Jean-Michel Simard, intervenant social de l’organisme, et Sébastien Ouellet, directeur général du CRAN.

Pleins feux sur les services d’aide aux hommes

L’organisation Homme Québec fait une tournée québécoise pour faire connaître ses services partout dans la province, une occasion de braquer les projecteurs sur les services d’aide aux hommes et de tisser des liens avec les organismes régionaux.

Il y a deux ans, Rémi s’est senti isolé, avec un désir de communiquer davantage. « J’avais besoin de rencontrer d’autres gars pour partager mes situations personnelles et sociales », a-t-il témoigné. C’est alors qu’il a commencé à intégrer un groupe d’échange d’Hommes Québec, qui se rencontre une fois par mois à Saint-Félicien.

« J’apprécie nos rencontres et, avec le temps, on apprend à découvrir les gens, à se connaître et à développer des amitiés avec plusieurs personnes », dit-il aujourd’hui, grandi par son expérience.

Depuis 26 ans, le réseau Hommes Québec a rejoint plus de 20 000 hommes comme Rémi, à la grandeur du Québec, souligne Richard Bellemare, le directeur général de l’organisme, qui a lui-même participé à un groupe pendant sept ans. « On est vraiment des êtres qui ont besoin d’être en rapport avec d’autres, dit-il. Souvent on a un mal-être et on ne sait même pas pourquoi, mais le problème est là. » Séparation, deuil, idées suicidaires, retraite, sentiment d’inutilité, isolement, toutes les transitions de vie amènent un lot de questionnements et de remises en question. Pouvoir parler de ces thématiques entre hommes permet de mieux vivre des étapes difficiles dans la vie, ajoute ce dernier.

Yvon Larouche, à droite, le fondateur du Café Madrier, fait faire le tour de l’atelier communautaire à Richard Bellemarre, le directeur général d’Hommes Québec. - Photos Le Quotidien, Guillaume Roy

Pour mieux rejoindre la population aux quatre coins de la province, Homme Québec a délaissé sa permanence à Montréal pour la rendre itinérante, visitant toutes les régions pour en savoir plus sur les besoins et pour tisser des partenariats avec des organismes locaux.

Au Lac-Saint-Jean, l’organisme Le Cran offre des services d’aide aux hommes depuis 1995. D’abord spécialisé pour aider les hommes aux comportements violents, Le Cran a élargi sa mission depuis 2008, pour rejoindre tous les hommes à différents stades de leur vie.

Un service de proximité efficace

Après 20 ans de vie commune, Gilles a eu de la difficulté à travers le processus de séparation. Se sentant isolé, l’homme a contacté le CLSC… qui lui a retourné son appel trois mois plus tard. Au même moment, il a contacté l’organisme Le Cran, qui lui a donné un rendez-vous deux jours plus tard. Puis il a intégré un groupe de partage du Cran. « Ça m’a bien aidé. On se voit toutes les semaines et je sens que je fais partie d’un groupe », soutient l’homme qui participe aux activités depuis sept ans, en plus d’aller aux rencontres d’Hommes Québec. « Ça me fait encore du bien aujourd’hui. C’est pas juste quand on a des bobos qu’on doit prendre soin de soi, c’est un travail à long terme. »

Pour rejoindre encore davantage d’hommes qui vivent des réalités différentes, Le Cran a développé de nouveaux projets, lançant notamment la stratégie Papactifs, pour valoriser la paternité et créer des occasions d’échanges en jouant. « C’est souvent lors de l’arrivée d’un enfant qu’apparaissent les difficultés dans le couple », remarque Sébastien Ouellet, directeur général de l’organisme, qui croit que des activités sportives permettront de se rapprocher de plusieurs hommes qui n’oseraient pas parler de leurs difficultés.

Depuis un an, Le Cran a aussi participé à la mise sur pied d’un projet unique au Québec, le café Madrier (voir autre texte), qui permet d’échanger en faisant de l’ébénisterie.

Ces services permettent aux hommes d’échanger, d’apprendre à mieux gérer leurs émotions et de gérer les crises, « quand le “check engine” est allumé », image Sébastien Ouellet. Pour combler un trou de service dans la région, le Cran planche maintenant sur un service d’aide à l’hébergement pour hommes en difficultés.

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UN SERVICE COMMUNAUTAIRE UNIQUE

Si vous avez déjà arboré fièrement la moustache ou contribué à l’initiative Movember, qui vise à améliorer la santé masculine, dites-vous que votre contribution a généré des retombées au Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

Inspiré par le concept des Men shed  (hangars pour hommes) né en Australie, un projet pilote, dénommé Homme Atout, a vu le jour en 2016 alors qu’un atelier mobile, bâti dans une roulotte, faisait le tour de la région pour aller à la rencontre des hommes, explique Jean-Michel Simard, intervenant social de l’organisme Le Cran. 

Cette initiative a inspiré Yvon Larouche qui, une fois retraité, se cherchait un projet pour occuper ses journées et socialiser. Il a alors décidé de lancer un projet communautaire unique au Québec : un atelier d’ébénisterie qui permet de briser l’isolement. 

Non seulement donne-t-il de son temps, mais il a aussi décidé de déménager tous ses outils dans le sous-sol de la maison de la culture de Saint-Félicien, dans un local prêté par la municipalité, pour créer des liens et fabriquer des jouets, des chaises ou tout autre objet en bois. 

« Je ne suis pas capable de m’asseoir à ne rien faire, dit-il. Ça me fait du bien. » Et ça fait beaucoup de bien à la centaine de participants qui sont passés par le Café-Madrier au cours de la dernière année, un nombre voué à doubler au cours de la prochaine année. 

« Les structures formelles, derrière un bureau, sont souvent perçues comme étant plus menaçantes par les hommes », remarque Sébastien Ouellet, directeur général du Cran. Avec un marteau à la main, les discussions sont beaucoup plus faciles et il est alors possible de bâtir un lien de confiance, la clé pour intervenir lorsque le besoin se fait sentir, ajoute ce dernier. 

« Il y a une clientèle qui aime l’ébénisterie, mais il y a aussi une clientèle qui vient me voir parce qu’ils tombent dans un trou de service et qu’ils ont l’occasion de rencontrer un intervenant disponible, dans un autre modèle d’intervention », renchérit Jean-Michel Simard. 

Pour tout le monde

Le Café-Madrier est ouvert le mardi, mercredi et jeudi matin ainsi que le jeudi après-midi. Même si l’initiative vise à briser l’isolement chez les hommes de 50 ans et plus, tout le monde et bienvenue. Il suffit d’amener son bois pour réaliser son projet d’ébénisterie et tout le reste est gratuit. 

D’autres projets d’ateliers pour aider les hommes existent à Montréal et à Rimouski, mais le projet de Saint-Félicien est la seule initiative communautaire. Le Cran offre des services partout au Lac-Saint-Jean avec des bureaux à Dolbeau, Alma et Roberval. Guillaume Roy