Le gouvernement miserait sur plusieurs incitatifs favorisant le retour au travail de personnes qui bénéficient actuellement de l’aide sociale. L’objectif serait de sortir 100 000 personnes de la pauvreté.

3 milliards $ pour lutter contre la pauvreté

Le gouvernement Couillard injectera près de 3 milliards $ pour sortir 100 000 Québécois de la pauvreté d’ici 2023, notamment en initiant la mise en place d’un revenu de base garanti pour les personnes ayant des contraintes sévères à l’emploi.

Le plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale 2017-2023 «permettra au Québec de rejoindre les nations industrialisées comptant le moins de personnes pauvres», s’est réjoui le premier ministre, dimanche midi, en conférence de presse. 

D’ici six ans, le gouvernement se donne comme objectif de sortir de leur situation «de manière permanente» 100 000 des 800 000 Québécois vivant sous le seuil de la pauvreté. 

Les grands gagnants du nouveau plan sont sans contredit les prestataires du programme québécois de solidarité sociale, soit des personnes pauvres qui ne peuvent accéder à l’emploi en raison de contraintes physiques ou mentales. Une personne seule dans cette situation recevra 876$ de plus en prestation dès 2018, et les hausses constantes d’ici 2023 lui permettront de toucher à terme un revenu annuel dépassant légèrement le seuil de la pauvreté. 

Un prestataire du programme québécois de solidarité sociale, entouré de Philippe Couillard et de François Blais.

Le gouvernement Couillard veut aller plus loin en déposant dès février un projet de loi qui transformera ces prestations en «revenu de base» garanti. Des changements législatifs seront nécessaires afin d’individualiser les montants normalement versés par ménage et permettre à la population visée de cumuler d’autres revenus sans perdre les prestations, contrairement à l’aide sociale.  

Le revenu de base serait alloué à vie à toute personne ayant touché des prestations de solidarité sociale lors de 66 de ses 72 derniers mois. 

«Le bon et le mauvais pauvre»

Pour les prestataires d’aide social, c’est-à-dire les personnes sous le seuil de la pauvreté mais aptes à travailler, les gains sont toutefois beaucoup plus modestes. Selon le nouveau plan, les prestations mensuelles augmenteront de 5,8% d’ici 2021. À terme, leurs prestations ne leur conféreront qu’un revenu annuel équivalent à environ 55% du seuil de la pauvreté. 

Des annonces qui ont déçu le Collectif pour un Québec sans pauvreté. «Aujourd’hui, on est encore en train de jouer avec qui est le bon et le mauvais pauvre. On dit aux gens qui ont un problème de santé que l’on va les aider, mais aux autres de se trouver un emploi», s’est désolé le porte-parole de l’organisme, Serge Petitclerc, après la conférence de presse du premier ministre. 

Même son de cloche du côté de Yann Trembay-Marcotte, du Front commun des personnes assistées sociales. «Pour nous, c’est vraiment un rendez-vous manqué pour aider l’ensemble des personnes assistées sociales.»

Mais Philippe Couillard persiste et signe. Il existe effectivement deux catégories distinctes de personnes pauvres, selon lui. Celles qui ne peuvent pas se retrouver un emploi en raison de leur condition et celles que «l’on doit aider à se retrouver un emploi». 

Yann Trembay-Marcotte, du Front commun des personnes assistées sociales

Pour les premiers demandeurs d’aide sociale, le gouvernement garde la ligne dure tracée par le projet de loi 70 en ce qui a trait à la réciprocité. Une partie de leur prestation demeure conditionnelle à la recherche d’emploi. «Le but n’est vraiment pas de les couper, mais qu’ils viennent nous voir pour que l’on puisse les accompagner. Avec les primodemandeurs, on sait que l’on peut avoir un impact sur eux pour une sortie de pauvreté. C’est plus difficile pour ceux qui ont l’aide sociale depuis longtemps», soutient le ministre de l’Emploi et la Solidarité sociale François Blais, qui a piloté le nouveau plan. 

Un point de vue que ne partage pas Serge Petitclerc. «On est toujours dans la même logique que l’on a depuis la fin des années 80 où l’on pénalise les personnes en supposant qu’elles vont retourner sur le marché du travail parce qu’elles sont pénalisées. Ce n’est tout simplement pas acceptable.» 

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«DE BONNES NOUVELLES»

Si les organismes communautaires ont souvent été à couteaux tirés avec le premier ministre Philippe Couillard durant les années d’austérité, Caroline Toupin, porte-parole du réseau de l’action communautaire autonome, a plutôt accueilli le plan d’action présenté par le gouvernement avec soulagement, dimanche. 

«Malgré tous les bémols que certains peuvent avoir par rapport au plan, on peut dire quand même dire qu’il y a de bonnes nouvelles pour les organismes communautaires aujourd’hui», a admis sans détour la porte-parole. C’est que le nouveau plan prévoit notamment un financement additionnel de 50,7M$ pour les organismes de défense collective des droits. Ces derniers sont «des acteurs de premières lignes en matière de lutte contre la pauvreté», mais pour qui le financement public se fait rare depuis 15 ans. 

«Il faut voir ça comme un rattrapage important», a pointé Caroline Toupin, qui s’étonnait presque elle-même d’avoir de bons mots pour le gouvernement Couillard. «Vous pouvez le noter au calendrier», a-t-elle blagué. 

En ce qui a trait aux logements sociaux, la porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme, était pour sa part mitigée quant aux annonces de dimanche. Québec accorde 38,8M$ aux projets AccèsLogis pour la construction de 7000 nouveaux logements abordables. Une bonne nouvelle en soi, mais le montant permettra simplement à des projets de logements qui étaient déjà annoncés de se réaliser plus rapidement, affirme Mme Laflamme. L’absence de nouveaux projets dans le plan, alors que la demande pour des logements abordables dépasse encore largement l’offre, inquiète donc le FRAPRU.

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EN CHIFFRES

18 012$: Mesure du panier de consommation (MPC) au Québec, en 2017. Le gouvernement utilise le MPC comme seuil de la pauvreté. 

18 029$: Revenu de base garanti auquel une personne en situation de pauvreté ayant des contraintes sévères à l’emploi aura droit annuellement, en 2023, selon les prévisions du gouvernement basées sur le MPC actuel.   

9929$: Montant annuel qu’une personne en situation de pauvreté apte à travailler pourra toucher en prestation d’aide sociale en 2023, selon les prévisions du gouvernement basées sur le MPC actuel.   

1000$: Boni qu’accordera le gouvernement aux anciens prestataires d’aide sociale qui parviennent à maintenir un emploi de manière durable. Les modalités n’ont pas été précisées. 

5: jours gratuits de service de garde par semaine offerts à un enfant de prestataire d’aide sociale, à compter de janvier 2019. Le gouvernement offrait jusqu’à maintenant une exemption de contribution de 2,5 jours par semaine. 

50,7 millions $: Financement additionnel accordé aux organismes de défense collective des droits. Le financement du Fonds québécois d’initiatives sociales a également été bonifié de 20 millions $ sur cinq ans.