Charles Taylor, coauteur du rapport Bouchard-Taylor, a admis au cours d’un échange avec le ministre Simon Jolin-Barrette avoir été naïf en 2008, n’ayant pas vu venir la vague d’islamophobie qui allait déferler sur tous les continents.

Charles Taylor et Simon Jolin-Barrette croisent le fer

Le philosophe et coauteur du rapport Bouchard-Taylor, Charles Taylor, accuse le gouvernement Legault d'avoir détourné son travail pour «multiplier le nombre de victimes».

Mardi, au Jour 1 des consultations particulières sur le projet de loi 21, le professeur de McGill a rappelé avoir recommandé en 2008 l'interdiction du port des signes religieux aux employés de l'État en position coercitive seulement, ce qui consistait à ses yeux une forme de «rempart».

«C'est devenu un tremplin, vous vous fondez là-dessus pour sortir, pour exclure des carrières à d'autres gens. Je crois que c'est complètement contre l'esprit de notre rapport», a-t-il asséné.

Il a justifié sa volte-face, c'est-à-dire pourquoi il est maintenant contre l'interdiction du port des signes religieux aux employés de l'État en position d'autorité, alors que dans son rapport il y était favorable.

«Je croyais que d'abord ça choquerait vraiment les gens de sorte que tout le rapport serait discrédité», a-t-il déclaré.

Naïf

Il a admis au cours d'un échange avec le ministre Simon Jolin-Barrette avoir été naïf en 2008, n'ayant pas vu venir la vague d'islamophobie qui allait déferler sur tous les continents.

«Ce dont j'ai été complètement inconscient, à l'époque, c'était les différents mouvements de haine, d'opposition qui existent dans notre société, a-t-il dit. Seul le fait de faire campagne sur ce genre de programme commence à stimuler des incidents haineux.»

Les élus québécois, a-t-il poursuivi, sont «angéliques» s'ils pensent que le débat n'a pas d'impact sur le terrain.

«L'ensemble des parlementaires ici sont présents sur le terrain, les fins de semaine ils sont dans leurs circonscriptions [...] et sont vraiment au fait de ce qui se passe», a rétorqué M. Jolin-Barrette.

Selon lui, le projet de loi 21 est «modéré, pondéré et surtout, applicable». La pièce législative vise à interdire à toute une série d'employés de l'État de porter des signes religieux dans l'exercice de leurs fonctions, qu'ils soient issus du secteur scolaire (enseignants et directeurs d'école au primaire et au secondaire du réseau public) ou reliés au secteur judiciaire avec un pouvoir coercitif (policiers, gardiens de prison, procureurs).

Il inclut une clause de droits acquis pour les employés actuels et une clause dérogatoire pour le soustraire à d'éventuelles contestations judiciaires.

«Des intégristes»

Également invité à se prononcer sur le projet de loi 21, le Collectif citoyen pour l'égalité et la laïcité a déclaré que les femmes qui portent le hijab devraient accepter de le retirer au travail.

«Les femmes qui ont une vision absolutiste de la religion, c'est-à-dire qui n'acceptent pas d'enlever leur voile pendant leurs heures de travail et qui contestent la légitimité d'un État d'avoir des normes communes, oui, celles-ci, ce sont des intégristes», a affirmé Djemila Benhabib.

Le premier ministre François Legault a plus tard évité de cautionner son interprétation. «Au Québec, on souhaite que les personnes en autorité ne puissent pas porter de signes religieux, mais quelqu'un qui refuserait peut avoir toutes sortes de raisons», a-t-il dit.

«Est-ce un intégriste?» lui a demandé un journaliste. «Je ne pense pas, a répondu M. Legault. Soyons prudents sur les étiquettes.»

Par ailleurs, mardi, des groupes ont demandé au gouvernement d'élargir la portée de son projet de loi, pour qu'il interdise le port de signes religieux aux éducatrices en services de garde et aux enseignants dans les écoles privées subventionnées.

Au total, 36 groupes présenteront un mémoire devant la Commission des institutions de l'Assemblée nationale, du 7 au 16 mai.