Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, s’était rendu vendredi dans une école primaire de Toronto (que fréquente notamment sa fille Grace) pour essayer ses traditionnels nouveaux souliers pour présenter le budget, provenant du fabricant Poppy Barley Shoe d’Edmonton.

Ce qu’on peut attendre du budget

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a affirmé que la science, l’égalité des sexes et l’aide aux Canadiens pour des emplois d’avenir seraient des thèmes clés dans le budget qu’il dévoilera mardi. Voici quelques autres détails de ce que le budget devrait contenir.

CONGÉ DE PATERNITÉ

Le budget fédéral devrait proposer une mesure incitative de cinq semaines pour les nouveaux pères afin qu’ils prennent un congé parental à la naissance de leur enfant. L’objectif est d’encourager encore plus le partage des responsabilités parentales, afin que les nouvelles mères puissent plus facilement retourner sur le marché du travail. Le Québec offre déjà un congé payé de cinq semaines aux nouveaux pères qui couvre jusqu’à 70 % de leur salaire.

SCIENCE

Le budget doit aussi inclure une aide financière substantielle à la recherche fondamentale à travers le pays, qui répondrait à certaines des inquiétudes détaillées l’an dernier dans un examen pancanadien de l’état de la science fondamentale. L’examen recommandait d’injecter graduellement 1,3 milliard $ additionnel pour les chercheurs, les bourses et les installations sur quatre ans. La communauté de chercheurs estime aussi que le budget pourrait inclure de nouveaux efforts pour soutenir les plus jeunes membres et les Autochtones, de même que pour faire progresser le rôle des femmes en science.

ENVIRONNEMENT

Puisque le gouvernement libéral estime avoir coché de sa longue liste de tâches sur le plan environnemental le financement de la lutte contre les changements climatiques, Ottawa devrait porter son attention sur d’autres obligations internationales, telle que la Convention sur la diversité biologique des Nations unies. L’accord de 2010 affirme que le Canada doit protéger au moins 17 % de ses secteurs terrestres, incluant les eaux intérieures, en plus d’au moins 10 % de ses océans d’ici 2020.

ÉQUITÉ SALARIALE

Le gouvernement devrait préciser les coûts de sa promesse de longue date d’atteindre l’équité salariale proactive au Canada cette année. Les données exactes ne sont pas connues, mais la facture pour combler l’écart de salaire dans la fonction publique et les lieux de travail de compétence fédérale, qui emploient au total près de 1,2 million de personnes, sera probablement salée.

MARCHÉS PUBLICS À CARACTÈRE SOCIAL

Le budget pourrait inclure un effort pour augmenter les occasions dans les marchés publics pour les entrepreneures, à la suite de la recommandation par un groupe canado-américain de femmes en affaires créé par le premier ministre Justin Trudeau et le président américain Donald Trump. Le gouvernement a déjà pris des mesures concrètes envers l’ajustement des processus de marchés publics pour accroître la diversité des soumissionnaires. Les groupes défendant les marchés publics à caractère social ont perçu de plus en plus de signes encourageants pour des engagements additionnels.

ENCORE DANS LE ROUGE

Contrairement à ce qu’ils avaient avancé lors de la campagne en 2015, les libéraux n’ont pas gardé leurs déficits annuels sous la barre des 10 milliards $, et le doute plane encore sur leur capacité à respecter leur engagement d’un retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2019. La plus récente mise à jour, dévoilée en octobre, projetait un déficit de 14,3 milliards $ pour 2019-2020, et les doutes persistent sur une révision de l’échéancier de retour à l’équilibre.

ANALYSES SELON LE SEXE

Les libéraux ont aussi soumis ce budget à une analyse différenciée selon les sexes, qui implique d’évaluer comment une mesure donnée pourrait toucher différemment les hommes et les femmes, les garçons et les filles, tout en prenant en considération d’autres éléments comme le revenu, l’origine, un handicap ou l’orientation sexuelle.

MÉDIAS

Le budget devrait aussi prévoir 50 millions $ sur cinq ans pour soutenir le journalisme local dans des communautés mal desservies à travers le pays, selon plusieurs médias. Le gouvernement libéral pourrait également annoncer un plan pour se pencher sur les nouveaux modèles d’affaires qui permettraient aux organisations de bienfaisance d’appuyer le journalisme à but non lucratif.

PRESTATION FISCALE POUR LE REVENU DE TRAVAIL

Le budget devrait préciser comment le gouvernement entend respecter sa promesse d’ajouter 500 millions $ à la Prestation fiscale pour le revenu de travail (PFRT), à partir de l’année prochaine. La PFRT permet aux travailleurs qui gagnent généralement le salaire minimum, ou moins, d’engranger plus de revenus par l’entremise d’un crédit d’impôt remboursable.

