Se disant «réaliste», Jean-François Lisée est convaincu que jamais les libéraux n’accepteront qu’Yves Michaud (photo) soit entendu en commission parlementaire, comme le réclame la pétition mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale lundi. Voilà pourquoi, explique-t-il, il ne se battra pas pour cela.

Affaire Yves Michaud: un «geste d'estime», mais pas de bataille

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, n’entend pas mener de bataille pour qu’Yves Michaud soit entendu en commission parlementaire. Il pense que le libellé d’une pétition que le président du caucus péquiste, Maka Kotto, lira l’an prochain au Salon bleu de l’Assemblée nationale témoignera de l’«estime» de son parti à son égard.

M. Lisée s’est exprimé mardi sur le dernier rebondissement de l’«affaire Yves Michaud». Cet indépendantiste de la première heure a été blâmé par l’Assemblée nationale le 14 décembre 2000 pour des propos sur la communauté juive — propos qui n’étaient pas du tout offensants, selon lui et selon tous ceux qui le soutiennent. Jean-François Lisée partage leur point de vue.

La motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale il y a 17 ans est erronée, a dit M. Lisée sans ambages. Jamais Yves Michaud n’a déclaré ce qu’il lui a été reproché d’avoir dit lors d’états généraux sur la langue française, a affirmé le chef péquiste.

La motion adoptée par l’ensemble des députés en décembre 2000 se lisait ainsi : «Que l’Assemblée nationale dénonce sans nuance, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l’égard des communautés ethniques et, en particulier, à l’égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à l’occasion des audiences des états généraux sur le français à Montréal le 13 décembre 2000.»

Se disant «réaliste», Jean-François Lisée est convaincu que jamais les libéraux n’accepteront qu’Yves Michaud soit entendu en commission parlementaire, comme le réclame la pétition mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale lundi. Voilà pourquoi, explique-t-il, il ne se battra pas pour cela.

Effet pervers?

La pétition demeurera sur le site de l’Assemblée nationale jusqu’à la mi-février, après quoi elle sera lue au Salon bleu par le péquiste Maka Kotto, qui la parraine.

«C’est un geste d’estime d’accepter de déposer une pétition qui dit l’évidence, c’est-à-dire que la motion qui a été votée il y a 17 ans était inexacte. Ce qui est dans cette motion, c’est faux», a déclaré Jean-François Lisée.

«En Chambre, Maka Kotto, avec sa voix forte, va lire les attendus de la pétition. C’est le geste que nous posons. Je suis content qu’on le pose.»

Pas offensants

Certains des détracteurs d’Yves Michaud conviennent qu’il n’a pas tenu de propos offensants lors des états généraux sur le français, comme le soutient la motion de décembre 2000. Mais ils estiment qu’il l’a fait dans une entrevue accordée à une radio quelques jours plus tôt. À leurs yeux, il a minimisé la souffrance du peuple juif en la comparant avec celle d’autres.

M. Lisée croit qu’un éventuel nouveau vote de l’Assemblée nationale pourrait avoir un effet pervers. Il note que la plupart des députés présents au Salon bleu à ce moment-là ne siègent plus au Parlement.

«Les gens sont partis. Et je ne veux pas non plus faire subir à M. Michaud ce que les libéraux diraient de lui. Alors, je pense que ce geste-là, très circonscrit» — la lecture de la pétition au Salon bleu —, ne comporte pas de risque pour lui.

Outre qu’elle postule «qu’il n’a prononcé aucun propos inacceptable à l’endroit des communautés culturelles et en particulier de la communauté juive», la pétition réclame néanmoins à l’Assemblée nationale «de référer le dossier d’Yves Michaud, pour étude, à la commission parlementaire des institutions ou à toute autre commission» qu’elle jugera pertinente.