Les facteurs peuvent livrer du courrier à près de 1000 adresses par jour. Les objets laissés sur les terrains et le mauvais entretien représentent des risques de blessures pour eux. Le facteur Pierre Blouin cumule 35 années de service chez Postes Canada.

Pire ennemi du facteur

On dit souvent que le chien est l'ennemi numéro un du facteur. Mais le laisser-aller de certains citoyens est également responsable de bien des maux. Les facteurs demandent la collaboration de la population afin de les protéger dans l'exercice de leurs fonctions.
Chaque année, plusieurs employés des postes subissent des accidents de travail qui auraient pu être évités. Souvent, l'entretien inadéquat d'un terrain ou encore la négligence sont en cause.
Boyau d'arrosage qui traîne, laisse de chien attaché à une porte, sacs de circulaires abandonnés par terre, escaliers endommagés, pavé uni inégal, les exemples de situations qui mettent en péril la sécurité des facteurs sont nombreux.
En 2013, 21 accidents ont entraîné des pertes d'heures de travail chez les facteurs du secteur. Mais plusieurs autres n'ont pas eu de conséquences trop graves.
«Ça fait deux ans qu'on s'aperçoit que les chutes et les glissades sont la première cause d'accident pour les facteurs. Du nombre, 56 % sont provoqués par une certaine négligence ", explique Éric Dubé, chef d'unité postale des secteurs Chicoutimi, Chicoutimi-Nord, Laterrière et La Baie, ce qui représente quelque 40 000 portes.
Éric Dubé est clair, le comportement des facteurs est aussi en cause dans certains accidents. Un programme de sensibilisation est déjà mis en place auprès des employés de la poste. " On les invite à être plus vigilants. Le programme fonctionne bien ", assure-t-il. Mais pour une première fois, les facteurs appellent aussi les citoyens à la vigilance.
«On demande aux citoyens de ne pas laisser traîner les choses et de placer la boîte aux lettres dans un endroit sécuritaire. Un facteur peut livrer du courrier jusqu'à 1000 portes par jour. Les gens ne se rendent pas compte qu'ils ne font pas une marche de santé, mais une marche de travail. Ils sont concentrés sur leur travail, à regarder une adresse ou à chercher un numéro de porte. Ils ne peuvent pas tout voir. »
Actuellement, cinq des 65 facteurs qui livrent la poste dans le secteur ne peuvent remplir leurs fonctions. Ils souffrent d'entorse au genou, à la cheville, ou encore de cassure du poignet.
«Cet hiver seulement, deux cas de Publisac laissés par terre ont causé des blessures à des facteurs, raconte Éric Dubé. " Dans un cas, un citoyen effectuait des travaux sur son escalier et n'avait pas encore vissé les marches. Le facteur est passé et il a chuté ", raconte-t-il.
«Les gens attachent aussi souvent la laisse de leur chien à une porte ou une boîte aux lettres, mais ils ne l'enlèvent pas. Des facteurs s'enfargent dedans et trébuchent. Certains vont peindre leur galerie. Avec l'eau ou la neige, ça devient extrêmement glissant. Mais comme ils ne passent jamais par cette porte, puisqu'ils en utilisent une autre, ils ne s'en rendent pas compte ", énumère-t-il.
Une factrice doit actuellement composer avec un bras dans le plâtre pour trois mois, puis des séances de physiothérapie, en raison d'une chute qui aurait pu être évitée. L'eau s'écoulait du toit d'une résidence dépourvue de gouttières. Une immense plaque de glace s'est créée, ce qui a provoqué la chute de l'employée des postes.
Le printemps est une période propice aux accidents.
L'an dernier, avril est le mois où le plus d'événements malheureux se sont produits. " Nous avons surtout vu des problèmes de pavé uni ", souligne celui qui note que juillet est un autre mois où plusieurs accidents surviennent.
«Souvent, quand il y a une grosse tempête de neige, les gens sont plus vigilants. Au printemps et en été, les facteurs comme les citoyens sont moins prudents. »
Les facteurs hésitent à demander des changements à leurs clients.
«Lorsqu'on est chez soi, on n'aime pas se faire dire quoi faire, c'est normal. Et les facteurs veulent conserver une belle harmonie avec leurs clients ", conclut M. Dubé.
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