LE LOGEMENT DANS LES COMMUNAUTÉS AUTOCHTONES

Le budget devrait également consacrer des sommes importantes pour répondre à la crise du logement dans les communautés autochtones, où les maisons sont souvent surpeuplées et nécessitent des réparations majeures. Les libéraux ont promis des stratégies uniques sur le logement pour les Inuits, les Métis et les communautés des Premières Nations qui s’ajouteraient au plan de 225 millions $ sur 10 ans annoncé l’an dernier pour financer des groupes qui aident au logement des autochtones vivant à l’extérieur des réserves.

CYBERSÉCURITÉ

Il y a de grandes attentes au sein du gouvernement et des industries envers des investissements d’envergure pour aider à stimuler la cybersécurité dans un contexte de menaces accrues en ligne à travers le monde. Le budget devrait prévoir de l’argent pour un effort de plusieurs ministères afin de renforcer la capacité de protection et de réponse dans l’éventualité d’une cyberattaque.

LISTE D’INTERDICTION DE VOL

Le budget devrait inclure près de 80 millions $ sur cinq ans pour concevoir et exploiter un système informatique fédéral visant à mettre fin aux erreurs sur la personne sur la liste d’interdiction de vol ayant causé des retards inquiétants dans les aéroports à des voyageurs innocents.  Avec les informations d’Andy Blatchford, de Jordan Press, de Jim Bronskill et de Stephanie Levitz.

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IMMIGRATION

Plus de 18 000 personnes ont traversé la frontière canadienne de façon irrégulière l'an dernier pour demander l'asile, selon les données de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada.

Le budget fédéral de mardi devrait préciser comment le gouvernement libéral gérera financièrement l'augmentation prévue des seuils d'immigration au Canada pendant les trois prochaines années.

Les libéraux avaient annoncé en novembre qu'ils voulaient accueillir près d'un million de nouveaux arrivants de 2018 à 2020.

Les coûts de cette hausse se chiffraient à environ 440 millions $, mais le gouvernement fédéral n'avait pas précisé comment seraient répartis ces fonds.

Les libéraux n'avaient pas révélé non plus combien le gouvernement devra débourser pour gérer l'afflux imprévu de demandeurs d'asile à la frontière canadienne.

Le ministère de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté a récemment estimé qu'il lui en coûterait 10,4 millions $, mais des demandes répétées formulées à d'autres ministères pour obtenir des chiffres plus complets sont restées sans réponse.

La Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) semble résignée face aux retards qui s'accumulent pour traiter les demandes d'asile.

Dans un communiqué publié la semaine dernière, la CISR laissait entendre qu'elle abandonnait l'idée de respecter les échéanciers pour tenir les audiences des demandeurs d'asile, tel que l'édictait un règlement fédéral.

Temps d'attente de 20 mois

Plus de 47 000 nouvelles demandes d'asile ont été déposées à la commission en 2017, un nombre record qui s'explique en partie par la vague migratoire provenant des États-Unis. Plus de 18 000 personnes ont traversé la frontière canadienne de façon irrégulière l'an dernier pour demander l'asile, selon les données de la commission.

À la fin du mois de décembre 2017, il y avait 43 000 dossiers en attente d'une décision. En date du 1er février, le temps d'attente prévu pour les demandes était de 20 mois.

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LE LOBBY PÉTROLIER A DES ATTENTES

Le responsable d’un groupe qui représente l’industrie canadienne du pétrole et du gaz naturel demande au gouvernement fédéral des réductions d’impôts et un allégement de la réglementation afin que le secteur de l’énergie puisse rester concurrentiel face à celui des États-Unis et d’autres producteurs dans le monde.

Le chef de la direction de l’Association canadienne des producteurs pétroliers, Tim McMillan, a indiqué que le Canada «cédait du terrain» et devait agir dès maintenant pour regagner la confiance des investisseurs. Il a notamment évoqué la baisse des taux d’imposition des entreprises et les assouplissements réglementaires mis en place aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump.

M. McMillan a tenu une conférence de presse à Ottawa, lundi, à la veille du dévoilement du nouveau budget fédéral, mais cet événement était présenté comme le premier d’une série de rapports économiques, et non une tentative d’influencer le contenu du budget.

Cependant, lors d’une séance de questions, M. McMillan a estimé que le budget de l’an dernier avait transmis «un terrible signal au monde» en limitant les déductions fiscales admissibles pour les puits d’exploration pétroliers et gaziers.

Il a ajouté qu’environ 50 changements aux politiques de l’industrie énergétique étaient actuellement étudiés par les gouvernements fédéral et provinciaux. Ces propositions comprennent d’importants changements à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale et à l’Office national de l’énergie, qui nuisent à la réputation du Canada en tant que pays transparent où il est possible de mener des affaires de façon équitable.

M. McMillan dit avoir entendu de la bouche de grands patrons d’entreprises de Calgary qui ont des activités aux États-Unis qu’ils étaient davantage tentés d’investir au sud de la frontière qu’au Canada en raison des faibles taux d’imposition en vigueur là-bas.

Lors d’une conférence téléphonique plus tôt en février, le chef de la direction de Suncor Énergie, Steve Williams, a affirmé que le Canada «devait faire mieux» pour attirer les investissements hors des États-Unis.