L’ancienne chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose craint que la loyauté au parti empêche certaines femmes sur la colline du Parlement de dénoncer les gestes déplacés.

Ambrose encourage les chefs de partis à dénoncer l'inconduite sexuelle

OTTAWA — Les chefs de partis fédéraux doivent lancer le message — particulièrement aux hommes — que l’inconduite sexuelle ne sera pas tolérée, plaide l’ancienne chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose.

Selon l’ancienne ministre, les chefs de partis ont le devoir de dire aux membres de leur organisation quelle est leur position personnelle.

Elle souligne également l’importance de faire connaître les politiques contre le harcèlement sexuel et d’expliquer comment elles fonctionnent.

Mme Ambrose estime que les chefs de partis devraient dire clairement à tous leurs députés que ce genre de comportement doit cesser et que si certains d’entre eux ont commis de tels gestes, ils seront rendus publics et le parti devra en gérer les conséquences.

Les commentaires de Mme Ambrose font suite à la publication d’un sondage de La Presse canadienne réalisé auprès d’une trentaine de députées fédérales, dont plus de la moitié ont rapporté avoir déjà vécu une forme d’inconduite sexuelle, que ce soit par des remarques, des messages textes et des commentaires inappropriés sur les réseaux sociaux, ou encore des gestes déplacés.

Trente-huit députées sur 89 ont répondu au questionnaire anonyme de façon volontaire. Les résultats de l’enquête ont suscité des réactions de plusieurs élus à Ottawa, dont la chef du Parti vert, Elizabeth May, qui a comparé le contexte de travail au parlement à la situation à Hollywood.

«Il y a un équivalent politique à la promotion canapé», a-t-elle dit, faisant référence aux actrices qui acceptent de participer à des actes sexuels pour obtenir un rôle.

«Si on veut monter dans certains partis politiques, on ne doit pas offenser les gens qui sont perçus comme des personnalités influentes.»

Plusieurs barrières pour les femmes

Mme Ambrose a approuvé l’analyse de son ancienne collègue au parlement, selon laquelle les jeunes employées et stagiaires seraient les plus vulnérables au harcèlement car elles peuvent être congédiées sans raison et qu’elles craignent les conséquences d’une plainte.

«Je m’inquiéterais beaucoup du fait qu’elles ne sauraient pas où aller. Je crois que c’est l’enjeu principal», a-t-elle soutenu.

L’ancienne chef conservatrice dit avoir elle-même encouragé des employées à lui parler des problèmes d’inconduite sexuelle si nécessaire.

Elle craint par ailleurs que la loyauté au parti empêche certaines femmes sur la colline du Parlement de dénoncer les gestes déplacés.

Les partis politiques se distinguent parmi les autres organisations, a-t-elle souligné.

«En politique, on s’inquiète de l’image de marque et de la réputation qui pourraient être affectées, mais ça ne devrait pas être une raison pour ne pas aborder ces enjeux, a-t-elle déclaré. Je crois que nous devons en faire plus, surtout pour les employées.»

Voilà pourquoi il est nécessaire selon elle que les chefs de partis prennent position.

«Tous les gens dans ces organisations sont partisans, ils sont loyaux, ils sont militants jusqu’à un certain point. S’ils entendent ce que leurs chefs disent, ce sera lourd de sens, alors ça fera vraiment une différence», a-t-elle estimé.

L’ancienne députée néo-démocrate Peggy Nash, qui avait brigué la direction de son parti en 2012, croit elle aussi que les chefs de parti ont l’obligation de dénoncer ces comportements. Elle a aussi noté l’importance de l’éducation et de la formation.

Selon l’ancienne ministre Sheila Copps, l’élection d’un plus grand nombre de femmes à la Chambre des communes contribuerait aussi à changer la culture.