Le député conservateur Alain Rayes

Avortement: Rayes tente de mettre le couvercle sur les contradictions

OTTAWA — Le lieutenant québécois des conservateurs, Alain Rayes, martèle qu’«un gouvernement conservateur ne rouvrira pas le débat» sur l’avortement, tentant de mettre le couvercle sur des contradictions qu’il a lui-même alimentées.

Dans une entrevue au «Journal de Montréal» diffusée la fin de semaine dernière, M. Rayes affirmait qu’Andrew Scheer avait «confirmé qu’il ne permettrait pas à l’un de ses députés de présenter un projet de loi antiavortement».

La plus récente recrue conservatrice, la médaillée olympique Sylvie Fréchette, a répété ces paroles à Radio-Canada lundi.

Sur son fil Twitter mardi dans la journée, puis en entrevue à l’émission 24 heures en 60 minutes de Radio-Canada, mardi soir, M. Rayes s’en est tenu à une déclaration maintenant un flou sur les intentions du Parti conservateur.

«Notre position sur ce sujet est extrêmement claire, notre chef a toujours été clair, (...) un gouvernement conservateur ne rouvrira pas ce débat (sur l’avortement)», a affirmé M. Rayes à Radio-Canada, refusant de dire si le chef Andrew Scheer permettrait le dépôt de projets de loi par des députés d’arrière-ban visant à restreindre le droit à l’avortement.

«J’ai toujours parlé avec mon coeur et en toute sincérité avec les candidates», a ajouté M. Rayes, se défendant de leur avoir «menti» d’une quelconque façon.

En juillet, des candidates conservatrices au Québec ont confié à La Presse canadienne qu’elles voulaient avoir l’heure juste auprès de M. Rayes avant de se joindre au parti de M. Scheer.

L’une d’entre elles, Jessica Ebacher, qui se présente dans Drummond, a expliqué qu’elle voulait s’assurer que «le débat était clos et que ça ne ferait pas surface» sous un gouvernement conservateur.

La candidate dans La Prairie, Isabelle Lapointe, a assuré qu’on «ne rouvrira pas» le débat. «Ça, c’est très clair. Il n’y a pas une lueur, il n’y a pas un doute, et si j’en avais eu un, je vous le dis, je n’aurais pas fait le saut», a-t-elle martelé.

Mardi, tout le monde rentrait dans le rang en affichant une unité sur les réseaux sociaux et en refusant de retourner les appels de La Presse canadienne.

Mme Fréchette a expliqué dans un gazouillis que M. Rayes avait toujours été «clair» avec elle que «le débat sur l’avortement ne sera pas rouvert».

Mme Ebacher a réitéré sur Facebook qu’elle est «pro-choix» et «fière» de se présenter sous la bannière conservatrice. «L’important est de se respecter et non de se diviser», a-t-elle ajouté.

Mais la contradiction demeure entre ce que M. Rayes a dit, tant en privé qu’en public, et la position de son chef.

«Au cours des dix années du gouvernement conservateur, dont quatre au sein d’un gouvernement majoritaire, il n’y a eu aucun changement législatif à ce sujet», a clamé M. Rayes sur son fil Twitter.

Lors des années Harper, il y a eu quelques projets de loi déposés par des députés conservateurs d’arrière-ban. Soumis à un vote libre par le chef conservateur, ils n’ont pas été adoptés.

Les autres partis n’ont pas laissé passer sous silence ces dernières contradictions des conservateurs.

Parler «des deux côtés de la bouche»

Le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, a accusé les conservateurs de parler «des deux côtés de la bouche sur le libre-choix des femmes».

«En anglais, ils disent que leurs députés pourront essayer de limiter le droit à l’avortement. En français, ils promettent le contraire. Qui dit vrai?», a-t-il écrit sur Twitter.

Le néo-démocrate Alexandre Boulerice accuse quant à lui les conservateurs de «jouer sur les mots» afin de mieux faire passer leur position au Québec, mais de «conforter» également la «droite religieuse» ailleurs au pays.

Pour la bloquiste Monique Pauzé, il est évident que M. Rayes est «mal à l’aise» avec le «conservatisme social de son chef. «Contre l’avortement, contre le mariage gai et pour le pétrole, mais un moment donné, il va falloir qu’ils disent la vérité à leurs candidats et candidates», dit-elle.