés

OTTAWA — Le Bloc québécois semblait toujours au bord de l'implosion à l'issue de son caucus hebdomadaire lundi. Les députés sont sortis après trois heures de vifs échanges sans être parvenus à régler les questions qui les divisent et ont promis de se rencontrer à nouveau mercredi pour tenter de dénouer la crise.

«Ce qui est clair, c'est qu'il y a une crise de leadership et c'est majeur, alors il faut qu'il se passe quelque chose», a affirmé le député Rhéal Fortin en fin de journée tout en invitant la chef bloquiste Martine Ouellet à faire un examen de conscience.

Le député Gabriel Ste-Marie annonçait la veille qu'il renonçait à ses fonctions de leader parlementaire à cause de l'absence de lien de confiance et de difficultés de communications avec Mme Ouellet.

Sept députés dissidents lui reprochent un style de gestion autoritaire. «Il y a une grande difficulté, sinon une incapacité, je dirais, à travailler en équipe», a expliqué la députée Monique Pauzé.

Ces députés ne se sont pas présentés à la période des questions lundi. Il s'agit de Gabriel Ste-Marie, Luc Thériault, Monique Pauzé, Michel Boudrias, Rhéal Fortin, Simon Marcil et Louis Plamondon.

Cet épisode pourrait marquer un point tournant dans l'histoire du parti, avait affirmé le député Mario Beaulieu à l'entrée de la réunion du caucus quelques heures plus tôt. Comme sa chef, il estime que la cause indépendantiste doit être au coeur des actions des bloquistes.

«On est vraiment à un tournant, a-t-il dit aux journalistes. Les problèmes ne commencent pas avec Martine Ouellet, c'est beaucoup plus profond que ça.»

Un discours qui a mis le feu aux poudres

Cette nouvelle crise — la deuxième depuis juin — survient une semaine après le discours de la chef du Bloc québécois lors du conseil général du parti. Un discours mal reçu par la majorité du caucus bloquiste.

Mme Ouellet avait alors affirmé qu'elle sentait de la résistance au sein de son caucus depuis son arrivée il y a un an.

Elle avait également tenté de convaincre les militants de mettre l'indépendance au centre de leur action politique et de se distancier des «mêmes recettes qui sont là depuis 25 ans». Ses propos ont choqué les dissidents.

«Le discours de samedi dernier, je n'ai jamais vu ça!, s'est exclamé Rhéal Fortin. Un chef qui ouvre un conseil général en se présentant en victime, puis en disant qu'elle est victime de coulage et de résistance. Pour moi, ce n'est pas un discours digne d'un chef.»

Ces propos ont été perçus comme une attaque directe contre une partie du caucus, ce qui a incité Gabriel Ste-Marie à renoncer à ses fonctions de leader parlementaire une semaine plus tard.

«Ce que j'ai lancé, c'est un cri du coeur», a-t-il déclaré lundi.

«Ce que je m'attends d'un chef, c'est qu'il inspire et qu'il rassemble, a-t-il poursuivi. On se serait contenté qu'elle ne divise pas trop.»

En coulisses, on raconte que M. Ste-Marie et Mme Ouellet avaient de la difficulté à communiquer depuis le mois de décembre à un point tel qu'il a refusé de faire le rapport de l'aile parlementaire du Bloc québécois lors du dernier conseil général comme le requièrent les statuts du parti.

«On a besoin d'un leader qui comprend que le travail qu'on fait est un travail essentiel pour le Québec, alors que présentement ce qu'on constate c'est que pour notre chef le travail qu'on fait n'a pas l'importance que nous on lui accorde», a ajouté Rhéal Fortin.

La place que prend la promotion de l'indépendance du Québec dans le travail parlementaire effectué au quotidien à Ottawa semble être au coeur du différend.

Martine Ouellet se défend

La chef bloquiste a rappelé lundi que les membres l'avaient choisie pour défendre l'indépendance et qu'il s'agissait de la raison d'être du parti. Elle a pourtant été élue par acclamation il y a environ un an.

«Là, il faut vraiment qu'on se mette à ramer dans la même direction», a-t-elle dit en sortant de la réunion du caucus.

«Je pense aussi que par rapport aux membres du Bloc québécois qui ont choisi de [remettre] l'indépendance au centre de leurs actions - la préparation de l'indépendance — il faut aussi prendre acte de [leur] volonté», a-t-elle ajouté.

Elle a l'appui de trois des dix députés du caucus bloquiste, soit Xavier Barsalou-Duval, Mario Beaulieu et Marilène Gill.

Celle-ci, qui a affirmé qu'elle ne craignait pas pour la survie du parti, rejette les récriminations des sept dissidents.

«On a une chefe qui est rassembleuse. Je suis "tannée" du "spin" que non, elle n'est pas rassembleuse», a-t-elle insisté en prenant pour exemple toute la latitude que sa chef lui donne pour travailler sur ses dossiers régionaux.

«Elle fait confiance à son équipe, a-t-elle poursuivi. Elle m'a nommée whip et on s'entend qu'il y a des députés qui sont bleus aussi. Ils viennent d'arriver. On est une jeune équipe.»

Martine Ouellet a promis de soumettre des solutions lors de la prochaine réunion du caucus mercredi, mais la sortie de crise apparaît difficile à trouver.

«Il n'y a personne qui a demandé la démission de Martine Ouellet ce matin, a indiqué Rhéal Fortin. Il n'y a personne qui a annoncé qu'il quitterait ce matin.»

Le Bloc québécois, qui a déjà connu une crise en juin, est donc à nouveau divisé en deux factions. D'un côté, les sept députés en désaccord avec les méthodes de Mme Ouellet et de l'autre les trois députés qui l'appuient.

La réunion du caucus de lundi semblait moins houleuse que celle de juin même si on pouvait entendre quelques éclats de voix à travers la porte.