Les noyades qui surviennent à la maison le sont en grande majorité dans une piscine creusée et 42 % des victimes sont des enfants de 0 à 5 ans.
Les noyades qui surviennent à la maison le sont en grande majorité dans une piscine creusée et 42 % des victimes sont des enfants de 0 à 5 ans.

Plus de piscines? Prudence!

De toute évidence, les vacances d’été se passeront fort probablement dans notre cour, cette année. L’achat d’une piscine devient donc la solution pour plusieurs familles. Des détaillants confirment une importante hausse des ventes et le directeur général de la Société de sauvetage du Québec, Raynald Hawkins, invite à la prudence. Un facteur qui pourrait entraîner plusieurs noyades ? Le télétravail, prévient-il.

M. Hawkins cite une étude effectuée en Floride, aux États-Unis, qui montre une hausse des noyades liées au télétravail. Il explique cette tendance par le fait que plusieurs enfants jouent dans la cour arrière pendant que les parents s’affairent à leurs obligations professionnelles à l’intérieur. « Ce serait un facteur déterminant, dit-il. Ici, on ne l’observe pas encore parce que la saison de baignade n’est pas commencée. »

Chaque année, en moyenne, on dénombre environ 80 noyades au Québec, et entre 2009 et 2015, 33 décès liés à l’eau sont survenus au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ces statistiques, publiées par la Société de sauvetage du Québec et issues des données du Bureau du coroner, sont habituellement rendues disponibles deux ans après la dernière année observée. Les prochains chiffres devraient donc être accessibles bientôt, estime M. Hawkins. Cette année, en date du 12 mai, la Société de sauvetage a recensé 12 noyades à travers la province, comparativement à neuf à pareille date l’an dernier. La tragédie du Lac-Saint-Jean, survenue en janvier, où six motoneigistes ont péri, dont cinq Français, n’est pas étrangère à cette hausse.

Les noyades qui surviennent à la maison arrivent en grande majorité dans une piscine creusée et 42 % des victimes sont des enfants de 0 à 5 ans. Elles sont évidemment plus nombreuses en juin, juillet et août. Même si les noyades résidentielles ont diminué de 19 % entre 2000-2008 et 2009-2015, elles demeurent une préoccupation, notamment en raison de l’âge des victimes.

Sauveteurs

Déjà en situation de pénurie dans plusieurs régions du Québec, dont le Saguenay-Lac-Saint-Jean, les sauveteurs pourraient être encore moins nombreux cette année. Les cours ont dû cesser brusquement à la mi-mars avec les mesures prises en raison de la COVID-19 et la formation n’était pas complétée, la session du printemps étant habituellement intensive.

Déjà en situation de pénurie dans plusieurs régions du Québec, dont le Saguenay-Lac-Saint-Jean, les sauveteurs pourraient être encore moins nombreux cette année. Les cours ont dû cesser brusquement à la mi-mars avec les mesures prises en raison de la COVID-19 et la formation n’était pas complétée.

« Je souhaite que les piscines soient accessibles pour compléter la formation des sauveteurs avant qu’elles ne le soient pour le grand public, a mentionné M. Hawkins au Progrès, ajoutant que les deux dernières semaines de juin sont visées, étant donné qu’il n’y aura pas d’examens du ministère. Les 16 et 17 ans seraient peut-être disponibles », espère-t-il.

Ce dernier ne connaît cependant toujours pas l’impact de la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (PCUE) sur les sauveteurs. Voudront-ils travailler quand même ? Difficile de répondre à cette question pour le moment.

Cours de natation

Et pour les tout-petits ? Même s’ils n’ont pas pu prendre part à des cours de natation au printemps, avant la saison de la baignade, M. Hawkins ne croit pas que l’impact sera très grand pour eux.

« L’impact est plus grand si les parents ne prennent pas le temps d’éduquer les enfants. Il y a des âges où on pense qu’on est capables de tout faire, même chez les adolescents. C’est le cas pour les piscines et pour les cours d’eau. Et ce n’est pas parce que tu as suivi un cours que tu peux te baigner seul », rappelle M. Hawkins.

