Plusieurs professionnels se sentent disqualifiés

En raison des critères très ciblés inclus dans l'appel d'offres de Saguenay, il faut prévoir qu'aucune firme comptable de la région ou même de la province ne déposera de soumissions, mis à part le bureau montréalais de Raymond, Chabot, Grant, Thornton et sa chargée de projet, Michelle Desrosiers.
C'est ce que pensent des professionnels du monde financier et de la comptabilité qui analysent présentement la possibilité de déposer une soumission à la date limite du 11 février prochain.
Du point de vue de ces professionnels qui ont tous requis l'anonymat, il est évident que le contrat d'une valeur approximative de 1,2 M$ pour l'optimisation de la performance organisationnelle est alléchant, sauf qu'il faut être capable de répondre aux critères de la grille d'évaluation. « Nous avons fait venir les documents d'appel d'offres au complet pour analyser si on allait répondre. Il nous apparaît relativement ciblé. C'est comme s'il y avait quelqu'un de ciblé », a indiqué notre interlocuteur.
L'autre particularité de l'appel d'offres, selon ce dernier, est que l'octroi de 5000 heures sur deux ans est énorme et qu'il ne comprend pas de services précis et détaillés à rendre. « Il y a beaucoup de choses intégrées sans que ce soit détaillé précisément. Il s'agit d'un appel d'offres assez peu fréquent. On a déjà vu de tels dossiers dans les hôpitaux. »
L'hésitation à soumissioner tient au fait que la préparation d'un tel document exige entre 60 et 80 heures de travail. « Nos revenus, c'est le temps qu'on met pour être présents chez nos clients. Si on passe 60 à 80 heures à préparer une soumission, c'est du temps qu'on ne passe pas ailleurs. J'évalue la probabilité qu'on soit capable d'obtenir le contrat. Pour l'instant, ça m'apparaît assez mince », conclut-il.
Chez une autre firme, on nous mentionne que l'expertise pour un tel mandat n'existe pas dans la région, sauf que la ville n'a pas le choix de procéder par appel d'offres. Dans ce monde de professionnels ou tout le monde se connaît, cet associé a eu vent que la direction de Saguenay avait été assez satisfaite des services rendus jusqu'à maintenant. « Ce sont des ressources très spécialisées et c'est un secteur où tu peux te casser la gueule. »
Quant au fait que l'appel d'offres puisse être ciblé, on nous mentionne qu'il pourrait y avoir une logique. « Je me place dans la peau de la ville. Si tu es content des services rendus jusqu'à maintenant, peuvent-ils confier ce mandat à une autre firme qui ne possède pas l'historique du dossier? » interroge-t-il.
Du côté du ministère des Affaires municipales, Caroline St-Pierre, porte-parole, a mentionné que l'article 573.1.0.4. de la Loi des cités et villes prévoit qu'aucune aucune demande de soumissions publiques ni aucun document auquel elle renvoie ne peuvent faire de discrimination basée sur la province ou le pays d'origine des biens, services, assureurs, fournisseurs ou entrepreneurs. En établissant des critères de sélections très pointus, Saguenay contrevient-elle à la loi ? Il s'agit d'une question à laquelle seul un tribunal pourrait répondre a conclu Mme St-Pierre.