Le député de Granby et leader parlementaire de la CAQ, François Bonnardel

Bonnardel au ministre Barrette: « Enlevez vos lunettes roses »

Contrairement à ce qu’avance le ministre de la Santé, le député de Granby, François Bonnardel, estime que la réforme est un échec. Le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec demande à Gaétan Barrette de « donner de l’oxygène au système de santé ».

La réforme du système de santé est « un succès partout au Québec » et « particulièrement au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui est un des CIUSSS les mieux gérés au Québec et où on voit le plus les succès », a indiqué le ministre de la Santé le 26 janvier en table éditoriale à La Tribune. Ce que réfute François Bonnardel.

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« Ça me fâche de voir le ministre Barrette parler de ses réformes en embellissant une situation qui n’est pas vraie, a-t-il fait valoir en entrevue. Quand on est sur le terrain et que l’on parle aux gens dans les hôpitaux, on voit que les problèmes ne sont pas réglés. »

La Tribune avait également soulevé, lors de son entretien avec le ministre Barrette, le fait que la Dre Raymonde Vaillancourt, chef de département régional de médecine générale (DRMG) au CIUSSS de l’Estrie, demandait 38 médecins de famille supplémentaires en 2018. Or, Québec n’en a attribué que la moitié.

« Vous avez 19 nouveaux médecins qui vont s’ajouter en Estrie, c’est une bonne nouvelle », avait alors lancé M. Barrette. Des propos qui font bondir le député de Granby.

« Quand on parle des médecins de famille, comment [M. Barrette] peut-il se réjouir ? Je n’applaudis pas quand il y a encore 65 000 personnes en attente d’un médecin de famille [en Estrie]. Pas plus quand il y a 812 personnes en attente d’une chirurgie depuis plus de six mois. [...] M. Barrette, enlevez vos lunettes roses et regardez la réalité en face. »

Effet domino
Selon François Bonnardel, de nombreux problèmes dans le système de santé ont des répercussions sur les services aux usagers. L’important déficit qui plombe le CIUSSS de l’Estrie en est le reflet. « Il y a 16,7 millions [sur le déficit de 17 millions] qui viennent du fait que les effectifs médicaux sont épuisés. C’est majeur », a clamé le député de la CAQ.

Dans les faits, 83 % du manque à gagner du CIUSSS se répartit comme suit : les montants versés en assurance salaire et pour les accidents de travail totalisent quatre millions, alors que les heures supplémentaires et les primes représentent 8,8 millions. Le recours à de la main-d’œuvre indépendante a coûté 1,8 million, tandis que 2,1 millions concernent les « autres éléments de non-réalisation des cibles d’optimisation visant les heures rémunérées », peut-on lire dans le bilan financier du CIUSSS en date du 14 octobre.

Manque d’ambulances
Le député de Granby estime aussi que le nombre d’ambulances à Granby est à revoir. « Comment se fait-il que l’on doive se battre pour avoir une couverture adéquate à Granby ? On représente 70 000 personnes, mais on a trois ambulances de jour pour l’ensemble de notre territoire, alors que Waterloo en a deux. »

Au portrait peu reluisant que dresse M. Bonnardel de l’état du système de santé dans la région s’ajoutent les débordements récurrents à l’urgence, principalement au centre hospitalier de Granby (CHG).

« On a une urgence toute neuve. Il n’y a aucune raison que l’on ne donne pas les outils et les ressources aux gens sur le terrain pour éviter ces situations », a-t-il dit.

Notons que depuis plusieurs mois, le taux d’occupation sur civière dépassait fréquemment la capacité d’accueil à Granby. Mardi, à 10 h, l’urgence du CHG affichait un taux d’occupation de 165 % avec 33 civières comblées sur une capacité de 20. Du nombre, 10 patients étaient à l’urgence depuis 24 heures ou plus. Au même moment, 14 personnes étaient en attente d’hospitalisation.

La situation était aussi critique à l’urgence de BMP, qui était emplie à 163 % de sa capacité. Onze patients y étaient alités depuis plus d’une journée et six s’y trouvaient depuis 48 heures ou plus, alors que 19 personnes étaient en attente d’hospitalisation.

Les multiples problèmes dans le réseau de la santé ont eu une incidence sur le nombre de plaintes d’usagers au sein des établissements du CIUSSS de l’Estrie, principalement en ce qui concerne les « relations interpersonnelles », a également soulevé François Bonnardel.

De fait, le Commisssaire aux plaintes et à la qualité des services de l’organisation a noté dans son plus récent rapport un accroissement marqué (65 %) de ce type de plainte comparativement à 2015-2016. Celles-ci représentent 28 % des 287 « motifs d’insatisfaction traités. »

De plus, comme l’a dévoilé La Voix de l’Est mardi, le manque de transparence de Québec concernant la répartition des effectifs médicaux, notamment celle des médecins spécialistes, suscite de vives inquiétudes dans la région. Avant la divulgation des données des nouveaux Plans d’effectifs médicaux (PEM), le 19 décembre, on pouvait voir dans ces tableaux la répartition détaillée des effectifs par hôpitaux dans chaque territoire. Or, les chiffres sont désormais globaux, entre autres pour l’ensemble de l’Estrie. Une réalité qui découle de l’adoption de la loi 130.

« C’est un manque de transparence énorme », a réitéré le député de Granby.

Le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette

Solutions
François Bonnardel est d’avis que le principal défi pour corriger le tir dans le réseau de la santé consiste à améliorer l’accessibilité aux services de première ligne. Outre l’ajout d’effectifs sur le terrain, dit-il, des solutions toutes simples sont envisageables. « On pourrait copier ce que l’hôpital juif de Montréal fait. Ils ont minimalement un médecin au triage pour être capables de voir rapidement des cas P4-P5 [non urgents] pour éviter que des gens attendent de 10 à 12 heures à l’urgence. »

Changer d’approche à propos du paiement des stationnements via les nouveaux horodateurs devrait aussi être mis de l’avant, croit-il. « Plutôt que de remplir ses coffres, le CIUSSS devrait faciliter le stationnement aux usagers en réduisant les coûts en leur permettant de payer à la sortie, comme avant, plutôt qu’en arrivant. »