Il existe deux ingrédients importants pour passer un été sans accidents, soit un aménagement sécuritaire et un encadrement sécuritaire, rappelle M. Hawkins. Il ne faut pas que la piscine soit accessible si la période de baignade est terminée et il est important de vérifier les ouvertures, les accès et de s’assurer qu’aucun objet ne peut servir de marchepied pour grimper dans la piscine ou passer par-dessus la clôture.

« Il faut s’assurer que les enfants comprennent qu’ils ne doivent pas se baigner s’il n’y a pas d’adulte. Quelqu’un m’a déjà fait l’analogie suivante : on éduque les enfants à ne pas traverser la rue seul quand ils sont petits, mais on ne le fait pas avec la piscine. Il faut prendre le temps de les éduquer et les approcher dès qu’ils sont attirés par l’eau. »

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EN CHIFFRES

3 783 000

personnes âgées de 6 à 74 ans pratiquent la natation-baignade au moins une fois durant l’année

338

hospitalisations pour des noyades non fatales de 2009 à 2015, ce qui représente une moyenne de 48 par année, dont 48 % étaient des enfants de 0 à 5 ans. Selon l’OMS, la noyade peut être fatale ou non, avec ou sans séquelles.

28 %

des victimes de noyade étaient seules et aucun adulte n’était présent dans 83 % des cas de noyades chez les 0 à 5 ans.

Source : Faits saillants sur les noyades et les autres décès liés à l’eau au Québec de 2009 à 2015, produit par le gouvernement du Québec

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PAS ENCORE DE CONSIGNES POUR LES PARCS AQUATIQUES, PISCINES ET PLAGES PUBLIQUES

En cette période de pandémie, aucune consigne particulière n’a été émise concernant la baignade, mais la Société de sauvetage a demandé à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) de produire une fiche indiquant des mesures à prendre. 

Plus tôt cette semaine, lors d’un point de presse, la ministre Isabelle Charest et le conseiller médical stratégique de la direction générale de la Santé publique, Richard Massé, n’ont pas écarté l’ouverture des piscines publiques extérieures.

« Ce sera potentiellement annoncé, mais pas maintenant », avait déclaré Mme Charest, en avançant qu’il pourrait y avoir moins de baigneurs et que les infrastructures pour se changer pourraient ne pas être disponibles.

La longue fin de semaine du mois de mai est souvent celle où les propriétaires de piscine en profitent pour la mettre en marche, et en attendant les recommandations officielles de la Santé publique, le directeur général de la Société de sauvetage du Québec, Raynald Hawkins, cite quelques mesures, la première étant de bien entretenir l’eau. Selon lui, s’il n’y a pas de filtration et que l’eau devient stagnante, elle est plus propice à la formation de bactéries, une eau de mauvaise qualité pouvant entraîner des otites, de la diarrhée, des problèmes de peau, etc. 

Si l’eau est bien entretenue, que les normes sont suivies et qu’elle est propice à la baignade, M. Hawkins ne voit pas pourquoi il pourrait y avoir des problèmes. Mais attention ! Il faut attendre les recommandations de l’INSPQ avant d’inviter les amis, les voisins ou la famille éloignée. Il s’attend d’ailleurs à ce que seuls les occupants de la résidence puissent se rafraîchir dans la piscine familiale. 

« Avec les vagues de chaleur qui vont venir, ça va prendre une position très claire, car les tentations d’aller se baigner chez les voisins seront très grandes », prévient le directeur général de la Société de sauvetage du Québec.

Ce dernier mentionne que des analyses sont en cours sur les plages et les sites aquatiques, et qu’aucune décision n’a été prise à ce jour. 

« On se pose la question à savoir quel est le niveau de risque. Il faut aussi assurer la sécurité des sauveteurs, voir comment agir avec ça. »