Aux côtés de sa femme Monica, la gorge parfois nouée, à certains moments les larmes aux yeux, Martin Coiteux a affirmé quitter la politique «pour des raisons qui sont personnelles, sans la moindre amertume et avec le sentiment du devoir accompli».

Coiteux quittera la politique, sans plan de match pour l'instant

MONTRÉAL — Un des poids lourds du gouvernement Couillard, le ministre Martin Coiteux, a confirmé vendredi à Montréal qu'il ne se représenterait pas aux prochaines élections.

Au cours d'une conférence de presse aux côtés de sa femme Monica, la gorge parfois nouée, à certains moments les larmes aux yeux, il a affirmé quitter la politique «pour des raisons qui sont personnelles, sans la moindre amertume et avec le sentiment du devoir accompli».

Le ministre de la Sécurité publique et des Affaires municipales a indiqué qu'il ne savait pas, pour l'instant, s'il retournerait à l'enseignement universitaire ou ce qu'il ferait après. «Je ne le sais pas; je n'ai pas de plan de match», a-t-il dit.

«J'ai envie de faire une autre vie que la vie politique. Mon plan de match, ce n'est pas de refaire de la politique», a-t-il lancé. Il a ajouté qu'à 56 ans, il était encore temps pour lui de «faire autre chose», d'embrasser peut-être une carrière différente.

Pas les sondages

Interrogé à savoir s'il quittait la politique à cause des sondages, qui démontrent que la victoire du Parti libéral est loin d'être acquise, le 1er octobre, le député de Nelligan l'a catégoriquement nié. «Je ne me suis pas présenté en fonction des sondages, pas plus que j'ai décidé de quitter en fonction des sondages», a-t-il répondu, en ajoutant que lorsqu'il s'était présenté, en 2014, les sondages prédisaient un gouvernement mené par le Parti québécois.

Quand on lui a demandé si ça ne lui faisait pas un petit pincement au coeur de voir le gouvernement libéral réinvestir dans maintes missions de l'État, aujourd'hui, lui qui a eu le rôle ingrat de sabrer et d'équilibrer les finances publiques pendant des années, il a répondu que non.

«Ç'aurait été impossible de faire ce qu'on fait aujourd'hui sans avoir rétabli la santé des finances publiques. Je suis né en 1962. De mon vivant, je n'ai jamais connu une situation où le Québec avait une meilleure cote de crédit que celle de l'Ontario. [...] Ça nous permet de faire des choses qui étaient inimaginables en 2014. En ce sens-là, même si ça a été difficile, même si ça a nécessité des décisions qui n'étaient pas simples, on en récolte les fruits aujourd'hui», a-t-il admis.

Son départ en surprendra plus d'un, car le ministre Coiteux ne faisait pas partie des députés et ministres ayant indiqué qu'ils étaient en réflexion sur leur avenir politique.

Lors d'une mêlée de presse en matinée à Montréal, le premier ministre Philippe Couillard l'a «remercié pour sa contribution remarquable au Québec», notamment «dans la relation du Québec avec les municipalités».

Autres départs

Le départ de M. Coiteux s'ajoute à une longue liste de députés libéraux et ministres qui ne seront pas sur les rangs le 1er octobre.

M. Coiteux est le troisième ministre du gouvernement, après Stéphanie Vallée et Jean-Marc Fournier, à choisir de ne pas poursuivre sa carrière politique.

Le départ du président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon, est aussi tenu pour acquis dans les rangs libéraux, même s'il ne l'a pas encore annoncé officiellement.

Au moins deux autres ministres sont toujours en réflexion : Laurent Lessard (Agriculture) et Geoffrey Kelly (Affaires autochtones).

Les députés libéraux qui ont déjà annoncé qu'ils ne solliciteraient pas un autre mandat sont les suivants : Guy Hardy (Saint-François), Karine Vallières (Richmond), Pierre Reid (Orford), André Drolet (Jean-Lesage), Ghislain Bolduc (Mégantic), Raymond Bernier (Montmorency), Michel Matte (Portneuf) et Germain Chevarie (Îles-de-la-Madeleine).

Ayant perdu sa circonscription en raison du redécoupage de la carte électorale, Pierre Giguère (Saint-Maurice) ne sera pas sur les rangs non plus.

Chassé du caucus libéral récemment en raison d'allégations d'inconduite sexuelle, Yves St-Denis (Argenteuil) ne portera pas les couleurs du PLQ en octobre.

En 2014, Martin Coiteux, économiste de haut vol, était l'un des candidats vedettes du PLQ. Dès l'élection du gouvernement, il avait accédé au poste influent de président du Conseil du trésor, où il avait dû mener une difficile négociation avec les secteurs public et parapublic. Contre toute attente, il a réussi à conclure une entente avec le front commun intersyndical.

Ensuite, il a cumulé une double fonction, aux Affaires municipales et à la Sécurité publique, où il a eu à gérer l'épisode de la tempête de neige et du bourbier de l'Autoroute 13, en plus des inondations du printemps 2017 dans plusieurs villes du Québec.

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LEHOUILLIER ENCENSE LE MINISTRE

Un ministre à l’écoute. Un ministre qui mène les batailles nécessaires même si elles sont difficiles. Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, a salué vendredi Martin Coiteux, titulaire des Affaires municipales et de la Sécurité publique du Québec, qui annoncera sous peu son retrait de la vie politique à la fin de ce premier et unique mandat.

«C’est probablement le ministre, dans ceux que j’ai vus jusqu’à maintenant, le plus à l’écoute du monde municipal. Quand on le rencontre, il nous écoute et il nous dit : ça ne sera pas un dossier facile, mais on va s’y attaquer. C’est pas le gars qui baisse les bras. C’est extraordinaire de travailler avec un ministre comme M. Coiteux», a répondu spontanément le maire Lehouillier quand il a été interrogé sur ce départ imminent.

L’élu municipal a évoqué de bons souvenirs de séances de «brainstorming» avec son vis-à-vis provincial. «Il a le don aussi de nous expliquer les limites au niveau gouvernemental, mais en même temps, on a toujours cette ouverture», a fait valoir M. Lehouillier. Celui-ci lui reconnaît le mérite d’avoir fait adopter la première loi sur les gouvernements de proximité. Au-delà des principes qu’il contient, le politicien lévisien y voit plusieurs «outils» et «moyens d’action» pour renforcer les municipalités québécoises. «Ce pas-là n’aurait pas été possible si on n’avait pas eu un ministre aussi fort que M. Coiteux», conclut Gilles Lehouillier.  Annie Morin