C’est mieux, mais encore un effort

DÉCODAGE / La fin des applaudissements n’a pas nui au «spectacle» de la période des questions, qui a repris ses droits à l’Assemblée nationale cette semaine. Ni au jeu robuste qu’on y pratique.

Force est de constater en même temps que la fin des applaudissements n’a pas, au fil du temps, ajouté à la profondeur de l’exercice. Ces trois premières séances, cette semaine, ont certes été plus intéressantes que la plupart de celles de l’automne dernier. Mais cet exercice pourrait être tellement mieux!

On y apprend peu de choses en général. Mais peut-être faut-il être naïf pour croire que l’on devrait y apprendre quelque chose — y apprendre quelque chose de plus que ce qui a été dit dans différents points de presse ou qui a pu être lu, vu ou entendu dans les médias. 

Il faut rappeler que les questions des partis d’opposition visent de toute façon bien plus souvent à affirmer un point de vue ou à écorcher le gouvernement qu’à obtenir de vraies réponses. Et la plupart du temps, lesdites réponses sont évidées.

Officiellement, cet exercice se nomme la Période des questions et des réponses orales. Pour faire plus court, tout le monde parle de la période des questions. Et c’est bien de ce dont il s’agit : une période des questions. Pas une période de réponses. 

Un exemple parmi tant d’autres : on n’a pas su si le gouvernement juge insuffisant ou suffisant dans les circonstances le salaire horaire moyen des chauffeurs de bus scolaire, qui est de 17,86 $ l’heure. Leur salaire d’entrée peut être de 12 $.

Il ne s’agit pas de croire que les joutes peuvent disparaître des chaudières parlementaires. Mais il pourrait y avoir un peu plus de vraies questions et un peu plus de réponses.

Ce retour de la période des questions n’a pas été si mal. Mais on est encore tellement loin du compte; tellement loin de ce que devrait être un lieu de reddition de comptes.

Éviter les crises

Plusieurs groupes profiteront de la perspective du scrutin général pour exercer des pressions sur le gouvernement, a dit Philippe Couillard. Il faisait référence aux doléances des optométristes.

C’est cette même perspective qui fera que son gouvernement aura les oreilles bien plus ouvertes et cherchera à braquer le moins d’interlocuteurs possible.

Enchaînons avec l’évidence de la semaine : le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s’est fait mielleux avec la Fédération interprofessionnelle de la santé.

Il n’était sans doute pas insincère lorsqu’il a dit avoir un peu mieux compris la situation, avoir un peu mieux constaté que l’appareil administratif n’avait pas bougé depuis l’entente intervenue en 2015. 

Mais cette immense machine ne bouge-t-elle pas seulement lorsque lui-même donne des mandats clairs — puisqu’il est devenu le vrai patron? De ce point de vue, il ne peut se défausser entièrement sur «l’administration», sur l’intendance.

La compréhension dont il a fait preuve a une autre explication : son gouvernement n’a pas les moyens de se payer une crise avec la Fédération interprofessionnelle de la santé.

Julie Boulet

Éviter les crises autant que possible : c’est ce qu’a fait Philippe Couillard en choisissant la ministre Julie Boulet au détriment du député Pierre Giguère pour porter les couleurs du Parti libéral du Québec dans la nouvelle circonscription fusionnée de Laviolette-Saint-Maurice. Il a écarté M. Giguère du chemin.

La ministre Julie Boulet est plus puissante que ce dernier. Si elle n’avait pas obtenu ce qu’elle réclamait, son mécontentement aurait fortement résonné dans l’espace public.

Aux rayons X

Le recrutement de candidats occupe déjà les partis — bien qu’à des degrés divers à ce stade-ci de l’année. Bien évidemment, les sondages font qu’on cogne pour l’instant beaucoup à la porte de la Coalition avenir Québec.

La CAQ et les autres ont un nouveau défi devant eux : recruter des candidats dont le passé est quasi irréprochable.

Les partis ont désormais l’obligation de poser des questions franches et directes aux candidats, scruter les photos et écrits qu’ils ont laissés sur les réseaux sociaux, faire un tour par les palais de justice, etc. Ils doivent les passer aux rayons X.

Le mot d’ordre dans les partis actuellement? Fouiller tout ce qui pourrait intéresser les médias et les adversaires politiques.

Chacun son tour

On le sait, Philippe Couillard cherche à accoler le plus possible à la Coalition avenir Québec l’étiquette de «girouette» ou de «bricoleuse». Le caquiste François Legault a renvoyé la balle en début de semaine. Il a parlé du «gouvernement Barrette-Couillard».

Un mot du péquiste Jean-François Lisée a été moins relevé. Il a rebaptisé la CAQ. Dans sa bouche, elle est devenue la Compagnie avenir Québec.

Libre de…

La vice-chef du Parti québécois, Véronique Hivon, peut très bien poser des questions directement au premier ministre Philippe Couillard, même si le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, est présent au Salon bleu. Le PQ est libre de mener sa barque comme il l’entend. Le premier ministre est en revanche libre de ne pas répondre lui-même et de laisser l’un de ses ministres le faire. Il est libre de ne pas faire ce plaisir au Parti québécois. Il est libre de refuser de jouer dans le plan de match de l’opposition officielle.